Revitaliser les centres-villes : un dispositif qui peine à trouver sa place

, mis à jour le 08/01/2026 à 15h50
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Malgré son extension progressive, la ZRCV peine à s’imposer comme un réflexe dans les politiques locales.

Au 1er janvier 2026, 1 732 communes sont classées en zone de revitalisation des centres-villes. Un dispositif fiscal élargi, pensé pour redonner de l’élan aux commerces et à l’artisanat… mais encore largement méconnu et peu utilisé par les collectivités.

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Sur le papier, la nouvelle a de quoi séduire. Au cœur d’un contexte budgétaire contraint et d’un commerce de proximité fragilisé, 167 communes supplémentaires rejoignent en 2026 le dispositif de zone de revitalisation des centres-villes (ZRCV). Au total, ce sont désormais 1 732 villes, de tailles et de profils très variés, qui peuvent actionner ce levier fiscal pour soutenir leur cœur urbain.

Pourtant, l’annonce est passée presque inaperçue. Publiée au Journal officiel le 31 décembre 2025, la liste actualisée dessine une géographie contrastée : des communes rurales comme Crozant ou Jarnages, des villes moyennes comme Pauillac ou La Réole, mais aussi des territoires plus urbanisés. À l’inverse, certaines communes en sortent, comme Gap ou Briançon, preuve que le dispositif reste évolutif.
Créée en 2020, la ZRCV permet aux élus, par simple délibération, d’exonérer partiellement ou totalement de fiscalité locale — CFE, taxe foncière sur les propriétés bâties ou CVAE — les commerces et artisans implantés en centre-ville. Un outil souple, ciblé, sans critère de population, mais conditionné à la signature d’une convention ORT et à un niveau de revenu médian inférieur à la moyenne nationale.

Un outil souple… mais peu mobilisé

Malgré son extension progressive, la ZRCV peine à s’imposer comme un réflexe dans les politiques locales. « Souvent méconnu », le dispositif reste sous-utilisé, comme l’a récemment souligné le sénateur Jean-Pierre Verzelen. Dans certains cas, des communes découvrent même tardivement qu’elles sont éligibles au zonage.
La raison est autant politique que financière. Car à la différence d’autres dispositifs de revitalisation, les exonérations accordées dans le cadre des ZRCV ne sont pas compensées par l’État. Autrement dit, le choix revient entièrement aux collectivités, qui doivent arbitrer entre soutien à l’économie locale et équilibre budgétaire.
Le gouvernement l’a d’ailleurs rappelé sans détour : ces exonérations relèvent de l’initiative locale et n’ouvrent pas droit à compensation. Un message clair, mais qui freine mécaniquement les élus les plus prudents, notamment dans un contexte de tension sur les finances communales.
Pourtant, sur le terrain, les attentes sont fortes. Vacance commerciale, baisse de fréquentation, concurrence du e-commerce, fragilisation des indépendants : les centres-villes concentrent aujourd’hui une grande partie des fractures économiques et sociales locales. Dans ce paysage, la ZRCV pourrait devenir un levier stratégique… à condition d’être mieux connue et mieux articulée avec les autres politiques de revitalisation.

Entre opportunité locale et choix politique

La ZRCV ne prétend pas être une solution miracle. Mais elle offre aux élus un espace de liberté, rare dans un cadre normatif souvent contraint. En jouant sur la fiscalité, les collectivités peuvent envoyer un signal clair aux commerçants et artisans : celui d’un centre-ville soutenu, accompagné, considéré comme un pilier du lien social.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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