, mis à jour le 13/04/2026 à 15h30

« L’adaptation n’est plus une option, c’est une nécessité opérationnelle pour les territoires »

Gil Vauquelin
Directeur de la Transformation écologique
Banque des Territoires
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" Disposer de données ne suffit pas. Il faut transformer ces diagnostics en stratégies, puis en plans d’investissement "

Face à l’accélération des événements climatiques extrêmes, les collectivités doivent désormais passer de la prise de conscience à l’action. Pour Gil Vauquelin, directeur de la Transformation écologique à la Banque des Territoires, l’enjeu n’est plus seulement de réduire les émissions, mais d’organiser concrètement l’adaptation, territoire par territoire.

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Les politiques de réduction des émissions suffisent-elles face à l’accélération des risques climatiques ?

Les efforts engagés, notamment en Europe, vont dans le bon sens, mais ils restent insuffisants au regard du rythme du réchauffement. Les événements extrêmes – sécheresses, inondations, canicules – s’intensifient plus vite que prévu. L’adaptation devient donc indispensable, en complément de l’atténuation.

Le plan national d’adaptation est-il suffisamment territorialisé ? Les collectivités sont-elles prêtes ?

Le plan national donne un cap, mais il n’a pas vocation à tout décliner localement. La territorialisation est en cours, notamment à travers des stratégies régionales. On observe d’ailleurs un vrai basculement : l’adaptation est devenue une priorité pour les élus. Mais il reste un enjeu majeur de structuration des démarches à l’échelle locale.

Comment passer du diagnostic à l’action concrète ?

Disposer de données ne suffit pas. Il faut transformer ces diagnostics en stratégies, puis en plans d’investissement. Cela suppose une ingénierie solide. C’est précisément là que se situent les besoins : accompagner les collectivités pour éviter les erreurs d’adaptation et orienter les bons choix, notamment sur les infrastructures et les patrimoines.
Quels sont aujourd’hui les besoins les plus criants des élus ?
L’ingénierie est essentielle : capacité à diagnostiquer, planifier, prioriser. Mais aussi à anticiper et gérer les crises. Les collectivités doivent à la fois prévenir les risques et être capables de reconstruire autrement après un événement. Cela suppose des compétences, des financements et une vision à long terme.

Les solutions dites « sans regret » sont-elles suffisamment déployées ?

Elles progressent, mais restent encore insuffisantes. La renaturation, la gestion naturelle de l’eau ou la végétalisation sont pertinentes, mais nécessitent des changements d’approche et des investissements. On passe progressivement d’une logique de maîtrise à une logique d’adaptation, mais le mouvement doit s’amplifier.
Les territoires sont-ils prêts à faire face à la raréfaction de l’eau ?
C’est un défi majeur. La ressource diminue, tandis que les besoins augmentent, notamment pour l’agriculture. Les outils existent, mais la gouvernance reste complexe. Il faut mieux articuler les décisions locales avec une gestion à l’échelle des bassins versants, plus cohérente avec les réalités hydrologiques.

Faut-il repenser la gouvernance de l’eau ?

Oui, car il y a aujourd’hui un décalage entre les échelles de gestion. La planification se fait à l’échelle des bassins, mais l’action reste locale. Il faut renforcer cette cohérence, tout en intégrant les enjeux de financement, qui deviennent de plus en plus lourds.

Comment financer ces investissements dans un contexte contraint ?

Les besoins vont fortement augmenter : qualité de l’eau, réseaux, prévention des inondations… Une hausse du prix de l’eau semble inévitable, même si elle doit rester maîtrisée. La vraie question est celle du partage de l’effort entre usages domestiques, agricoles et industriels.

Comment embarquer citoyens et acteurs économiques ?

Par la concertation locale. Les tensions autour de l’eau sont fortes, mais les solutions passent par des compromis construits au plus près du terrain. C’est en sortant des postures nationales et en responsabilisant l’ensemble des acteurs locaux que l’on pourra avancer durablement.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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