, mis à jour le 27/08/2026 à 20h10

« Nous devons désormais aménager les territoires en fonction de l’eau disponible ».

Jean-Pierre Colin
Vice-président de la région Sud
Vice-président de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM)
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" Il n’existe pas de solution unique. La première urgence consiste à réparer les réseaux "

Croissance démographique, pression touristique, pluies plus intenses mais moins efficaces pour recharger les nappes : le Var doit durablement adapter son modèle. Jean-Pierre Colin, vice-président de la région Sud et de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), appelle à combiner investissements, sobriété et coopération européenne pour sécuriser la ressource.

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Quelle est aujourd’hui la situation dans le Var ?

La sécheresse n’est plus un problème ponctuel : elle devient progressivement une vulnérabilité structurelle. La croissance démographique est forte et la fréquentation touristique entraîne un pic de consommation deux à trois mois par an. Parallèlement, la pluie tombe différemment : les précipitations peuvent rester importantes, mais elles sont plus violentes et plus concentrées. L’eau ruisselle sans recharger suffisamment les nappes. Sans une action publique forte, des territoires comme Draguignan ou le pays de Fayence pourraient à nouveau connaître de nouvelles difficultés d’approvisionnement, comme en 2022.

Cette situation doit-elle modifier les politiques d’aménagement ?

C’est désormais indispensable. Il y a quinze ou vingt ans, la disponibilité de l’eau pesait beaucoup moins dans les décisions d’urbanisme. Aujourd’hui, construire sans avoir préalablement sécurisé la ressource constituerait une prise de risque considérable. Cette préoccupation doit être intégrée aux documents de planification et aux projets d’aménagement. Certains maires refusent déjà des permis de construire, des extensions ou des piscines lorsque l’approvisionnement ne peut pas être garanti. L’urbanisation doit être compatible avec les capacités réelles du territoire.

Comment garantir l’accès à l’eau dans un département très contrasté ?

La Provence a toujours dû composer avec une ressource limitée. Les aqueducs romains en témoignent. Mais nous disposons aujourd’hui d’outils permettant de mieux la répartir. La Société du canal de Provence constitue à ce titre une véritable assurance-vie. Près de 600 millions d’euros doivent être investis au cours des dix prochaines années pour renforcer et étendre le réseau, notamment vers Draguignan et le pays de Fayence. C’est un effort considérable, mais il est nécessaire pour sécuriser l’alimentation des habitants, des activités économiques et de l’agriculture.

Quelles actions doivent être engagées en priorité ?

Il n’existe pas de solution unique. La première urgence consiste à réparer les réseaux. Dans certaines communes, 25 % de l’eau potable est perdue en raison des fuites, parfois beaucoup plus. La Région peut financer jusqu’à 50 % des travaux de réhabilitation dans le cadre de son Plan Or bleu.
Il faut aussi accélérer la réutilisation des eaux usées traitées. La région reste autour de 3 %, alors que certains pays méditerranéens atteignent 15 à 20 %, et Israël près de 90 %. Utiliser de l’eau potable pour arroser un stade, laver un véhicule ou alimenter certains équipements n’a plus de sens. Le goutte-à-goutte, la récupération de l’eau de pluie et la couverture des piscines pour limiter l’évaporation font également partie des réponses.

Faut-il arbitrer plus fermement entre les différents usages ?

L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de préserver en priorité l’eau destinée à la consommation humaine. Lorsque la ressource devient insuffisante, il est logique de restreindre le remplissage des piscines ou certains arrosages. L’eau est un bien commun et chacun doit participer à l’effort. Mais la responsabilité des pouvoirs publics consiste surtout à anticiper et à réaliser les infrastructures nécessaires afin d’éviter d’en arriver aux coupures.
Avant d’augmenter fortement le prix de l’eau, commençons donc par supprimer les pertes et rationaliser les usages. Le consommateur peut lui aussi agir, par exemple en privilégiant le goutte-à-goutte plutôt qu’un arrosage abondant de son jardin.

Comment préserver l’agriculture et le tourisme, très dépendants de la ressource ?

Les agriculteurs nous expliquent qu’il ne manque pas toujours d’eau, mais qu’elle n’est pas disponible au bon moment. Le stockage peut donc être nécessaire, à condition que les projets soient correctement dimensionnés et concertés. Nous devons aussi développer des techniques d’irrigation plus économes. A nouveau, le goutte-à-goutte permet, dans certaines situations, de réduire sensiblement les consommations.
Il n’est pas question non plus de limiter arbitrairement le tourisme, qui représente 12 à 13 % du PIB régional. Les visiteurs sont les bienvenus. Mais hôtels, campings, golfs et équipements touristiques doivent intégrer la rareté de la ressource. Le développement économique ne peut plus être dissocié de la capacité du territoire à garantir son approvisionnement.

Que vous apportent les échanges menés au sein de la CRPM ?

La CRPM réunit près de 150 régions maritimes européennes. Ces rencontres permettent de confronter nos expériences avec celles de régions espagnoles, italiennes ou grecques, mais aussi avec des pays comme Israël ou le Maroc. Certains ont été confrontés avant nous au manque d’eau et disposent donc d’une avance technique, mais également culturelle.
Nous travaillons notamment sur la réutilisation des eaux usées, l’irrigation, la récupération de l’eau et l’adaptation de l’agriculture. Ces coopérations permettent aux techniciens, aux collectivités et aux professionnels de partager des solutions déjà éprouvées. Face au changement climatique, nous ne pouvons pas rester enfermés dans notre pré carré.

Qu’attendez-vous de l’État et de l’Union européenne ?

L’eau se gère d’abord à l’échelle locale, au plus près des réalités territoriales. Mais l’État et l’Union européenne doivent accompagner les investissements. Des incitations fiscales permettraient notamment de responsabiliser et de mobiliser davantage les acteurs privés, qu’il s’agisse des agriculteurs, des industriels ou des entreprises spécialisées dans l’eau. Les financements européens sont également essentiels pour les projets comportant une forte dimension environnementale.
Je suis vigilant, mais confiant. Nous savons ce qu’il faut faire : améliorer le rendement des réseaux, réutiliser davantage l’eau, sécuriser les communes grâce au canal de Provence et aux interconnexions, accompagner l’agriculture et mieux maîtriser l’urbanisation. La rareté de l’eau est désormais structurelle. Nous devons donc investir et changer nos pratiques sans attendre la prochaine crise.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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