« Lille est devenue un point d’ancrage stratégique pour les entreprises en Europe du Nord »
Directeur général de l’agence d’attractivité Hello Lille, François Navarro observe depuis plusieurs années la montée en puissance de la métropole lilloise dans la compétition européenne entre territoires. Position géographique, écosystèmes sectoriels, vivier de talents et qualité de vie : il décrypte les ressorts d’une attractivité qui privilégie désormais la qualité des implantations plutôt que leur volume.
La métropole lilloise est aujourd’hui présentée comme une place de référence pour l’implantation de sièges sociaux hors Paris. Comment expliquez-vous cette position ?
Plusieurs facteurs structurants expliquent ce positionnement. Le premier est la centralité géographique de Lille. Nous sommes à une heure de Paris, à 35 minutes de Bruxelles, à 1h15 de Londres et à moins d’une heure de l’aéroport de Roissy. Cette position au cœur de l’Europe du Nord-Ouest constitue un atout stratégique pour de nombreuses entreprises. Le second élément est lié à l’emploi et aux compétences. La métropole accueille près de 135 000 étudiants chaque année, ce qui représente un vivier important de talents. À titre d’exemple, près de 10 % des ingénieurs formés en France le sont dans la métropole lilloise. Les entreprises savent qu’elles peuvent trouver ici les compétences dont elles ont besoin. Enfin, il y a un facteur souvent moins visible mais essentiel : la stabilité du marché immobilier tertiaire. Depuis une dizaine d’années, les prix de l’immobilier de bureaux restent relativement stables, ce qui rassure les investisseurs et les entreprises qui souhaitent s’implanter durablement.
Ce tissu économique crée-t-il un effet d’entraînement pour de nouvelles implantations ?
Oui, très clairement. La métropole a fait un choix stratégique il y a plusieurs années : structurer son développement autour de grandes filières d’excellence. Aujourd’hui, cinq grands secteurs structurent notre stratégie : les nouvelles technologies, la santé, les industries culturelles et créatives, l’alimentation et les matériaux innovants. Notre rôle, en tant qu’agence d’attractivité, consiste à prospecter et attirer des entreprises dans ces filières. Cela permet de renforcer des écosystèmes déjà solides et de créer un effet d’entraînement. Lorsqu’une entreprise s’installe dans un environnement où d’autres acteurs du même secteur sont présents, elle bénéficie immédiatement d’un réseau, de compétences et de partenaires.
La dimension internationale est très marquée, avec un projet sur deux porté par une entreprise étrangère. En quoi la position de Lille au carrefour de l’Europe reste-t-elle un atout décisif ?
La géographie joue évidemment un rôle majeur. Lille est une porte d’entrée naturelle vers l’Europe du Nord. Pour une entreprise étrangère qui souhaite s’implanter en Europe, la métropole offre un accès direct à plusieurs grands marchés. Mais la localisation ne suffit pas. Ce qui fait la différence, c’est la capacité du territoire à accompagner les entreprises dans leurs projets. Nous avons mis en place un véritable guichet unique pour les investisseurs. Lorsqu’une entreprise arrive sur le territoire, elle dispose d’un interlocuteur unique capable de l’accompagner sur toutes les dimensions de son implantation : immobilier, recrutement, partenariats académiques ou institutionnels.
Près de 60 % des implantations s’inscrivent dans les sites d’excellence comme Eurasanté ou EuraTechnologies. En quoi ces écosystèmes constituent-ils un avantage compétitif ?
Ces sites d’excellence jouent un rôle fondamental. Ils permettent de concentrer sur un même territoire des entreprises, des chercheurs, des universités et des infrastructures dédiées à un secteur. Prenons l’exemple d’Eurasanté. Cet écosystème s’est développé autour du CHU de Lille, qui emploie près de 18 000 personnes. Autour de cet acteur majeur se sont progressivement installées des entreprises innovantes, des laboratoires et des formations spécialisées. Cela crée un véritable biotope économique et scientifique où l’innovation circule plus vite. Ce type d’écosystème est extrêmement attractif pour les entreprises, car il leur permet de s’inscrire immédiatement dans un environnement dynamique.
Lille est également la deuxième métropole universitaire de France hors Paris. Comment transformer ce vivier d’étudiants en levier d’attractivité durable ?
C’est l’un des grands défis de notre territoire. Lille est reconnue comme une ville où l’on vient étudier. L’enjeu est désormais de faire en sorte que les étudiants restent après leurs études. Pour cela, nous devons leur montrer que la métropole offre de véritables perspectives professionnelles : création de start-up, intégration dans des grands groupes ou dans des entreprises innovantes. Avec plus de 80 sièges sociaux nationaux et internationaux sur le territoire, les opportunités existent. Notre travail consiste donc à faire connaître ces possibilités et à créer des passerelles entre les étudiants, les entreprises et les écosystèmes d’innovation.
La qualité de vie est souvent citée comme un facteur clé d’ancrage des talents. Comment Lille conjugue-t-elle attractivité économique et cadre de vie ?
C’est un sujet devenu central. Lorsque je suis arrivé à Hello Lille il y a sept ans, les entreprises nous parlaient surtout de foncier ou d’immobilier. Aujourd’hui, les questions de logement, de mobilité ou de cadre de vie sont beaucoup plus présentes. La métropole investit fortement sur ces sujets. Par exemple, deux milliards d’euros ont récemment été consacrés au développement de nouvelles lignes de transport structurantes. L’objectif est de mieux connecter les territoires et d’accompagner le développement résidentiel autour de ces infrastructures. Cela permet de maintenir un équilibre entre développement économique et qualité de vie.
Dans un contexte économique incertain, vous semblez privilégier la qualité des projets plutôt que leur volume. Est-ce devenu un marqueur de l’attractivité lilloise ?
Absolument. Notre stratégie consiste à privilégier des implantations durables et créatrices de valeur pour le territoire. Attirer une entreprise est une bonne chose, mais l’enjeu principal est qu’elle s’ancre durablement dans la métropole, qu’elle crée de l’emploi et qu’elle participe au développement économique local. Nous prenons donc le temps d’accompagner les projets qui correspondent réellement aux priorités du territoire. L’objectif n’est pas d’accumuler les implantations, mais de construire un tissu économique solide et pérenne.