Santé mentale : près d’un agent territorial sur deux à bout de souffle
Épuisement, irritation, violences des usagers et renoncement aux soins : le Baromètre 2026 de la santé mentale au travail alerte sur une dégradation persistante chez les agents territoriaux. Le sens du service public demeure puissant, mais il ne suffit plus à compenser le manque de soutien ressenti.
Ils continuent à faire vivre les services publics locaux, mais la fatigue gagne du terrain. Selon le Baromètre 2026 réalisé par Moodwork, la MNFCT et idealCO, 45 % des agents territoriaux se disent épuisés par leur travail au moins une fois par semaine. Une proportion en hausse de trois points en un an, qui représenterait environ 900 000 agents à l’échelle de la fonction publique territoriale. L’enquête révèle une progression identique de l’irritation liée au travail, également ressentie régulièrement par 45 % des agents. Plus d’un tiers, soit 35,6 %, perçoivent désormais leur lieu de travail comme un risque pour leur santé mentale.
Les agents de catégorie C, les titulaires et les encadrants apparaissent particulièrement exposés. La charge de travail arrive en tête des causes d’épuisement : 40 % la jugent régulièrement excessive. Suivent l’incertitude professionnelle et les exigences émotionnelles. Les relations avec les usagers pèsent également lourd : 30 % des répondants disent subir des incivilités ou des violences plusieurs fois par mois.
Le sens du service public résiste, mais s’érode
Malgré ces tensions, 71 % des agents trouvent encore du sens à leur travail. Ils sont 82 % à le considérer comme utile et 80 % comme important. Cette conviction constitue une ressource protectrice : l’alignement entre les valeurs personnelles de l’agent et celles de sa collectivité est présenté comme la première source de sens. Mais ce socle se fragilise. La proportion d’agents trouvant du sens à leur activité recule de quatre points depuis 2025. Le baromètre souligne également une ambivalence : se sentir indispensable peut conduire certains agents au surengagement, jusqu’à l’épuisement. Les agents tentent déjà de préserver leur équilibre. Plus des trois quarts déclarent avoir engagé au moins une action, principalement l’activité physique, la relaxation ou un accompagnement psychologique. Pourtant, 65 % expriment encore un besoin d’aide.
Formation et soutien collectif restent insuffisants
L’accès aux soins constitue un autre signal d’alarme : 39 % des agents déclarent y avoir déjà renoncé pour leur santé mentale. Le coût est cité par 59 % d’entre eux, devant le manque de temps et les difficultés à consulter un spécialiste. Les femmes, les moins de 35 ans et les agents de catégorie C sont les plus concernés.
Du côté des employeurs, la marge de progression demeure considérable. Près des trois quarts des répondants n’ont jamais été formés aux risques psychosociaux. Seuls 15 % perçoivent un soutien de leur collectivité et 22 % celui de leur hiérarchie. Or, chez les agents qui se sentent fortement soutenus, le niveau d’épuisement est inférieur d’environ un tiers.
Le management apparaît donc comme un levier décisif, mais aussi comme le premier motif évoqué dans les commentaires libres. Le baromètre recommande de former systématiquement les agents et les encadrants, de rendre visibles les dispositifs d’aide et de cibler les populations les plus fragilisées. Préserver la santé mentale des agents ne relève plus du seul bien-être individuel : c’est désormais une condition de la continuité et de la qualité du service public local.