« Faire grandir le Cotentin tout en préservant l’équilibre entre ses 129 communes »
Réélue à la présidence de la Communauté d’agglomération du Cotentin en avril 2026, Christèle Castelein entend poursuivre la transformation d’un territoire en pleine mutation. Université, logement, mobilité, développement économique : la présidente de l’une des plus vastes intercommunalités de France détaille ses priorités pour les six prochaines années et revient sur le lancement inédit des vélos rallongés en libre-service.
Vous avez été réélue à la présidence de la Communauté d’agglomération du Cotentin en avril dernier. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce nouveau mandat ?
Je l’aborde avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi avec une conscience aiguë des responsabilités qui nous attendent. Nous avons lancé de nombreux projets lors de la précédente mandature et il est désormais essentiel de les concrétiser. Une mandature passe très vite : les six années qui s’ouvrent doivent permettre à la fois de finaliser les dossiers engagés et de préparer ceux qui façonneront le Cotentin de demain. Notre territoire connaît une dynamique exceptionnelle. Les habitants attendent des réponses rapides en matière de logement, de mobilité, de services publics ou encore de formation. Nous devons donc accélérer les projets, malgré des procédures administratives souvent longues et complexes. Mon objectif est clair : moderniser le territoire tout en conservant ce qui fait sa qualité de vie et son identité.
Le Cotentin est un territoire immense, composé de communes rurales, littorales et urbaines. Comment maintenir la cohésion entre ces réalités très différentes ?
Le consensus est la clé. Avec 129 communes, nous devons constamment rechercher l’équilibre. Les grands équipements structurants trouvent naturellement leur place dans les pôles urbains, là où vivent le plus grand nombre d’habitants et où se concentrent les services. Mais cela ne signifie pas que les communes rurales sont oubliées. Nous avons mis en place plusieurs outils pour garantir cette équité territoriale. Les aides à l’investissement permettent d’accompagner les communes dans leurs projets, qu’il s’agisse d’une école, d’un gymnase ou d’un équipement de proximité. Nous intervenons également grâce à la dotation de solidarité communautaire qui aide les communes à faire face à leurs dépenses de fonctionnement. La mobilité joue aussi un rôle essentiel. Lorsqu’un équipement est implanté dans une ville, il doit rester accessible à l’ensemble des habitants du Cotentin. Notre responsabilité est de faire en sorte que chacun puisse bénéficier des services communautaires, quel que soit son lieu de résidence.
Quelles seront les grandes priorités de votre mandat ?
La première des priorités concerne l’enseignement supérieur et la jeunesse. Le Cotentin est un territoire attractif sur le plan économique, mais nous devons encore renforcer notre capacité à retenir nos jeunes et à attirer de nouveaux talents. Nous travaillons actuellement à la création d’un véritable pôle universitaire autour de l’ancien hôpital maritime. L’objectif est d’y développer de nouvelles formations, notamment des écoles d’ingénieurs, tout en augmentant l’offre de logements étudiants. Nos entreprises recrutent massivement et nous devons créer les conditions pour former localement les compétences dont elles ont besoin. La deuxième priorité concerne le logement. Enfin, la mobilité et la transition écologique resteront des axes majeurs de notre action, car ils conditionnent directement l’attractivité du territoire.
Le Cotentin bénéficie d’une forte dynamique industrielle autour du nucléaire, du maritime et des énergies. Comment faire en sorte que cette richesse profite à l’ensemble du territoire ?
C’est précisément le rôle de l’intercommunalité. Grâce à notre compétence économique, nous percevons des ressources qui nous permettent ensuite de soutenir les communes et leurs projets. Chaque année, nous consacrons environ 11 millions d’euros aux fonds de concours destinés aux communes. Cette enveloppe est quasiment intégralement utilisée, ce qui montre l’importance des besoins. Ces financements servent à développer les équipements publics, les infrastructures sportives, les services à la population ou encore les projets liés à la petite enfance. Notre conviction est simple : la croissance économique doit irriguer l’ensemble du territoire. Les retombées des grands projets industriels ne doivent pas bénéficier uniquement aux pôles d’activité mais aussi aux communes qui accueillent les familles, les écoles, les associations et les services de proximité.
Le logement est aujourd’hui un enjeu majeur pour de nombreux territoires. Est-ce aussi le cas dans le Cotentin ?
Oui, très clairement. Nous connaissons une situation paradoxale : nos entreprises recrutent, notre territoire attire, mais nous devons produire davantage de logements pour accompagner cette croissance. Nous travaillons actuellement à travers plusieurs Plans locaux d’urbanisme intercommunaux afin de répondre à cette demande. Notre objectif est ambitieux : permettre la réalisation d’environ 20 000 logements à l’horizon 2040. Une partie importante passera par la densification des secteurs déjà urbanisés, mais nous devons également proposer une offre diversifiée. Les attentes sont multiples. Certaines familles recherchent une maison avec un jardin, d’autres souhaitent vivre dans des logements collectifs proches des services ou bénéficiant d’une vue sur le littoral. Notre rôle consiste à répondre à cette diversité tout en maîtrisant le foncier et en évitant les phénomènes spéculatifs.
La mobilité constitue un autre défi majeur pour un territoire aussi vaste que le vôtre. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Nous avons déjà beaucoup avancé, mais il reste encore de nombreux défis à relever. Le réseau Cap Cotentin repose aujourd’hui sur une offre multimodale associant transports collectifs, transport à la demande, covoiturage, train et vélo. Nous comptons désormais 500 points d’arrêt pour le transport à la demande et nous préparons le renouvellement de notre délégation de service public en 2028 afin d’améliorer encore le maillage territorial. Mais au-delà des infrastructures, il faut aussi faire évoluer les habitudes. Pendant longtemps, la voiture a été la solution naturelle pour se déplacer. Aujourd’hui, nous constatons une véritable évolution des comportements, notamment grâce au développement du vélo et des mobilités douces.
Vous venez justement de lancer le premier vélo rallongé en libre-service sécurisé en station en France. Pourquoi cette innovation ?
Parce qu’elle répond à un usage réel observé sur le terrain. Nous avons constaté que de nombreux habitants utilisaient déjà les vélos en libre-service à deux, alors même qu’ils n’étaient pas conçus pour cela. Plutôt que d’interdire cette pratique, nous avons choisi de l’accompagner et de la sécuriser. Le vélo rallongé permet de transporter un enfant, un passager ou des courses. Il répond à des besoins très concrets du quotidien et constitue une véritable alternative à la voiture sur les trajets courts. C’est une première nationale qui illustre notre manière de travailler : partir des usages pour construire des solutions adaptées. Aujourd’hui, le vélo est devenu un pilier de notre stratégie de mobilité. Nous disposons déjà de 2 000 vélos en location longue durée, de 430 vélos en libre-service et les usages progressent très fortement. Entre 2024 et 2025, le nombre de trajets a été multiplié par cinq.
Dans six ans, quel bilan aimeriez-vous présenter aux habitants du Cotentin ?
J’aimerais pouvoir dire que nous avons réussi à préparer l’avenir du territoire. Que nous avons permis à davantage de jeunes d’étudier et de travailler ici. Que nous avons construit les logements nécessaires pour accueillir les nouveaux habitants. Que nous avons amélioré les déplacements du quotidien et renforcé les services publics de proximité. Plus largement, je souhaiterais que les habitants aient le sentiment que le Cotentin a su grandir sans perdre son équilibre. C’est tout l’enjeu : accompagner le développement économique et démographique tout en préservant la qualité de vie qui fait aujourd’hui la force et l’attractivité de notre territoire.