Mandat local et carrière : un équilibre enfin sécurisé

, mis à jour le 18/02/2026 à 17h33
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« La sécurisation du parcours professionnel constitue une condition essentielle de l’attractivité des mandats »

Anaïs Vallée, spécialiste en droit social, et Sarah Giband, spécialiste en droit public pour le Groupe SVP, analysent les effets de la loi du 22 décembre 2025 sur la sécurisation des parcours professionnels des élus locaux. Pour elles, cette réforme marque une étape décisive pour lever un frein majeur à l’engagement politique : la crainte d’un impact sur la carrière.

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L’engagement municipal ne doit plus être perçu comme un risque professionnel. C’est précisément le sens de la loi du 22 décembre 2025, dite loi Gatel, qui renforce les garanties offertes aux candidats et aux élus locaux. « La sécurisation du parcours professionnel constitue une condition essentielle de l’attractivité des mandats », soulignent Anaïs Vallée et Sarah Giband.
Premier apport majeur : la protection contre toute discrimination liée à une candidature ou à l’exercice d’un mandat. Aucune mesure défavorable – à l’embauche, dans l’évolution de carrière, l’accès à la formation ou la rupture du contrat – ne peut être fondée sur un engagement électif. Cette garantie vaut pour les salariés du privé comme pour les agents publics.
La réforme double également la durée maximale d’absence autorisée pour faire campagne aux élections locales, portée de 10 à 20 jours ouvrables. Un signal clair adressé à celles et ceux qui hésitent encore à franchir le pas.
Une fois élu, le cadre juridique est structuré : autorisations d’absence pour les réunions obligatoires, crédit d’heures dédié, entretien en début de mandat pour organiser l’articulation entre vie professionnelle et responsabilités électives, droit à la formation renforcé. « L’objectif est d’inscrire le mandat dans une logique de continuité professionnelle et non de rupture », analysent les deux expertes.

Des régimes distincts entre privé et public

Si le socle de protection est commun, les modalités diffèrent selon le statut. Dans le secteur privé, le salarié peut suspendre son contrat pour exercer son mandat et bénéficie d’un droit à réintégration ou d’une priorité de réembauche. Les absences peuvent être encadrées par accord collectif ou décision de l’employeur.
Dans la fonction publique, l’agent peut être placé en détachement. Il cesse alors de percevoir sa rémunération d’origine mais conserve ses droits à l’avancement et à la retraite. Le cumul avec l’indemnité de fonction demeure possible, le mandat constituant une charge publique et non un second emploi.

Mieux accompagner la fin de mandat

La loi renforce aussi la sécurisation de la sortie de mandat : l’allocation différentielle versée aux maires et adjoints ayant interrompu leur activité professionnelle peut désormais être prolongée jusqu’à deux ans sous conditions.
Pour Anaïs Vallée et Sarah Giband, la réforme répond à une évolution profonde : « Les élus locaux sont aujourd’hui plus exposés, plus sollicités, et leurs responsabilités se sont considérablement accrues. » En consolidant leur protection professionnelle, le législateur reconnaît cette réalité.
Au-delà du cadre juridique, les auteures insistent enfin sur la nécessité d’anticipation et de dialogue entre employeurs et élus. Sécuriser l’engagement local, concluent-elles, c’est aussi renforcer la vitalité démocratique des territoires.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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