, mis à jour le 28/01/2026 à 10h20

« À Tours, je veux un mandat de proximité : écouter, arbitrer, rénover »

Benoist Pierre
Conseiller municipal d’opposition et conseiller métropolitain
Tours (37)
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" Tours a un art de vivre, une histoire, un patrimoine remarquable ".

Conseiller municipal d’opposition et conseiller métropolitain, Benoist Pierre repart en campagne pour les municipales de 2026 à Tours (37) à la tête du collectif « Je m’engage pour Tours ». Son fil rouge : une démocratie locale beaucoup plus directe, une ville réparée, une stratégie de mobilité moins coûteuse et une montée en puissance de la police municipale, le tout sans hausse d’impôts. Entretien.
 

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Vous êtes engagé en politique depuis une dizaine d’années. Qui êtes-vous, et pourquoi vous représenter aujourd’hui ?

Je suis engagé localement depuis près d’une décennie. Je suis aujourd’hui conseiller municipal d’opposition et conseiller métropolitain. Professionnellement, je suis professeur des universités à Tours. Je me présente pour la deuxième fois aux municipales. En 2020, j’étais tête de liste et j’ai déjà vécu une campagne très intense. Aujourd’hui, je pars avec un collectif citoyen que j’ai construit sur la durée, « Je m’engage pour Tours », né il y a environ quatre ans. C’est un rassemblement très large, du centre gauche à la droite modérée, avec l’idée de faire de la politique autrement, en-dehors des appareils traditionnels qui sont sur des logiques nationales et présidentielles, difficilement compatibles avec les exigences locales. Mon Parti c’est Tours !

Quelle est votre vision du mandat local et du rôle du maire ?

Le maire est, plus que jamais, un garant de stabilité républicaine. Dans la période actuelle, je crois profondément que la commune est un socle. Mais cette stabilité n’a de sens que si elle s’incarne dans la proximité. Pour moi, un mandat, même dans l’opposition, doit être un mandat de terrain. Nous avons réalisé plus de 2 000 actions dans tous les quartiers de Tours : porte-à-porte, échanges, réunions. Pas pour faire campagne, mais pour comprendre la vie réelle des habitants, leur expertise d’usage, leurs problèmes du quotidien. 
Le maire, c’est avant tout une équipe municipale au service des habitants. Servir, ça ne veut pas dire renoncer à une vision. Ça veut dire construire ensemble des priorités, expliquer les contraintes budgétaires et faire des choix en transparence. Aujourd’hui, on organise trop de concertations vitrines, des réunions à la chaine avec dix participants au plus, puis on dit : « on a consulté ». Avec le numérique, on peut faire beaucoup mieux.

Votre première promesse, ce n’est pas d’augmentation d’impôts. Comment tenir dans un contexte contraint ?

Justement en assumant les priorités. La ville et la métropole ne peuvent pas tout financer, surtout quand certains projets sont démesurés ou mal calibrés. Si on empile des investissements peu rentables, on aboutit mécaniquement à augmenter la fiscalité locale. Et au bout du compte, personne n’y échappe : ni les classes moyennes, ni les petits propriétaires, ni les locataires, qui en subissent les répercussions.
Je veux rénover Tours sans augmenter les impôts : cela suppose de réduire la voilure sur certains projets et de réorienter l’argent vers ce qui améliore immédiatement le cadre de vie : écoles, gymnases, équipements, façades, propreté, éclairage…

Quelles sont vos priorités concrètes ?

Ma priorité, c’est la démocratie locale réelle et vivante. Je veux instaurer une consultation quasi permanente : de nouveaux conseils de quartier tirés au sort sur les listes électorales, et des référendums par voie numérique pour tous les grands projets qui modifient durablement la physionomie d’un quartier ou de la ville. Lorsqu’on s’y prend sérieusement, la participation est au rendez-vous. Nous en avons fait la démonstration dans le quartier des Douets, au nord de Tours. Des blocs de béton y avaient été installés sans concertation. Nous avons choisi une autre méthode : deux mois de porte-à-porte, des propositions construites à partir des idées des habitants, puis un vote. Résultat : 90 % des habitants se sont prononcés en faveur de solutions alternatives aux blocs de béton. La concertation n’est pas un gadget : c’est une boussole.
Deuxième priorité : la sécurité et la tranquillité publique. La sécurité n’est pas négociable. Je veux renforcer significativement la police municipale en recrutant 50 agents supplémentaires, de manière progressive : 25 en milieu de mandat, puis 25 avant 2032. L’objectif est clair : atteindre un ratio d’efficacité d’environ un policier municipal pour 1 000 habitants. Et je veux aussi rallumer la ville, parce que l’extinction nocturne est vécue comme un abandon dans certains quartiers. L’éclairage public est un outil de tranquillité, de présence et de confiance.
Troisième priorité : rénover l’existant. Tours dispose d’un patrimoine exceptionnel, mais nos écoles, nos gymnases, nos équipements sportifs et culturels sont souvent en fin de vie. On a vu des écoles fermer lors des épisodes de chaleur, des classes descendre à 5 ou 7 degrés pendant les vagues de froid… Il faut remettre de l’argent là où c’est utile : dans le bâti public, les façades, l’hypercentre, les Halles, et les quartiers-villages.

Sur les mobilités, vous critiquez une révolution menée trop vite. Que proposez-vous ?

Je suis favorable au vélo, mais pas à une mise en œuvre précipitée, sans schéma cohérent, sans concertation, qui crée des conflits d’usage et des erreurs coûteuses. Je propose un moratoire immédiat sur le plan vélo (VéliVal), le temps de faire un bilan précis : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et ce qu’il faut corriger.
Sur le tramway, je pense qu’une deuxième ligne est nécessaire, mais pas dans le format actuel, trop lourd financièrement. Je propose de réduire à la partie la plus rentable (entre la place de la Liberté et l’hôpital Trousseau), avec une logique d’optimisation du réseau : réinvestir les économies dans le matériel roulant, et dans des infrastructures légères pour créer plusieurs branches à partir de la première ligne, augmenter la fréquence et la fréquentation, et donc réduire l’impact carbone.

Vous avez aussi des propositions très urbaines : Arena, Parc Expo, Halles, plan façades…

Oui, parce que l’embellissement et la rénovation sont de véritables leviers de vitalité et d’emplois pour le territoire. Je suis favorable à une Arena modulable, mais à une condition claire : il faut d’abord investir, dès maintenant, plusieurs dizaines de millions d’euros pour rénover le Parc des Expositions et le Centre Municipal des Sports.
Sans cette étape préalable, on se contente d’un effet d’annonce. Moi, je préfère des équipements qui fonctionnent, qui accueillent du public et qui servent réellement le territoire.
Sur les Halles, la priorité est simple : les remettre aux normes. Avant de réfléchir à l’aménagement des étages, il faut d’abord sécuriser, moderniser et rendre pleinement fonctionnel le bâtiment. Le bon sens doit primer sur les effets d’annonce.
Je veux également relancer un plan « façades » ambitieux dans l’hypercentre. Quand on marche en centre-ville, l’état des façades, la propreté et la lumière transforment immédiatement la perception que l’on a de la ville. Ce sont des détails en apparence, mais ils font toute la différence dans le quotidien des habitants comme dans l’attractivité de Tours.

Logement, commerces : comment éviter une ville qui se dortoirise ?

La crise du logement est bien réelle et touche aussi Tours : jeunes couples, parcours de vie qui évoluent, seniors… Face à cela, il faut une action publique plus structurée. La ville ne peut pas tout imposer, mais elle peut mieux mobiliser les dispositifs existants, comme le bail solidaire, et surtout convaincre les propriétaires de remettre sur le marché les logements vacants.
Sur le logement neuf, il faut construire, oui, mais sans urbanisme anarchique : en s’appuyant sur des outils fonciers maîtrisés et des secteurs clairement identifiés.
Côté commerces, Tours a une histoire marchande forte, mais certains quartiers-villages se sont vidés. Le manque de stationnement, des travaux mal coordonnés et des circulations mal pensées ont aggravé la situation. Je veux établir un pacte clair avec les commerçants, fondé sur des mesures très concrètes : 30 minutes de stationnement gratuit le samedi, mais aussi la gratuité du réseau Fil Bleu le week-end, pour ramener des clients, faciliter l’accès au centre-ville et redonner de la vitalité commerciale à Tours.

Dans six ans, à quoi ressemblera Tours si vous êtes élu ?

Une ville plus propre, plus sûre, plus belle… et surtout une ville rénovée, qui a investi là où c’est essentiel : écoles, équipements, sport, culture, façades. Une ville qui a retrouvé de la fluidité, sans matraquage fiscal, et dans laquelle les habitants ont été pleinement associés aux décisions majeures. Tours a un art de vivre, une histoire, un patrimoine remarquable. Je veux que l’on cesse de l’abîmer par des projets déconnectés du quotidien, et qu’on se donne les moyens de la révéler à nouveau.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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