Climat et démographie : double peine pour l'école
Confrontées aux vagues de chaleur et à la baisse des effectifs, les collectivités doivent repenser leur patrimoine scolaire. Dans une note de La Fabrique de la Cité, Alexandra Papadopoulo appelle à agir immédiatement contre la surchauffe, tout en transformant les écoles en équipements polyvalents.
Les canicules de 2026 ont révélé l’impréparation : plus de 1 800 établissements ont fermé et 8 000 ont aménagé leurs horaires. Or 13 millions de personnes fréquentent chaque jour l’un des 64 000 établissements scolaires. Ces bâtiments représentent 50 % du patrimoine immobilier des collectivités. Or, le parc est vieillissant : 80 % des écoles ont plus de 50 ans et près de la moitié nécessitent une rénovation lourde. Dans le même temps, le nombre d’élèves pourrait diminuer de 1,7 million d’ici 2035. L’équation consiste donc à adapter les bâtiments à un climat plus chaud sans investir dans des équipements bientôt surdimensionnés.
Adapter sans attendre la rénovation lourde
Le chantier des seules écoles publiques est évalué à près de 50 milliards d’euros sur dix ans. Environ 2 600 établissements engagent chaque année des travaux énergétiques et seulement 10 % des écoles disposent d’un projet de rénovation.
La note préconise de commencer par des solutions passives : protections solaires, volets, films ou voiles, ventilation nocturne, brasseurs d’air et végétalisation. Expérimentées dans 15 écoles par le programme RACINE, ces mesures peuvent faire gagner jusqu’à 10 °C dans une classe. Leur coût est estimé entre 20 000 et 100 000 euros par établissement. La technique ne suffit pas. Ouvrir les bâtiments la nuit, modifier les horaires ou mieux utiliser les équipements suppose d’associer élus, enseignants, agents, parents et élèves. Les changements d’usage peuvent aussi réduire de 10 à 15 % les consommations énergétiques.
Faire de l’école un « hub territorial »
La baisse démographique peut permettre de concentrer les investissements sur des bâtiments moins nombreux, mais plus performants. L’autrice propose une planification à l’échelle du bassin de vie, intégrant effectifs, transports, mixité sociale, offre éducative et mutualisation. L’école pourrait accueillir une crèche, une bibliothèque, des activités sportives, culturelles ou associatives, voire des services de santé. Ouverte au-delà du temps scolaire, elle deviendrait une « plateforme communautaire de proximité » et, durant les canicules ou les crises, un refuge climatique.
Les bâtiments vacants pourraient être transformés en logements, résidences étudiantes, lieux de soins ou équipements publics. Les constructions nouvelles devraient être modulaires, réversibles et conçues pour être démontées ou réemployées. La valeur d’une école ne se mesurerait ainsi plus seulement à sa capacité d’accueil ou à sa performance énergétique, mais à son utilité durable pour tout le territoire.