« L’IA permet de réhumaniser la relation entre la mairie et les citoyens »
Président-fondateur de HelloSpot, Ludovic Diligeart défend une intelligence artificielle locale, souveraine et profondément humaine. Loin des promesses abstraites, il montre comment l’IA peut déjà aider les élus à décider, rassurer les citoyens et soulager les agents, au quotidien.
L’IA est souvent perçue comme anxiogène. Comment peut-elle, concrètement, simplifier la vie des communes ?
C’est tout le paradoxe de l’IA : elle fait peur alors qu’elle est conçue pour dialoguer naturellement. Dans les mairies, nous constatons une réalité simple : les agents sont sous pression, les budgets contraints, et les attentes des citoyens de plus en plus élevées. L’IA permet justement de redonner du temps humain là où il est le plus utile. Concrètement, elle prend en charge les demandes simples, répétitives, chronophages, pour permettre aux agents de se concentrer sur les situations complexes, sensibles ou à forte valeur ajoutée.
Vous dites souvent que l’IA peut aider les élus à sentir leur territoire. Que voulez-vous dire ?
Prenons un cas très parlant. Avant un conseil municipal, un maire veut connaître les vraies préoccupations des habitants, au-delà du bruit des réseaux sociaux. Avec HelloSpot, il peut demander à l’IA d’analyser les 500 dernières demandes citoyennes reçues par la mairie. En quelques secondes, ressortent trois tendances claires : un problème de vitesse dans une rue précise, un manque d’éclairage dans un parc, une inquiétude sur la propreté d’un quartier. Le bénéfice est immédiat : le discours politique repose sur des données factuelles, issues du quotidien réel des habitants, et non sur des impressions ou des polémiques ponctuelles.
L’IA peut-elle aussi aider à prendre des décisions budgétaires sensibles ?
Absolument. Un adjoint aux finances se pose une question classique : faut-il rénover le gymnase A ou le gymnase B cette année ? L’IA est capable de croiser les taux d’occupation, les coûts de maintenance, les signalements d’usagers et les retours d’insatisfaction. Elle n’impose pas une décision, mais elle éclaire objectivement l’arbitrage. La décision devient rationnelle, argumentée, et surtout explicable aux administrés. C’est un outil d’aide à la décision, pas un outil de substitution politique.
Et face aux tensions locales, l’IA peut-elle désamorcer les conflits ?
Oui, et c’est même l’un de ses effets les plus puissants. Un adjoint à l’urbanisme se retrouve face à des riverains affirmant n’avoir jamais été informés d’un chantier de voirie. Grâce à l’IA, l’élu accède instantanément à l’historique des communications : 450 SMS et 1 200 emails envoyés, ciblés sur le quartier concerné.
La transparence est totale. Le débat change de nature. On sort de l’affrontement émotionnel pour revenir à des faits vérifiables.
On parle beaucoup de productivité, mais qu’en est-il de la sécurité et de la responsabilité ?
Un exemple très concret : les inscriptions scolaires. Vérifier manuellement les allergies alimentaires de centaines d’enfants est une source de stress énorme pour les agents. Une simple erreur de lecture peut avoir des conséquences graves. L’IA scanne automatiquement les formulaires, détecte les allergies et déclenche une alerte immédiate vers la cuisine centrale. Le bénéfice est double : une sécurité maximale pour les familles et une charge mentale considérablement allégée pour les agents.
Le courrier reste un point noir dans beaucoup de collectivités. L’IA peut-elle vraiment aider ?
Totalement. Une lettre manuscrite arrive en mairie, mêlant un signalement de voirie et une demande de subvention. Aujourd’hui, cela implique photocopies, redispatch, risques de perte d’information.
Avec HelloSpot, l’IA analyse le courrier scanné, identifie les thématiques et crée automatiquement deux demandes numériques orientées vers les bons services. Résultat : zéro ressaisie, une transmission immédiate et un gain de temps considérable.
Même au guichet, l’IA peut-elle apporter une vraie valeur ajoutée ?
Oui, notamment sur le plan juridique. Un administré arrive sans livret de famille pour un passeport urgent. L’agent doute sur les pièces de substitution. Chercher dans la réglementation prend du temps, alors que la personne est stressée. L’assistant IA interroge instantanément la base de connaissances de l’État et fournit la règle exacte. L’agent donne une réponse fiable, l’usager est rassuré, le rendez-vous est sauvé. C’est une expertise juridique “augmentée”, au service de l’humain.
Votre conviction, en une phrase ?
L’IA ne remplace pas les agents ni les élus. Elle leur rend ce qu’ils ont perdu depuis des années : du temps, de la clarté et de la capacité d’agir.