Logement : la bombe sociale que les maires devront désamorcer

, mis à jour le 05/02/2026 à 11h23
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En 2025, près d’un million de personnes ne disposent pas d’un logement personnel.

À un an des municipales, la crise du logement s’impose comme l’angle mort des politiques nationales et le fardeau des élus locaux. Expulsions, hébergement d’urgence saturé, habitat indigne : les chiffres du 31ᵉ rapport de la Fondation pour le Logement des Défavorisés sur « l’état du mal-logement en France » sont sans appel. Dans les territoires, les collectivités n’ont plus le choix : agir, malgré des marges de manœuvre toujours plus étroites.

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Jamais la crise du logement n’a été aussi profonde, ni aussi visible dans le quotidien des territoires. Le rapport 2026 sur l’état du mal-logement, publié par la Fondation pour le Logement des Défavorisés, dresse un constat sévère : hausse continue du nombre de personnes sans domicile, explosion des expulsions locatives, blocage des parcours résidentiels, précarité énergétique massive. Derrière les chiffres, ce sont des trajectoires de vie brisées, et une pression croissante qui s’exerce sur les collectivités locales, en première ligne face à l’urgence sociale. 

Une crise structurelle qui s’aggrave

En 2025, près d’un million de personnes ne disposent pas d’un logement personnel. La demande de logement social atteint un niveau record avec 2,8 millions de ménages en attente, tandis que la production chute et que la mobilité résidentielle se grippe. Dans le même temps, les expulsions locatives avec concours de la force publique explosent, atteignant un niveau historique. La crise ne touche plus uniquement les publics les plus fragiles : elle s’étend désormais aux classes populaires et aux couches moyennes inférieures, piégées par la hausse des loyers, des charges et de l’énergie 

Quand l’État recule, les collectivités avancent

Face à ce désengagement progressif de l’État, les communes et intercommunalités deviennent des acteurs clés, parfois malgré elles. Accueil des personnes sans abri, mise à l’abri d’urgence, accompagnement social, gestion des tensions liées aux expulsions : les maires sont aujourd’hui les premiers interlocuteurs des habitants confrontés au mal-logement. Le rapport souligne que là où une volonté politique locale existe, des marges de manœuvre subsistent : encadrement des loyers, mobilisation du foncier, politique active de logement social, régulation des meublés touristiques ou encore lutte contre l’habitat indigne.

Des leviers locaux encore sous-exploités

Certaines collectivités ont démontré qu’une action volontariste peut produire des effets concrets. Respect de la loi SRU, stratégies de densification maîtrisée compatibles avec le ZAN, dispositifs de « logement d’abord », repérage des ménages en précarité énergétique : autant de leviers qui relèvent, au moins en partie, de l’échelle locale. Mais ces politiques supposent des moyens financiers, humains et techniques que toutes les communes ne possèdent pas, accentuant les inégalités territoriales.

La propreté sociale du territoire comme enjeu politique

Au-delà des chiffres, le mal-logement agit comme un révélateur du lien civique local. Squats, campements, écoles occupées pour mettre des enfants à l’abri : ces situations interrogent la capacité collective à faire société. À l’approche des élections municipales de 2026, le logement s’impose comme un enjeu politique majeur, à la fois consensuel et explosif, qui touche directement à la qualité de vie, à la cohésion sociale et à la crédibilité de l’action publique locale.

Le rapport 2026 le rappelle avec force : le mal-logement n’est ni une fatalité ni un simple problème technique. Il appelle une réponse politique structurée, dans laquelle les collectivités locales jouent un rôle décisif. À condition de leur donner les moyens d’agir, elles peuvent redevenir des acteurs centraux du droit au logement et du vivre-ensemble, au plus près des réalités de terrain.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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