Petites villes : l’investissement tient bon malgré des finances sous pression

, mis à jour le 15/06/2026 à 16h49
Image
L’investissement reste le moteur des territoires

Malgré un contexte budgétaire toujours contraint, les petites villes françaises ont maintenu en 2025 un niveau d’investissement élevé tout en préservant leurs grands équilibres financiers. C’est le principal enseignement de l’étude réalisée par La Banque Postale et l’Association des Petites Villes de France (APVF). Derrière cette apparente stabilité se cachent toutefois des fragilités croissantes : hausse des charges structurelles, érosion de la trésorerie et besoins d’investissement toujours plus importants pour accompagner les transitions écologique, énergétique et démographique.

Partager sur

Les 4 160 petites villes françaises, représentant près de 27 millions d’habitants, soit 39 % de la population nationale, ont consacré en 2025 près de 45,6 milliards d’euros à leurs dépenses hors dette. Sur ce total, 12,3 milliards d’euros ont été investis dans les équipements et infrastructures, soit 458 euros par habitant, un niveau en hausse de 8,2 % par rapport à 2024. Cette dynamique confirme la volonté des élus locaux de poursuivre les projets engagés, qu’il s’agisse de rénovation énergétique des bâtiments publics, d’adaptation au changement climatique, de modernisation des réseaux ou encore d’amélioration des services de proximité. Selon l'étude réalisée par La Banque Postale et l’Association des Petites Villes de France (APVF), Les petites villes continuent ainsi de jouer un rôle majeur dans l’investissement public local. Le taux d’équipement atteint 32,8 %, signe d’un effort soutenu malgré un environnement financier moins favorable.

Des dépenses de fonctionnement sous contrôle

Les dépenses de fonctionnement atteignent 31,9 milliards d’euros, soit 1 186 euros par habitant. Leur progression reste limitée à 1,1 % sur un an, un rythme nettement inférieur à celui observé lors des épisodes inflationnistes récents. Les charges de personnel demeurent le premier poste de dépenses et représentent 56 % du budget de fonctionnement. Viennent ensuite les achats et charges externes (27 %) et les dépenses d’intervention (12 %). Cette maîtrise relative des dépenses a permis aux communes de préserver leur capacité d’autofinancement malgré l’augmentation des coûts de l’énergie, des salaires et des obligations réglementaires.

Une épargne qui résiste

L’épargne brute des petites villes s’établit à 5,6 milliards d’euros, soit 209 euros par habitant. Elle progresse légèrement de 0,4 % par rapport à 2024. Cette capacité d’autofinancement reste essentielle puisqu’elle constitue le premier levier de financement des investissements locaux. Toutefois, derrière cette moyenne nationale, les situations demeurent contrastées. Trente-six communes présentent une épargne brute négative, tandis qu’un quart des petites villes disposent d’une épargne inférieure à 127 euros par habitant.

Moins d’emprunts, davantage de subventions

L’étude met également en lumière une évolution significative des modes de financement des investissements. Sur le mandat 2020-2025, les petites villes ont davantage mobilisé leur épargne et les subventions, tout en limitant le recours à l’emprunt. Les subventions représentent désormais 23 % du financement des investissements contre 20 % lors du mandat précédent. Les aides de l’État progressent particulièrement, tandis que la part des nouveaux emprunts recule à 22 % contre 26 % auparavant. Cette stratégie traduit la volonté des élus de préserver leur capacité financière dans un contexte marqué par la remontée durable des taux d’intérêt.

Une trésorerie en recul

C’est sans doute le principal signal d’alerte de cette étude. La trésorerie des petites villes diminue de 8,4 % en un an pour s’établir à 10,3 milliards d’euros, soit 384 euros par habitant. Pour financer leurs investissements, les communes ont puisé dans leurs réserves. Au total, près d’un milliard d’euros a été prélevé sur le fonds de roulement en 2025. Une pratique soutenable à court terme mais qui réduit progressivement les marges de sécurité financières.

Des acteurs essentiels de la cohésion sociale

L’étude souligne également le rôle souvent méconnu des petites villes dans l’accompagnement social des populations. Les interventions sociales et de santé représentent environ 2,5 milliards d’euros, soit 8 % des dépenses de fonctionnement. Les Centres communaux d’action sociale (CCAS) occupent une place centrale dans cette politique de proximité. Près de 70 % des petites villes ont conservé leur CCAS et consacrent au total 3,5 milliards d’euros à leur fonctionnement. Une large part de ces dépenses bénéficie aux personnes âgées, notamment à travers les EHPAD, l’aide à domicile et les services d’accompagnement.

Des équilibres à préserver

Le constat dressé par La Banque Postale et l’APVF est donc nuancé. Les petites villes démontrent une nouvelle fois leur capacité à investir, à maintenir les services publics de proximité et à accompagner les transitions en cours. Mais cette résilience repose sur des équilibres de plus en plus tendus. Entre hausse des charges, diminution de la trésorerie et besoins d’investissement croissants, les élus devront trouver de nouvelles marges de manœuvre pour poursuivre leurs projets sans fragiliser durablement les finances locales.

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire