100 milliards pour le logement : la Banque des Territoires sort l’artillerie lourde

, mis à jour le 21/05/2026 à 19h35
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Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement

Réunis au Printemps des Territoires 2026, ministres, élus locaux, bailleurs et aménageurs ont affiché une ambition commune : sortir durablement de la crise du logement. Entre investissements massifs, simplification administrative et nouvelles marges de manœuvre pour les collectivités, le gouvernement veut désormais bâtir « plus, plus vite et mieux ».

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La crise du logement n’épargne plus aucun territoire. Métropoles saturées, villes moyennes en tension, difficultés d’accès au logement pour les jeunes actifs, pénurie de logements sociaux, hausse des coûts de construction, raréfaction du foncier… Le constat dressé lors du Printemps des Territoires 2026, organisé par la Banque des Territoires au CENTQUATRE à Paris jeudi 21 mai 2026, est sans appel : le logement est devenu l’un des principaux défis politiques, sociaux et économiques du pays.
Face à cette situation, l’État et les collectivités veulent changer de méthode et surtout accélérer. « Il faut produire davantage et produire plus vite », a martelé Vincent Jeanbrun, ministre du Logement devant un parterre d’élus locaux, de promoteurs, de bailleurs sociaux et d’acteurs de l’aménagement. Derrière cette volonté, un objectif ambitieux : atteindre deux millions de logements d’ici 2030 tout en accompagnant la transformation des villes et des territoires.

Pour soutenir cette dynamique, la Banque des Territoires a annoncé une mobilisation financière inédite de 100 milliards d’euros d’ici à 2030. Une enveloppe destinée à financer 650 000 logements abordables, dont 500 000 logements sociaux. « Notre ambition est forte : construire 650 000 logements d’ici à 2030 », a affirmé Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, en insistant sur la nécessité d’investir massivement pour relancer une filière fragilisée.

Au-delà du financement, l’enjeu est aussi de redonner confiance aux acteurs locaux. Car dans de nombreux territoires, les projets s’enlisent entre inflation normative, délais administratifs, recours contentieux et complexité des procédures. Plusieurs élus présents ont rappelé que la crise du logement est également devenue une crise de la capacité à agir rapidement.

« Construire plus vite » : les collectivités placées au cœur du dispositif

C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement entend agir. Au cœur des débats, une idée revient avec insistance : les collectivités locales doivent redevenir les pilotes de la relance du logement. Le ministre a ainsi évoqué la constitution d’une véritable « équipe de France du logement », réunissant élus locaux, bailleurs sociaux, aménageurs, préfets et opérateurs publics autour d’un même objectif.
Pour y parvenir, l’exécutif veut engager un « choc de simplification ». Parmi les pistes avancées figure la création d’« opérations d’intérêt local », inspirées des dispositifs dérogatoires utilisés pour les Jeux olympiques. Ces opérations permettraient d’accélérer les procédures, de raccourcir certains délais et d’adapter les règles aux réalités des territoires. « On les confie au couple maire-préfet », a précisé le ministre, estimant que les décisions doivent être davantage territorialisées.

Cette orientation a trouvé un écho favorable auprès de nombreux élus confrontés quotidiennement aux blocages réglementaires. Stéphanie Von Euw, maire de Pontoise, a plaidé pour davantage de pragmatisme. « Ce qu’il faut, c’est du bon sens », a-t-elle lancé, dénonçant les contradictions qui freinent certains projets de renouvellement urbain.
L’élue a notamment évoqué les difficultés liées aux obligations de reconstruction de logements sociaux dans des secteurs déjà très denses, alors même que les collectivités cherchent à désenclaver certains quartiers ou à rééquilibrer l’offre de logement à l’échelle intercommunale. « Nous avons besoin d’outils plus souples pour adapter les politiques nationales aux réalités locales », a-t-elle insisté.

Derrière cette demande, les élus défendent aussi une vision plus qualitative du logement : mieux intégrer les projets dans leur environnement, préserver les équilibres urbains, maintenir des services publics de proximité et garantir l’acceptabilité des nouvelles constructions auprès des habitants.

Transformer la ville plutôt que l’étendre

Autre thème majeur des échanges : l’évolution du modèle urbain lui-même. Face à la raréfaction du foncier disponible, à l’objectif de zéro artificialisation nette et aux contraintes environnementales, la logique d’extension urbaine atteint ses limites. Les collectivités sont désormais invitées à « reconstruire la ville sur la ville ».

Les intervenants ont ainsi multiplié les exemples de transformation de bureaux vacants en logements, de réhabilitation thermique d’immeubles anciens, de reconversion de friches industrielles ou commerciales et de restructuration des entrées de ville. Une approche qui permet à la fois de limiter l’étalement urbain, de redonner vie à certains quartiers et de répondre plus rapidement aux besoins en logements.
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, a rappelé que les grandes villes devaient désormais « jouer sur le stock » autant que sur la construction neuve. Selon lui, les métropoles ne pourront pas résoudre la crise sans une meilleure mobilisation des logements vacants et une régulation plus forte des locations touristiques de courte durée. « Dans les zones tendues, les régulations de marché ne suffisent plus », a-t-il averti.

La Banque des Territoires entend justement soutenir cette nouvelle génération de projets urbains. Parmi les opérations emblématiques citées lors de la rencontre figure la transformation de l’ancien siège de Disney France, dans le 13e arrondissement de Paris, en résidence sociale étudiante de 400 logements. Un exemple concret de reconversion immobilière qui illustre les nouvelles orientations du secteur.

Au-delà des annonces, le Printemps des Territoires a surtout mis en lumière une conviction partagée : la sortie de crise passera nécessairement par une alliance renforcée entre l’État et les collectivités locales. Car ce sont bien les maires, les intercommunalités et les territoires qui se retrouvent aujourd’hui en première ligne pour répondre à une demande sociale devenue explosive.

Dans un contexte budgétaire contraint, les élus locaux réclament désormais des outils plus rapides, des financements plus lisibles et une stabilité réglementaire capable de redonner de la visibilité aux projets. Le logement, longtemps considéré comme une politique sectorielle, apparaît désormais comme un enjeu global : attractivité des territoires, cohésion sociale, transition écologique, emploi local et qualité de vie sont désormais intimement liés.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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