, mis à jour le 27/04/2026 à 19h17

« Les départements sont au bord de la rupture financière »

Philippe Gouet
Président du conseil départemental, et les conseillers départementaux
Loir-et-Cher
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" Très concrètement, nous n’avons plus de marge".

Face aux appels à la maîtrise des dépenses publiques, Philippe Gouet, président du conseil départemental, et les conseillers départementaux de Loir-et-Cher alertent sur la situation critique des départements, pris en étau entre hausse des charges sociales et baisse des ressources. 

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Le Haut-commissariat au Plan appelle à un effort des collectivités. Pourquoi cette cible vous paraît-elle injustifiée ?

C’est totalement incompréhensible. Les départements sont déjà la strate la plus fragilisée. On nous demande de réduire encore nos marges alors que nous portons près de 70 % de l’investissement local. Dans le même temps, les dépenses sociales explosent : nous devons faire face à une augmentation de 5,5 milliards d’euros depuis 2020, sans compensation suffisante. L’effet de ciseau est extrêmement violent et fragilise durablement nos finances. 

Les collectivités sont pourtant présentées comme financièrement saines. Partagez-vous ce constat ? 

Non, pas du tout. Peut-être que certaines collectivités s’en sortent mieux, mais les départements sont en grande difficulté. Aujourd’hui, une soixantaine d’entre eux peinent à équilibrer leur budget. L’action sociale représente désormais 70 % de nos dépenses, contre 55 % il y a dix ans, avec des compensations de l’État tombées à 40-45 %. On ne peut pas parler de situation saine quand nos marges de manœuvre disparaissent. 

Comment faire des économies dans ces conditions ?
Très concrètement, nous n’avons plus de marge. Si on nous impose encore des efforts, il faudra arrêter d’investir faute d’épargne suffisante. Cela signifie moins de travaux sur les routes, moins de rénovation des collèges, moins de soutien aux communes, à la culture, au sport. Or, ce sont ces politiques qui structurent la vie quotidienne dans les territoires. On ne peut pas réduire les dépenses sociales, donc ce sont les investissements d’avenir qui seront sacrifiés.

Le « nouveau contrat de confiance » proposé par l’État peut-il être une solution ? 

Non, parce qu’il est hors sol. Nous sommes déjà soumis à des contraintes budgétaires importantes. Revenir à un dispositif de type « contrat de Cahors » avec des engagements contraignants alors que nous sommes déjà au bord de la rupture n’a pas de sens. Avant de parler de nouveaux engagements, il faut d’abord rétablir un équilibre financier entre l’État et les départements. 
À travers l’exemple du Loir-et-Cher, assiste-t-on à une crise structurelle ? 

Oui, très clairement. Notre épargne nette a chuté de 63 % et le reste à charge des dépenses sociales atteint 33 millions d’euros en 2025. Dans le même temps, nos recettes diminuent, notamment avec la baisse des droits de mutation liée à la crise immobilière. Ce modèle n’est plus soutenable. Sans réforme en profondeur du financement des solidarités, les départements ne pourront plus assurer leurs missions dans des conditions acceptables. 
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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