Les maires, derniers piliers de la confiance publique
Selon le dernier Baromètre du Cevipof, les Français continuent d’accorder un niveau de confiance nettement supérieur à leurs élus de proximité qu’aux responsables politiques nationaux. Dans un climat général marqué par la défiance et la lassitude, les collectivités locales apparaissent plus que jamais comme l’échelon où le lien démocratique résiste le mieux. Un signal fort à l’approche des prochaines échéances locales.
Le baromètre 2026 de la confiance politique confirme une tendance lourde : la relation des Français à la politique reste profondément marquée par la méfiance. Seuls 22 % des Français déclarent faire confiance à la politique, tandis que 78 % expriment au contraire de la défiance.
Cette défiance se traduit également dans le ressenti global : lorsque l’on demande aux Français ce qu’ils éprouvent d’abord en pensant à la politique, la méfiance arrive en tête (37 %), devant le dégoût (26 %) et l’ennui (12 %).
Les sentiments positifs, eux, restent très minoritaires
Dans ce contexte, la perception du fonctionnement démocratique reste fragile : 76 % des Français estiment que la démocratie fonctionne mal en France, contre seulement 23 % qui jugent qu’elle fonctionne bien. Ces résultats s’inscrivent dans un climat plus large de pessimisme social : l’état d’esprit dominant mêle méfiance (45 %), lassitude (45 %) et morosité (30 %). Autrement dit, la crise de confiance dépasse la seule sphère politique et touche plus largement le rapport des citoyens aux institutions.
À l’inverse, un socle de confiance solide pour les élus locaux
Dans ce paysage dégradé, un enseignement ressort avec force : les élus locaux conservent un niveau de confiance nettement supérieur aux responsables nationaux. Le Baromètre indique ainsi que 60 % des Français font confiance à leur maire, soit plus de trois fois le niveau de confiance accordé au président de la République (18 %) et très au-dessus de celui accordé au gouvernement (17 %) ou aux députés (34 %). La hiérarchie des institutions confirme ce constat. Le conseil municipal demeure l’institution politique la plus crédible aux yeux des citoyens, avec 58 % de confiance, devant les échelons départemental (49 %) et régional (46 %). À l’inverse, les institutions nationales – gouvernement, Assemblée nationale ou présidence – se situent nettement en retrait.
Cette confiance locale repose largement sur la proximité. Les Français accordent d’ailleurs davantage leur confiance aux acteurs qu’ils connaissent directement : 73 % font confiance à leurs voisins, signe que la relation de proximité reste un facteur déterminant dans la perception de fiabilité des institutions et des personnes. Autre indicateur révélateur : 89 % des Français estiment aujourd’hui avoir besoin d’être davantage pris en considération par la politique. Ce besoin de reconnaissance renforce mécaniquement la valeur du lien direct entre élus locaux et habitants.
Un rôle politique local qui se renforce
Pour les collectivités, ces résultats traduisent une responsabilité croissante. Alors que la défiance envers la sphère nationale demeure élevée, l’échelon municipal apparaît comme l’un des derniers espaces où la confiance démocratique se maintient.
Cette situation confirme plusieurs évolutions de fond : la proximité devient un facteur central de crédibilité politique ; la capacité à produire des résultats concrets (services publics, cadre de vie, équipements) nourrit la confiance ; le maire reste identifié comme l’élu du quotidien, capable d’agir directement.
Dans un contexte de tensions budgétaires et de transformation des politiques publiques, ce capital de confiance constitue un atout stratégique pour conduire des transitions parfois difficiles – qu’il s’agisse d’énergie, d’adaptation climatique ou d’évolution des services publics.
Une confiance locale qui n’est pas acquise
Pour autant, le baromètre montre que cette confiance reste fragile. Elle s’inscrit dans un climat général de prudence : 71 % des Français considèrent qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres.
Autrement dit, si les maires restent les élus les plus crédibles, ils évoluent dans une société où la défiance demeure élevée.
Le message adressé aux collectivités est clair : la confiance existe encore, mais elle repose d’abord sur la proximité, la lisibilité de l’action publique et la capacité à répondre concrètement aux attentes quotidiennes des habitants. Dans un paysage institutionnel fragilisé, l’échelon local apparaît plus que jamais comme le point d’ancrage de la relation démocratique.