Familles : les collectivités locales en première ligne face à la montée des fragilités
Si la famille demeure une valeur refuge pour l’immense majorité des Français, leur quotidien se fragilise. Difficultés budgétaires, sentiment d’un soutien insuffisant de l’État, tensions entre vie professionnelle et vie familiale : le Baromètre des Familles 2026 de l’Unaf révèle une dégradation préoccupante de la situation des parents, particulièrement dans les foyers modestes, monoparentaux et les petites villes.
La famille reste au cœur des priorités des Français. Selon le Baromètre des Familles 2026 réalisé par OpinionWay pour l’Observatoire des Familles de l’Unaf, 99 % des parents considèrent la vie familiale comme une dimension importante de leur existence, dont 75 % « très importante ». Ce niveau, quasiment unanime, traverse toutes les catégories sociales et confirme que la famille demeure un repère fondamental. Mais derrière cet attachement intact, les difficultés s’accumulent. L’étude, menée auprès de 2 583 parents d’enfants de moins de 20 ans, met en lumière une dégradation nette de la situation financière et organisationnelle des familles.
Un soutien de l’État jugé insuffisant par un parent sur deux
Le regard porté sur les politiques familiales s’assombrit. Après une amélioration en 2024, la confiance recule fortement : 50 % des parents estiment désormais que le soutien de l’État aux familles n’est pas suffisant, soit le niveau le plus élevé depuis la création du baromètre. Ce sentiment est encore plus marqué chez les ménages modestes (54 %), les familles avec de jeunes enfants (55 %) et les habitants des communes de 2 000 à 20 000 habitants (55 %). À l’inverse, seuls 14 % considèrent ce soutien comme « tout à fait suffisant ».
Budget : préparer l’avenir des enfants devient un luxe
L’indicateur le plus préoccupant concerne la capacité des parents à anticiper l’avenir de leurs enfants. Moins d’un parent sur deux (47 %) affirme pouvoir financer leurs études ou épargner pour eux, contre 57 % deux ans plus tôt. Pour 53 % des familles, cette perspective n’est plus accessible.
Faire plaisir à ses enfants devient également plus difficile : seuls 67 % des parents peuvent encore offrir sorties ou cadeaux, contre 74 % en 2024. Quant aux besoins essentiels – alimentation, santé –, ils restent couverts pour 87 % des foyers, mais ce chiffre recule lui aussi légèrement. Les familles monoparentales et les foyers à faibles revenus apparaissent particulièrement exposés. Seuls 18 % des ménages modestes et 22 % des familles monoparentales déclarent pouvoir préparer sereinement l’avenir de leurs enfants.
Les écrans, première source d’inquiétude parentale
Sur le terrain éducatif, la gestion des écrans reste de loin le sujet le plus compliqué. Près d’un parent sur deux (49 %) déclare rencontrer des difficultés sur cette question. Viennent ensuite les relations avec les autres enfants (34 %), l’exercice de l’autorité (30 %) et les discussions sur l’argent (29 %). Ces dernières sont particulièrement délicates pour les familles aux revenus les plus modestes, pour lesquelles les contraintes budgétaires pèsent directement sur l’éducation quotidienne.
Conciliation travail-famille : une tension durable
L’équilibre entre vie professionnelle et responsabilités parentales reste une source de stress majeure. Parmi les parents actifs, 74 % déclarent avoir eu des difficultés au cours des douze derniers mois à remplir leurs obligations familiales en raison de leur travail. Un tiers affirme rencontrer ces difficultés plusieurs fois par mois. Les familles nombreuses sont les plus touchées : 80 % des parents ayant trois enfants ou plus disent éprouver ces tensions. Contrairement à certaines idées reçues, hommes et femmes sont concernés dans des proportions comparables.
Un signal fort pour les politiques publiques
Le Baromètre des Familles 2026 adresse un message clair aux pouvoirs publics. Si les parents continuent de placer la famille au centre de leur vie, ils expriment des inquiétudes croissantes sur leur capacité à assumer pleinement leur rôle. Pouvoir nourrir ses enfants ne suffit plus. Les parents veulent aussi leur offrir des loisirs, les accompagner dans leurs études et leur ouvrir des perspectives. Lorsque cette ambition devient inaccessible pour une majorité de familles, c’est toute la promesse de mobilité sociale qui se fragilise.
Pour l’Unaf, cette photographie annuelle rappelle l’urgence de renforcer les politiques familiales, de soutenir davantage les ménages les plus vulnérables et de mieux prendre en compte les réalités vécues dans les territoires, notamment dans les petites agglomérations.