Employeurs territoriaux : comment les collectivités tiennent la barre
Contraintes budgétaires accrues, inflation normative, tensions de recrutement, vieillissement des effectifs… À la veille des municipales de 2026, les collectivités territoriales avancent sur une ligne de crête. Le Baromètre HoRHizons 2026 dresse un constat sans fard : malgré un contexte défavorable, les employeurs territoriaux ont tenu le cap sur leurs politiques RH. Mais à quel prix, et jusqu’à quand ?
Dans un climat financier incertain et marqué par une succession de réformes nationales, les collectivités territoriales ont dû composer avec des marges de manœuvre réduites. Pourtant, plus de 83 % d’entre elles déclarent avoir mis en œuvre la stratégie RH définie en début de mandat, y compris dans les communes de moins de 3 500 habitants. Un chiffre qui bat en brèche l’idée d’une fracture entre grandes et petites collectivités et souligne, au contraire, la capacité de résistance du bloc local. Cette stabilité assumée s’explique par un choix politique clair : privilégier la protection des agents, la qualité de vie au travail et la fidélisation, plutôt que des transformations structurelles coûteuses et risquées.
Maîtriser la masse salariale : une équation de plus en plus intenable
C’est le nerf de la guerre. Près de 87 % des employeurs territoriaux placent la maîtrise de la masse salariale au cœur de leur stratégie RH. En cause : la hausse mécanique du point d’indice, l’augmentation des cotisations à la CNRACL et la mise en œuvre obligatoire de la protection sociale complémentaire, autant de décisions nationales qui pèsent lourdement sur les budgets locaux, indépendamment des choix des élus. Face à cette pression, les collectivités activent des leviers défensifs : report de recrutements, redéfinition des besoins, mutualisation, voire externalisation de certains services. Un pilotage fin, mais qui atteint progressivement ses limites.
Recrutement et attractivité : la tension devient structurelle
Autre signal d’alerte : plus d’un employeur territorial sur deux n’envisage pas de recruter en fin de mandat. Les difficultés se concentrent sur les services techniques, l’administration générale, la petite enfance et les métiers médico-sociaux, avec des délais de recrutement qui s’allongent dangereusement.
Pour les communes rurales et les petites collectivités, le risque est clair : faute d’ingénierie RH suffisante, la gestion devient court-termiste, au détriment de l’attractivité et de la continuité du service public.
Former pour tenir : le pari stratégique des employeurs territoriaux
Dans ce contexte, la formation apparaît comme l’un des rares leviers offensifs encore disponibles. Plus de 60 % des collectivités ont renforcé l’accès à la formation, convaincues qu’elle constitue une réponse directe aux transitions démographique, écologique et numérique. Mais là encore, les écarts persistent : les petites communes restent en retrait, faute de moyens humains et financiers suffisants.
Un mandat charnière pour l’autonomie des collectivités
En creux, le baromètre HoRHizons 2026 pose une question centrale : jusqu’où les collectivités pourront-elles assumer leurs responsabilités d’employeur sans un cadre plus stable et plus lisible ? À l’approche des élections municipales, le message est limpide : les élus locaux tiennent encore la barre, mais attendent désormais une reconnaissance pleine et entière de leur rôle, ainsi qu’un véritable desserrement de l’étau normatif et financier.