Santé au travail : objectif prévention pour 100 % des employeurs publics
Présenté le 8 octobre 2026 aux organisations syndicales, le deuxième plan « Santé au travail » (PST) dans la fonction publique entend mettre un véritable coup d’accélérateur à la prévention des risques professionnels. Accès à la médecine de prévention, généralisation du document unique, responsabilisation des encadrants et gestion des données de santé figurent parmi les priorités de cette nouvelle feuille de route.
Un document unique chez tous les employeurs publics d’ici à 2028 : l’objectif donne la mesure du retard à combler. Aujourd’hui, seuls 40 % des employeurs des trois versants disposeraient d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), pourtant obligatoire. Le deuxième plan Santé au travail 2026-2030 veut donc transformer la prévention en réalité quotidienne, au-delà des guides méthodologiques et des déclarations d’intention.
La feuille de route comprend quatre axes et 22 actions. Elle vise à mieux protéger les agents face aux risques professionnels, à consolider le réseau des acteurs de la prévention, à améliorer la connaissance de leur état de santé et à renforcer le pilotage avec leurs représentants. Un enjeu d’autant plus sensible que 70 % des agents travaillent au contact du public et que les horaires atypiques restent fréquents. Acteurs Publics
Médecine de prévention : mutualiser face à la pénurie
Premier chantier : garantir un accès effectif à la médecine de prévention, alors que certains ministères et territoires connaissent une situation critique. Le plan prévoit une cartographie nationale des ressources médicales, le développement d’équipes pluridisciplinaires et une mutualisation accrue entre administrations. L’objectif consiste à réserver le temps médical aux agents qui en ont le plus besoin, tout en s’appuyant davantage sur les infirmiers et les autres professionnels de la prévention. Il faudra cependant lever des obstacles juridiques et organisationnels : un médecin intervenant dans un ministère ne peut pas aujourd’hui assurer facilement le suivi d’agents relevant d’une autre administration.
Cette orientation prolonge les ambitions du premier PST 2022-2025, qui encourageait déjà la mutualisation des services et le renforcement de la médecine de prévention. Le nouveau plan devra désormais démontrer sa capacité à produire des résultats concrets.
Les managers placés devant leurs responsabilités
L’autre priorité porte sur l’évaluation des risques. La DGAFP veut accompagner les employeurs afin que tous disposent d’un DUERP avant la fin de 2028. Des outils communs doivent faciliter sa réalisation et sa mise à jour, mais le document ne devra pas rester rangé dans un tiroir : il devra déboucher sur des actions de prévention adaptées à la réalité des métiers.
Les chefs de service et les encadrants seront davantage responsabilisés. D’ici à 2029, un volet consacré à la santé au travail devrait notamment être intégré à leur entretien d’évaluation. Le plan entend ainsi rappeler que la prévention ne relève pas uniquement des médecins et des spécialistes, mais de l’ensemble de la chaîne hiérarchique.
Enfin, l’État veut mieux exploiter les données relatives aux accidents du travail, aux maladies professionnelles et aux absences. Encore dispersées et incomplètes, elles doivent alimenter de nouveaux systèmes d’information afin d’identifier les risques et de cibler les politiques de prévention.
Les syndicats restent néanmoins sur leur faim. Ils regrettent l’absence de mesures coercitives contre les employeurs qui ne respectent pas leurs obligations et réclament toujours une inspection du travail indépendante pour la fonction publique. Si le deuxième PST affiche une ambition renforcée, sa crédibilité dépendra désormais des moyens engagés, de son suivi et de sa déclinaison jusque dans les collectivités et les services.