Apprendre à bien manger : l’école en première ligne

, mis à jour le 25/02/2026 à 10h10
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" Du champ à l’assiette, la restauration collective est un véritable acteur pédagogique "

À l’occasion du Salon international de l’Agriculture, le Syndicat national de la restauration collective (SNRC) a réuni, sur le stand d’Interfel, élus, professionnels et acteurs publics autour d’un enjeu désormais central : faire de l’éducation à l’alimentation un pilier de santé publique et de cohésion sociale. Portée par la députée Olivia Grégoire, une proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale le 16 février 2026, ouvre la voie à une expérimentation nationale dans les établissements volontaires.

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Le contexte est sans appel : près d’un adulte sur deux est en situation de surpoids et l’obésité a été multipliée par quatre chez les 18-24 ans en moins de trente ans. Face à ces chiffres, la proposition de loi portée par Olivia Grégoire vise à garantir à chaque élève, de la primaire au lycée, un accès effectif à une éducation à l’alimentation. Adopté au Palais Bourbon, le texte prévoit une expérimentation de trois ans dans des académies et établissements volontaires. L’objectif : articuler théorie, pratique et pause méridienne pour inscrire l’alimentation au cœur du parcours éducatif. « 

De la salle de classe à la cantine, un continuum éducatif

Lors de la table ronde organisée par le SNRC, un message a dominé : l’éducation au goût ne se limite pas à un cours magistral. Elle s’incarne dans l’assiette. 

À l’école primaire, trois séances annuelles seraient intégrées aux programmes existants, en lien direct avec la restauration scolaire. Ateliers sensoriels, découverte de la saisonnalité, visites de producteurs, valorisation des métiers agricoles et de bouche : la pédagogie se veut concrète.

Au collège, un projet annuel obligatoire serait articulé avec le parcours éducatif de santé. 

Au lycée, un module expérimental facultatif associerait les régions, compétentes en matière de restauration scolaire.
Pour les professionnels de la restauration collective, cette articulation entre classe et cantine est essentielle.
« L’éducation au goût est un continuum. Elle commence par le choix d’un produit de qualité, issu de filières responsables. Elle se poursuit par sa mise en valeur à travers une recette pensée par les professionnels, puis par l’expertise du diététicien-nutritionniste qui en garantit l’équilibre. Mais elle prend tout son sens au moment du repas, dans l’assiette, grâce à l’accompagnement à la cantine. Du champ à l’assiette, la restauration collective est un véritable acteur pédagogique » a expliqué Isabelle Aprile, Présidente du SNRC.
La table ronde a ainsi souligné le rôle stratégique de la restauration collective scolaire comme levier d’apprentissage, mais aussi comme espace de transmission des savoirs fondamentaux et de cohésion sociale.

Des ambitions… et la question des moyens

Reste la question centrale : celle des moyens. L’article 2 du texte prévoit la création d’un fonds d’action abondé par l’État, mais aussi par des contributions privées, afin de financer les activités pédagogiques et d’aider les communes les plus modestes. Ce fonds pourrait également soutenir la rénovation des cantines et la formation des personnels.
Un point qui suscite des réserves. Certains députés s’inquiètent d’une dépendance à des financements privés et d’un dispositif qui alourdirait la charge des collectivités dans un contexte budgétaire tendu. D’autres alertent sur la pénurie d’enseignants et de personnels formés, qui pourrait freiner la mise en œuvre.
L’Association des maires de France, de son côté, s’interroge sur les incidences organisationnelles et financières pour les communes, ainsi que sur la crédibilité d’un nouveau fonds dans le contexte actuel. La difficulté déjà rencontrée par de nombreuses collectivités pour atteindre les objectifs de la loi Egalim illustre l’ampleur du défi.
Malgré ces interrogations, le texte affirme une ambition claire : réaffirmer l’éducation à l’alimentation comme un enjeu de santé publique, de justice sociale et de transition écologique, mobilisant l’État, les collectivités, les équipes éducatives et les professionnels.
Le débat se poursuivra désormais au Sénat. Mais une chose est acquise : la cantine n’est plus seulement un service, elle devient un espace pédagogique à part entière.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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