, mis à jour le 20/03/2026 à 11h30

« L’eau est devenue un enjeu stratégique pour la résilience des territoires »

Sébastien Zuckerman
Président
Xylem France
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Moderniser les réseaux d'eau n’est donc pas un choix technologique, c’est une nécessité.

A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, le 22 mars prochain, Sébastien Zuckerman, président de Xylem France, alerte sur l’accélération des risques climatiques et appelle à une transformation en profondeur des infrastructures hydrauliques. Entre modernisation des réseaux et gestion intelligente de la donnée, il plaide pour un changement de paradigme dans la gestion de l’eau.

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Les inondations récentes ont marqué les esprits. En quoi traduisent-elles une évolution durable du risque ?

Les événements que nous avons connus en février 2026 ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance de fond liée au dérèglement climatique. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une alternance de phénomènes extrêmes : des sécheresses prolongées suivies d’épisodes pluvieux très intenses. Ces situations mettent sous tension des infrastructures qui n’ont pas été conçues pour ces conditions. Derrière chaque inondation, il y a des réseaux fragilisés, des activités économiques à l’arrêt, parfois des territoires complètement paralysés. Et les coûts sont considérables, avec plusieurs milliards d’euros de dégâts déjà estimés. Ce que cela révèle surtout, c’est que l’eau n’est plus seulement une ressource à gérer : elle est devenue un enjeu majeur de résilience économique et territoriale. 

Nos infrastructures sont-elles adaptées à ces nouvelles réalités climatiques ?

Très clairement, non. Une grande partie de nos réseaux d’eau et d’assainissement ont été conçus il y a plusieurs décennies, dans un contexte climatique beaucoup plus stable. Aujourd’hui, ces infrastructures atteignent leurs limites. Les bassins de rétention se remplissent trop vite, les stations de pompage doivent absorber des volumes pour lesquels elles n’ont pas été dimensionnées, et les débordements deviennent plus fréquents. Moderniser ces réseaux n’est donc pas un choix technologique, c’est une nécessité. Il faut les rendre plus intelligents, plus réactifs, capables d’anticiper les situations de crise. C’est un enjeu de protection des populations, mais aussi de continuité économique pour les territoires. Cela suppose également de considérer les infrastructures hydrauliques comme des équipements stratégiques, au même titre que l’énergie ou les transports.

Quel rôle peuvent jouer les technologies et la data dans cette transformation ?

Nous assistons à une véritable révolution dans la gestion de l’eau. Grâce aux capteurs, aux outils de modélisation et aux plateformes d’analyse, il est désormais possible de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux et surtout d’anticiper les risques. Concrètement, cela permet d’anticiper la saturation d’un réseau lors d’épisodes pluvieux, d’optimiser les infrastructures ou encore de réduire les délais d’intervention en cas d’incident.
Mais au-delà des outils, c’est un changement de logique. Nous passons d’une gestion réactive — où l’on intervient une fois la crise arrivée — à une gestion prédictive, où l’on anticipe et limite les impacts. C’est là que se joue la résilience des territoires. Car face à un climat de plus en plus imprévisible, mieux gérer l’eau devient une condition essentielle pour protéger nos territoires et préparer l’avenir.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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