« L'IA doit renforcer la cohésion des territoires, pas créer une nouvelle fracture »
Alors que l'intelligence artificielle s'impose progressivement dans les collectivités, bon nombre d'élus, notamment dans les petites communes, peinent encore à s'y retrouver. Avec IACL (Intelligence artificielle pour les collectivités locales), Serge Pilicer, Président-fondateur d'IAC, et Jean-Baptiste Manenti, Président du Comité de Programme et du Comité d'Experts de l'IACL, proposent un dispositif inédit d'accompagnement, fondé sur l'écoute des territoires, la pédagogie et la formation. Leur ambition : faire de l'IA un levier de modernisation au service des élus, sans créer une nouvelle fracture territoriale.
Vous lancez IACL, une initiative nationale placée sous le haut patronage du Président de la République. Pourquoi avoir créé ce dispositif ?
Serge Pilicer : Nous sommes partis d'un constat simple : les initiatives autour de l'intelligence artificielle se multiplient, mais elles restent souvent partielles. Certaines présentent des solutions, d'autres proposent des conférences ou des formations, mais aucune ne répond à l'ensemble des besoins des élus locaux. Avec Jean-Baptiste Manenti, nous avons voulu construire un parcours global qui accompagne les collectivités depuis la découverte de l'IA jusqu'à son déploiement concret. Notre conviction est que les élus ont avant tout besoin d'être rassurés, accompagnés et formés. Aujourd'hui, près de 80 % des communes françaises comptent moins de 3 500 habitants. Beaucoup de leurs élus nous disent qu'ils ont le sentiment d'être dépassés par cette révolution technologique. IACL est né pour leur donner des repères et leur permettre d'aborder cette transformation avec confiance.
Votre dispositif s'articule autour d'une enquête nationale, d'un Tour de France, d'un sommet au Palais du Luxembourg et d'un programme de formation. Pourquoi avoir imaginé ce parcours ?
Serge Pilicer : Parce que nous ne voulions surtout pas organiser un événement de plus. Notre ambition est de construire une démarche dans la durée. Chaque étape nourrit la suivante. L'enquête permettra d'identifier les attentes et les inquiétudes des élus. Le Tour de France donnera la parole aux territoires et favorisera les échanges de terrain. Le sommet national restituera ces enseignements et ouvrira le débat avec les experts. Enfin, la formation permettra aux élus de passer à l'action.
Jean-Baptiste Manenti : Cette logique est essentielle. Nous voulons d'abord écouter avant de proposer des réponses. L'enquête apportera une vision quantitative des besoins, tandis que les rencontres organisées dans les territoires permettront de comprendre beaucoup plus finement les réalités locales. C'est cette double approche qui donnera tout son sens au programme de formation.
Pourquoi avoir privilégié un Tour de France plutôt qu'une plateforme numérique ou un cycle de conférences ?
Serge Pilicer : Parce que rien ne remplace la rencontre avec les élus. Les maires des petites communes ont besoin d'échanger directement, de poser leurs questions et d'exprimer leurs inquiétudes. L'intelligence artificielle peut parfois apparaître comme un sujet complexe, voire intimidant. Nous avons donc voulu aller à leur rencontre plutôt que d'attendre qu'ils viennent à nous. Notre objectif est d'humaniser cette révolution technologique. L'IA ne doit pas éloigner les élus des citoyens ; elle doit au contraire leur permettre d'exercer plus efficacement leur mandat. Cette proximité est au cœur de notre démarche.
Vous insistez beaucoup sur la souveraineté. Pourquoi est-elle devenue un enjeu majeur pour les collectivités
Jean-Baptiste Manenti : La souveraineté est évidemment une question essentielle, mais elle ne doit pas être réduite à l'origine des technologies. Elle concerne aussi la maîtrise des données publiques, leur sécurité et la capacité des collectivités à conserver le contrôle de leurs décisions.
Serge Pilicer : Nous sélectionnerons exclusivement des solutions répondant à des exigences fortes en matière d'éthique, de sécurité et de souveraineté. Mais au-delà des outils, ce qui nous intéresse, c'est la manière dont les élus pourront utiliser leurs données pour améliorer leurs politiques publiques. Une donnée n'a de valeur que si elle éclaire une décision. C'est cela, finalement, le véritable enjeu.
Le risque est-il aujourd'hui de voir apparaître une nouvelle fracture territoriale autour de l'intelligence artificielle ?
Serge Pilicer : C'est probablement notre principale préoccupation. Après la fracture numérique, nous pourrions assister à une fracture liée à la capacité des collectivités à s'approprier l'intelligence artificielle. Les grandes métropoles disposent déjà de directions du numérique et de moyens importants. Ce n'est pas le cas des petites communes.
Jean-Baptiste Manenti : C'est précisément pour cela que nous voulons apporter une méthode. Les élus ne nous demandent pas seulement quels outils utiliser ; ils veulent savoir comment choisir une solution adaptée à leur territoire, comment l'évaluer et comment éviter les erreurs. Notre ambition est que chaque collectivité, quelle que soit sa taille, puisse bénéficier des mêmes opportunités. L'IA doit être un facteur de cohésion territoriale, jamais un facteur d'exclusion.