Pourquoi le prochain mandat sera le plus complexe de ces vingt dernières années

, mis à jour le 05/06/2026 à 12h01
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Avec un déficit public qui s'est établi à 5,1 % en 2025 et une dette nationale dépassant les 3 400 milliards d'euros, les collectivités anticipent une pression accrue sur leurs budgets

Contraintes budgétaires, adaptation climatique, vieillissement de la population, intelligence artificielle, tensions foncières… Selon une étude de PwC menée auprès de plus de 70 directeurs généraux des services (DGS), les collectivités locales entrent dans une nouvelle phase de leur histoire. Après le temps des grands investissements, place à celui des choix stratégiques et de la résilience. 

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À l’aube du mandat municipal 2026-2032, les collectivités locales abordent une période inédite. Pendant plus d'une décennie, les élus ont multiplié les investissements dans les équipements publics, les mobilités, la rénovation urbaine ou encore la transition écologique. Désormais, les marges de manœuvre se réduisent et les arbitrages deviennent incontournables. 
C'est l'un des principaux enseignements de l'étude publiée par PwC France et Maghreb, réalisée à partir de plus de 70 entretiens menés auprès de directeurs généraux des services (DGS) de communes et d'intercommunalités. Pour ces cadres dirigeants, l'incertitude n'est plus un épisode ponctuel mais un élément structurel du pilotage territorial. 

Le contexte financier explique largement cette évolution. Avec un déficit public qui s'est établi à 5,1 % en 2025 et une dette nationale dépassant les 3 400 milliards d'euros, les collectivités anticipent une pression accrue sur leurs budgets. Maintenir le niveau de service public tout en absorbant la hausse des coûts, l'incertitude des dotations et des attentes citoyennes toujours plus fortes constitue désormais une équation complexe. 

Transition écologique : l'urgence se heurte à la réalité budgétaire

S'il est un sujet qui fait désormais consensus dans les collectivités, c'est bien celui de la transition écologique. Les DGS interrogés considèrent cette transformation comme incontournable. Pourtant, entre ambition et capacité d'action, le fossé reste important. Le principal obstacle demeure financier. Selon les estimations de l'Inspection générale des finances, les besoins d'investissement des collectivités pour l'adaptation au changement climatique et la préservation des écosystèmes atteignent 21 milliards d'euros d'ici à 2030. 
Face à la multiplication des sécheresses, des inondations ou des épisodes climatiques extrêmes, les collectivités doivent adapter leurs infrastructures, renforcer leurs réseaux d'eau et d'assainissement, sécuriser leurs équipements publics et investir dans la résilience de leurs territoires. Autant de dépenses qui arrivent au moment où les finances locales se tendent.

Le foncier, nouveau frein au développement local

Autre sujet majeur : le développement économique. Les collectivités se heurtent désormais à une ressource devenue rare, le foncier. Selon l'étude, une intercommunalité sur deux estime être en situation de saturation foncière. Une situation qui complique l'accueil de nouvelles entreprises, le développement industriel mais aussi la construction de logements. 
Cette pression s'ajoute aux mutations du commerce. La progression du e-commerce fragilise les commerces de proximité et oblige les élus à repenser l'attractivité des centres-villes. Pour de nombreux DGS, la bataille économique des prochaines années se jouera autant sur la capacité à attirer les entreprises que sur celle à maintenir une offre commerciale de proximité.

Des collectivités confrontées à une crise permanente

La gestion de crise est devenue une mission à part entière des collectivités.
Après la pandémie, les élus et leurs administrations ont dû faire face à une succession d'événements : inflation, crise énergétique, cyberattaques, tensions sociales ou catastrophes naturelles. La France connaît aujourd'hui une exposition croissante aux risques climatiques avec, en moyenne, quatre événements naturels majeurs par an depuis le début des années 2000. 
Pour les DGS, cette accumulation transforme profondément leur métier. Ils ne sont plus seulement des gestionnaires de services publics mais deviennent progressivement des garants de la continuité territoriale et de la capacité des collectivités à faire face aux chocs.

Le choc démographique s'invite dans les politiques locales

Parmi les transformations les plus structurantes du prochain mandat figure le vieillissement de la population.La baisse des naissances, qui atteint 29 % entre 2010 et 2025, modifie déjà les équilibres territoriaux. Certaines collectivités voient leur population diminuer tandis que d'autres accueillent davantage de retraités. 
Les conséquences sont nombreuses : fermetures de classes, évolution des besoins en logements, développement des politiques liées à la dépendance, adaptation des services publics ou encore renforcement des dispositifs de solidarité.
À cela s'ajoute une fragilisation sociale croissante. L'étude rappelle que les familles monoparentales représentent désormais 25,9 % des foyers contre 9,4 % en 1975 et que le taux de pauvreté atteint 15,4 %. 

L'intelligence artificielle avance à petits pas
Longtemps perçue comme un sujet réservé au secteur privé, l'intelligence artificielle s'invite désormais dans les réflexions des collectivités. Pour autant, les usages restent encore limités. Lorsqu'elles déploient des projets d'IA, les collectivités les consacrent principalement à leur gestion interne. Les applications destinées à la relation avec les usagers demeurent plus rares. Surtout, peu d'entre elles disposent aujourd'hui d'une véritable gouvernance de la donnée ou d'une stratégie structurée. Les DGS y voient néanmoins un levier majeur pour améliorer l'efficacité de l'action publique, personnaliser les services et répondre aux contraintes budgétaires. Plus qu'une révolution technologique, l'IA apparaît comme un accélérateur de transformation des organisations publiques.

L'intercommunalité à l'heure de la maturité

Enfin, l'étude met en lumière un sujet plus politique : l'évolution des relations entre communes et intercommunalités.
Près de 30 % des collectivités interrogées évoquent des tensions croissantes entre les deux niveaux de gouvernance. Pourtant, les DGS considèrent les intercommunalités comme des outils devenus indispensables pour mutualiser les moyens, renforcer l'ingénierie territoriale et porter des projets structurants. 
Le défi consiste désormais à trouver un équilibre entre efficacité collective, proximité démocratique et acceptabilité des mutualisations.

Vers le mandat de la résilience

Au final, l'étude de PwC dessine le portrait de collectivités confrontées à une accumulation inédite de défis. Adaptation climatique, pression budgétaire, vieillissement, révolution numérique, rareté foncière ou gestion des crises : les élus locaux devront composer avec des contraintes multiples tout en maintenant la qualité du service public. Plus qu'un mandat de construction, le cycle qui s'ouvre pourrait bien être celui de l'anticipation, de la coopération et de la résilience territoriale. 
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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