Villes Internet 2026 : le numérique au cœur des politiques locales
Longtemps cantonné à une question technique, le numérique est devenu un marqueur politique à part entière de l’action locale. Services publics, inclusion, cybersécurité, participation citoyenne : à travers le Palmarès Villes Internet 2026, les collectivités montrent qu’elles ne subissent plus la transformation numérique. Elles la pilotent.
Le 29 janvier 2026, à Agen, le verdict est tombé : 213 Territoires, Villes et Villages ont été labellisés lors du 7ᵉ Congrès national des élus au numérique, organisé par Villes Internet. De la commune rurale de 45 habitants à l’agglomération de plus de 150 000 âmes, le palmarès dessine une France numérique plurielle, loin des clichés technophiles réservés aux grandes métropoles. Au total, 686 communes sont concernées, représentant 4,6 millions d’habitants. Une photographie stable d’une année sur l’autre, mais trompeuse en apparence. « Le label fonctionne comme un révélateur des mutations en cours », analyse Didier Desponds, président du jury. Derrière la continuité statistique, les usages, eux, évoluent vite.
Le numérique, passé du technique au politique
Longtemps cantonné aux services informatiques, le numérique est désormais un objet politique à part entière. Dématérialisation des démarches, inclusion numérique, cybersécurité, intelligence artificielle, données publiques, transition écologique : autant de sujets qui irriguent aujourd’hui l’ensemble des politiques locales. « Le label est comme une bannière sur le fronton des mairies », résume Mathieu Vidal, président de Villes Internet. Une reconnaissance symbolique, mais surtout la validation d’un engagement quotidien des élus et des agents publics au service de l’intérêt général. Car le numérique n’est pas neutre. Il peut réduire les inégalités comme les accentuer, simplifier la relation à l’administration ou exclure les plus fragiles. Les collectivités se retrouvent ainsi en première ligne pour transformer l’innovation technologique en progrès social réel.
Des initiatives locales face aux fractures nationales
Les quelque 15 000 fiches actions recensées sur la plateforme Atlaas de Villes Internet racontent une autre histoire : celle d’un numérique de terrain, pragmatique, souvent discret. Médiation numérique dans les quartiers populaires, accompagnement des seniors, outils de participation citoyenne, services publics accessibles, sobriété numérique… Les collectivités expérimentent, ajustent, mutualisent.
Cette dynamique répond à une réalité persistante : les fractures numériques restent sociales, générationnelles et territoriales. L’illectronisme demeure un frein massif à l’accès aux droits. À cela s’ajoutent de nouveaux risques : cyberattaques, dépendance aux solutions extra-européennes, impacts environnementaux du numérique.
Agen, laboratoire d’un numérique à taille humaine
Ville hôte du Congrès, Agen incarne cette volonté de conjuguer innovation et proximité. Labellisée Territoire d’excellence numérique, la commune assume une ambition claire : faire du numérique un outil d’efficacité administrative, mais aussi de qualité de vie et de relation à l’usager.
Durant deux jours, élus, agents, chercheurs et partenaires ont confronté leurs expériences autour de sujets brûlants : intelligence artificielle dans l’action publique, cybersécurité, sobriété numérique, données territoriales, démocratie locale. Autant de thèmes qui dépassent largement la technique pour interroger le modèle même de l’action publique locale.
À l’aube des municipales, un enjeu sous-estimé
À un an des élections municipales, le numérique apparaît paradoxalement comme un enjeu majeur mais rarement politisé. Il ne clive pas, ne polarise pas, mais touche directement le quotidien des habitants. Démarches en ligne, accès aux services, protection des données, continuité de l’action publique en cas de crise : autant de sujets qui pèseront, silencieusement, dans le jugement des citoyens.
Le palmarès Villes Internet 2026 envoie un message clair : les collectivités qui anticipent, structurent et assument une vision politique du numérique renforcent leur capacité d’action. Les autres risquent de subir des choix technologiques imposés, coûteux et parfois contraires à l’intérêt général.
Le numérique local, révélateur du faire société
Au-delà des arobases, le label raconte une conviction partagée : le numérique n’est pas une fin, mais un moyen. Un moyen de faire société, de retisser la confiance, d’assurer l’égalité d’accès aux droits et de préparer les territoires aux crises à venir.