[Zepros x MNT] Absentéisme : prévenir l’usure avant qu’elle ne s’installe
Vieillissement des effectifs, pénibilité des métiers, montée des risques psychosociaux : l’absentéisme s’impose comme un défi majeur pour les collectivités. Coline Jean, directrice Gestion, Relation adhérents et employeurs, Marketing, Assurance et Services à la MNT, livre les leviers de prévention permettant d’agir avant que l’usure professionnelle ne s’installe.
L’absentéisme n’est plus seulement un indicateur suivi par les directions des ressources humaines. En fragilisant les équipes et en désorganisant les services, il finit aussi par affecter directement les usagers. Ce constat explique pourquoi 91 % des acteurs territoriaux le considèrent aujourd’hui comme un enjeu majeur de leur politique RH. En 2022, le coût des absences pour raison de santé dans la fonction publique territoriale aurait ainsi dépassé 5 milliards d’euros, soit environ 2 400 euros par agent.
Au-delà de ces données financières, les conséquences sont très concrètes. Lorsqu’un conducteur de bus est absent et ne peut être remplacé, par exemple, ce sont des usagers qui restent à l’arrêt et un service public qui se dégrade. « Prévenir l’absence coûte beaucoup moins cher que de la subir », résume Coline Jean. Tout l’enjeu consiste donc à transformer les données financières et sociales en véritables outils de pilotage, afin de ne plus seulement constater les arrêts, mais d’agir sur leurs causes.
Des agents plus âgés et des métiers exposés
Cette nécessité d’anticiper devient d’autant plus pressante que les agents territoriaux vieillissent. En 2025, leur âge moyen atteignait 46,6 ans, soit six ans de plus que celui de l’ensemble de la population active. Or, avec l’allongement des carrières, l’exposition aux contraintes physiques et psychiques s’accumule. Selon les données de la MNT, un agent de plus de 60 ans présente ainsi un risque supérieur de 35 % de connaître un arrêt de plus de trois mois par rapport à un agent de moins de 30 ans.
Tous les métiers ne sont toutefois pas exposés de la même manière. Les filières technique, sociale et médico-sociale, qui regroupent plus de 60 % des effectifs territoriaux, sont particulièrement concernées. Agents de propreté ou de restauration, ripeurs et jardiniers doivent composer avec les manutentions répétées et les horaires atypiques. Dans le soin, la petite enfance, l’accueil ou l’accompagnement social, ce sont davantage la charge émotionnelle et la pression relationnelle qui favorisent les risques psychosociaux et les absences de longue durée.
Les femmes, majoritaires dans la fonction publique territoriale, peuvent cumuler ces différentes expositions avec des problématiques de santé encore insuffisamment prises en compte, qu’il s’agisse de santé cardiovasculaire, de santé mentale ou de santé menstruelle.
Passer d’une gestion des arrêts à une prévention globale
Pour autant, le vieillissement des effectifs ne constitue pas une fatalité. Selon Coline Jean, les collectivités qui agissent sur l’adaptation des postes, le maintien dans l’emploi et le reclassement anticipé parviennent à limiter la progression des absences. Une prévention efficace suppose d’abord de connaître précisément les effectifs, les métiers et les risques réellement rencontrés dans les situations de travail.
Dans cette démarche, le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) doit devenir le point de départ d’actions concrètes : amélioration de l’organisation, prévention des troubles physiques, promotion de l’activité physique et du sommeil, retour progressif après un arrêt ou accompagnement vers une évolution professionnelle. La formation des managers joue également un rôle essentiel, puisqu’elle leur permet de repérer les premiers signes de fatigue et de mieux accompagner les agents fragilisés.
Pour soutenir les collectivités, la MNT déploie notamment des programmes de remise en activité physique, des analyses des risques individuels et organisationnels menées avec des professionnels de santé, ainsi qu’un accompagnement personnalisé des agents en arrêt. « Les politiques les plus efficaces sont celles qui agissent sur les causes de l’absentéisme plutôt que sur ses conséquences », insiste Coline Jean. La prévention devient ainsi un levier commun de santé au travail, de stabilité des équipes et de qualité du service public.
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