Politiques sociales : l’intercommunalité change d’échelle
Selon l’étude « La montée en puissance des politiques sociales intercommunales – Enseignements et résultats d’une enquête nationale » publiée en janvier 2026 par Intercommunalités de France et l'Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF), les intercommunalités jouent désormais un rôle central dans la cohésion sociale, au point que 80 % d’entre elles considèrent ces enjeux comme prioritaires pour le prochain mandat.
Longtemps perçue comme un domaine d’intervention avant tout communal ou départemental, l’action sociale s’inscrit désormais pleinement dans le champ intercommunal. L’enquête nationale menée auprès de 117 intercommunalités entre juillet et septembre 2025 met en évidence une montée en puissance progressive mais structurante de ces politiques, portée par une logique de coordination à l’échelle du bassin de vie. Au cœur de cette évolution, les collectivités intercommunales s’affirment comme des acteurs de cohésion capables d’articuler les interventions publiques, de mutualiser les moyens et d’organiser des réponses transversales face à des situations sociales de plus en plus complexes. Les enjeux d’accès aux soins, de lutte contre les déserts médicaux, de logement ou encore de mobilité figurent parmi les priorités qui ont marqué le mandat 2020-2026, sur fond de précarité persistante et d’isolement social.
Des compétences sociales de plus en plus structurées
Dans les faits, les intercommunalités interviennent déjà largement dans des domaines historiquement liés au social. La petite enfance arrive en tête des compétences exercées, devant les politiques jeunesse, l’aide à la mobilité, l’action sociale ou encore la santé. Cette montée en compétence s’appuie sur des outils désormais bien installés. Neuf intercommunalités sur dix sont engagées dans une convention territoriale globale avec la Caf, souvent utilisée à la fois comme levier stratégique, financier et technique. Dans le même temps, les démarches d’analyse des besoins sociaux et la création d’observatoires territoriaux se développent. Elles permettent d’objectiver les besoins des populations, d’anticiper les évolutions démographiques ou encore d’adapter les politiques de l’habitat et de services à la personne.
Plus largement, la logique de co-production avec les communes et les partenaires locaux transforme la conduite de l’action publique locale, désormais pensée dans une approche plus intégrée et territorialisée.
Santé, vieillissement et contraintes financières : les défis du prochain mandat
Pour les années à venir, les priorités restent largement dominées par les enjeux sanitaires et médico-sociaux, avec une attention accrue portée au vieillissement de la population et au maintien de services accessibles financièrement. Les dynamiques démographiques — baisse de la natalité, perte de population dans certains territoires, adaptation de l’offre de services — émergent également comme un sujet désormais central pour les décideurs locaux. Dans ce contexte, une inquiétude nouvelle apparaît : la capacité des collectivités à maintenir un niveau de service satisfaisant malgré des contraintes budgétaires croissantes. Les politiques de cohésion sociale sont ainsi perçues comme les plus complexes à piloter, mais aussi comme celles qui nécessitent le plus d’articulation avec les communes et les partenaires de proximité.
Au final, l’étude met en lumière un basculement silencieux mais profond : l’intercommunalité n’est plus seulement un niveau de gestion des compétences techniques, elle devient un acteur structurant du pacte social local, chargé d’organiser la solidarité territoriale face à des besoins sociaux en expansion.