, mis à jour le 06/11/2026 à 15h43

« La condition physique doit être considérée comme une compétence »

Lieutenant Samuel Garcia
Référent départemental des activités physiques
Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Alpes-Maritimes
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L'activité physique des sapeurs-pompiers est à l'origine de 67 % des accidents en caserne chez les pompiers professionnels et de 56 % chez les volontaires.

Préparer les sapeurs-pompiers à l’intervention tout en préservant leur santé : au Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Alpes-Maritimes, le suivi de la condition physique va prendre une nouvelle dimension avec le développement d’une application conçue avec MyCoach. Le lieutenant Samuel Garcia, référent départemental des activités physiques, explique cette démarche de prévention et d’accompagnement des sapeurs-pompiers tout au long de leur carrière.

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L'édition 2026 de l’état des lieux de la sinistralité des services d'incendie et de secours (SIS), que vient de publier Relyens, révèle que l'activité physique des sapeurs-pompiers est à l'origine de 67 % des accidents en caserne chez les professionnels et de 56 % chez les volontaires. L’activité physique prépare les sapeurs-pompiers à intervenir, mais occasionne aussi des blessures. Comment résoudre ce paradoxe ?

Ce pourcentage doit toujours être lu avec le nombre d’accidents, qui baisse depuis plusieurs années. Et je préfère que le risque se concentre à l’entraînement, dans un cadre encadré, plutôt qu’en intervention, où il n’est pas maîtrisé et où les conséquences sont souvent plus lourdes. Pour développer les qualités physiques, il faut solliciter l’organisme avec une certaine intensité. L’entraînement comporte donc un risque de blessure. Mais son intérêt est précisément de préparer les agents aux efforts imprévus de l’intervention. Supprimer l’entraînement ne supprimerait pas les risques du métier. Nous perdrions progressivement des capacités physiques, mais aussi des compétences collectives. L’entraînement permet de travailler ensemble et de se préparer aux contraintes que nous retrouverons en opération. L’enjeu est donc de maîtriser l’effort et de mieux préparer les agents, pour limiter les conséquences des accidents lorsqu’ils surviennent.

Que vous apporte le travail mené avec Relyens sur l’accidentologie ?

Il nous permet de prendre du recul sur les accidents et leur récurrence. Malgré les actions de prévention, nous constatons qu’il reste difficile de faire diminuer leur fréquence rapportée au volume de pratique. Notre travail porte donc aussi sur la réduction de leur gravité. Une meilleure préparation physique doit permettre aux agents d’être plus efficaces, de mieux supporter les contraintes et de retrouver plus rapidement leurs capacités après une blessure. C’est tout l’intérêt de la prévention primaire : agir avant l’accident. La durée des arrêts augmente, mais elle reflète aussi le vieillissement des effectifs et les conditions de prise en charge, pas seulement la gravité des blessures. D’ailleurs, chez les agents accompagnés dans leur retour à l’activité, Relyens a observé une baisse du taux de rechute de 7,5 % à 4,9 % en un an. Nous ne devons pas seulement regarder le nombre d’accidents, mais aussi leurs conséquences, les jours d’arrêt et le retour à l’activité.

Comment adapter l’entraînement à des agents de sexes, d’âges et de conditions physiques différents ?

 Notre point de départ est la tâche opérationnelle. Sur une intervention, quels que soient l’âge ou le sexe de l’agent, il doit être capable d’accomplir la mission. En revanche, la préparation pour y parvenir doit être individualisée. Nous devons partir de la condition physique réelle de chacun. Même dans une séance collective réunissant dix ou vingt personnes, il faut pouvoir adapter le travail. L’intensité reste nécessaire, mais elle doit être maîtrisée et la récupération occuper une place centrale. Les encadrants des activités physiques, les EAP, jouent ici un rôle essentiel. Leur expertise a évolué, notamment sur la prévention des risques liés aux mouvements et sur l’accompagnement individuel. Ils peuvent également intervenir dans la réathlétisation après une blessure. Il faut bien la distinguer de la rééducation, qui relève des professionnels de santé : nous accompagnons le retour aux capacités physiques nécessaires à l’activité.

Vous développez une application avec MyCoach. Que changera-t-elle concrètement ?

Nous voulons passer d’un suivi ponctuel à un suivi qui profite de chaque séance encadrée. Dans les Alpes-Maritimes, nous disposons d’environ 350 encadrants des activités physiques répartis sur le territoire. Cette présence constitue un appui pour accompagner régulièrement les agents. L’application permettra de renseigner les séances réalisées et de conserver des informations sur leur déroulement. Lorsque les équipements le permettent, des données de fréquence cardiaque pourront y être associées. Nous utilisons déjà depuis une dizaine d’années la télémétrie, notamment lors des tests annuels. L’objectif est de mieux connaître l’évolution de la condition physique de l’agent, plutôt que de s’appuyer uniquement sur quelques rendez-vous dans l’année. Chaque présence à une séance deviendra une occasion de suivi. Le numérique nous donne ainsi la possibilité de documenter ce que nous observons et de mieux adapter l’accompagnement.

Cette démarche vise-t-elle principalement la prévention du risque cardiaque ?

Le risque cardiaque est majeur et sa prévention reste essentielle. Mais il ne faut pas réduire notre action à cette seule dimension. Les blessures traumatiques, par leur fréquence et les arrêts qu’elles entraînent, représentent également un enjeu important pour les agents et pour le fonctionnement du SDIS. Les encadrants sont donc aussi formés à repérer des difficultés dans les mouvements et à travailler sur la prévention de ces blessures. L’intérêt est d’avoir une approche globale : préserver la santé, maintenir les compétences physiques et favoriser la disponibilité opérationnelle. Le suivi doit nous aider à mieux identifier les besoins et à proposer un travail adapté.

Quelle place accordez-vous à la préparation mentale ?

Elle complète la préparation physique. Nous souhaitons renforcer cette dimension dans les Alpes-Maritimes. Elle vise notamment à améliorer la capacité des agents à faire face aux contraintes de l’intervention. Elle peut aussi constituer un appui supplémentaire dans la prévention des risques psychosociaux, sans prétendre résoudre toutes les difficultés de santé mentale. Les sapeurs-pompiers sont confrontés à une accumulation de situations, parfois peu marquantes prises isolément, mais dont les effets peuvent se cumuler au fil de la carrière. Il faut tenir compte de cette charge et préparer les agents à y faire face.

Pourquoi le suivi tout au long de la carrière devient-il indispensable ?

Notre objectif n’est pas seulement d’avoir des sapeurs-pompiers performants à vingt ou trente ans. Il est de leur permettre de soutenir une charge opérationnelle dans la durée, puis de maintenir leurs capacités lorsque l’âge avance. Le vieillissement des effectifs rend cet accompagnement encore plus important. C’est pourquoi je défends l’idée de considérer la condition physique comme une compétence. Si un agent ne parvient pas à réaliser une tâche aujourd’hui, nous devons pouvoir identifier ses besoins et construire une progression pour l’aider à y parvenir. Avec un suivi plus régulier, nous disposerons d’informations que nous n’avions pas auparavant. Elles doivent nous permettre de mieux accompagner les agents, de préserver leur condition physique et de les aider à rester opérationnels face à des risques qui évoluent.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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