, mis à jour le 29/07/2026 à 21h56

« Notre distributeur municipal fait vivre tout le commerce du village »

Frédéric Rouet
Maire
Villes-sur-Auzon (84)
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" En moyenne, nous comptabilisons environ 1 600 retraits par mois, avec des pointes supérieures à 2 000 en juillet et en août "

Villes-sur-Auzon (84), commune touristique du Vaucluse située au pied du mont Ventoux, a installé son propre distributeur automatique de billets. Quatre ans plus tard, il enregistre jusqu’à 2 000 retraits par mois en été et distribue près de deux millions d’euros chaque année. Pour le maire, Frédéric Rouet, ce service est devenu un véritable outil d’attractivité territoriale.

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Pourquoi la commune a-t-elle décidé d’installer son propre distributeur de billets ?

Trois agences bancaires se sont successivement installées dans la commune avant de fermer leurs portes. Par la suite, aucune banque n’a souhaité créer le service, considérant que le seuil de rentabilité, alors estimé à 500 retraits mensuels, ne pourrait pas être atteint. Cette absence pénalisait les touristes, encore nombreux à utiliser des espèces, mais aussi les habitants car nombreux sont ceux qui retirent chaque semaine une somme déterminée pour mieux maîtriser leur budget, ce que le paiement par carte, notamment sans contact, rend parfois plus difficile. Mais cette absence de distributeur pénalisait également les commerces de la commune. Pour tirer des espèces, il fallait parcourir sept kilomètres. Une fois arrivés dans la commune voisine, habitants et visiteurs en profitaient naturellement pour y faire leurs achats. Autant de dépenses qui échappaient à nos commerces locaux.

Comment fonctionne ce distributeur municipal ?

La commune a pris en charge l’aménagement du local et sa sécurisation, avec notamment des portes renforcées et des caméras. L’investissement initial représentait environ 40 000 à 45 000 euros. L’entreprise Loomis a ensuite installé le distributeur et assure son fonctionnement ainsi que son approvisionnement. La commune paie une prestation mensuelle, dans le cadre d’un contrat conclu sur cinq ans. Au départ, nous étions prudents, car les banques nous avaient répété pendant des années que le service ne fonctionnerait pas. Nous avons donc privilégié une cotisation stable afin de sécuriser le coût pour la commune. Mais les résultats ont rapidement dépassé nos attentes. Dès son premier été, entre le 15 juin et la fin du mois d’août 2022, le distributeur avait enregistré plus de 4 000 retraits, pour un montant supérieur à 500 000 euros.

Comment anticipez-vous les pics de fréquentation pendant la saison touristique ?

Loomis suit en permanence le rythme des retraits et adapte les approvisionnements. De notre côté, nous prévenons l’entreprise lorsque nous organisons une manifestation susceptible d’entraîner une forte demande d’espèces. Nous avons par exemple organisé la vente de billets pour un concert, avec 30 000 à 40 000 euros susceptibles d’être encaissés en liquide. Nous avons immédiatement alerté Loomis afin que le distributeur soit suffisamment approvisionné. Cette relation directe nous permet d’anticiper les besoins et d’éviter les ruptures.
Nous recevons chaque mois un rapport très précis, avec le nombre de retraits enregistré jour après jour, les montants distribués et le panier moyen. Nous pouvons donc suivre les évolutions et repérer très vite les périodes de forte activité.

Quels volumes de retraits enregistrez-vous aujourd’hui ?

En moyenne, nous comptabilisons environ 1 600 retraits par mois, avec des pointes supérieures à 2 000 en juillet et en août. Le montant moyen retiré est proche de 100 euros. Au total, près de deux millions d’euros sont distribués chaque année dans un village d’environ 1 350 habitants. Cette année, pour la première fois, aucun mois n’est descendu sous le seuil des 1 000 retraits, même pendant les périodes les plus creuses. Cela montre que l’usage ne se limite plus à la haute saison. Le distributeur attire aussi des habitants des communes voisines. Ils savent qu’il est régulièrement approvisionné et qu’ils ne risquent pas de se déplacer pour trouver un appareil vide. La fiabilité du service est essentielle : lorsqu’un distributeur fonctionne bien, les usages s’installent durablement.

Quel effet cet équipement produit-il sur les commerces locaux ?

Il joue un rôle très concret. Notre commune compte 42 commerces, depuis les artisans d’art jusqu’aux services du quotidien : deux épiceries employant du personnel, une boulangerie, des restaurants, un bureau de tabac… À l’exception d’une pharmacie, on trouve presque tout à Villes-sur-Auzon. Quand les touristes viennent retirer de l’argent, ils restent dans le village. Ils prennent un café, déjeunent au restaurant ou font leurs courses. Le distributeur permet donc de conserver une partie de la consommation sur le territoire. Il aide également les petits commerçants à limiter les commissions liées aux paiements par carte sur de très faibles montants. Pour un café à 1,40 euro, par exemple, ces frais ne sont pas anodins. Le distributeur est donc à la fois un service rendu aux habitants et un soutien indirect à l’économie locale.

Les espèces restent-elles indispensables malgré le développement du paiement sans contact ?

Oui, absolument. Nous entendons beaucoup parler de la disparition progressive des espèces, mais nos chiffres montrent qu’elles répondent toujours à un besoin réel. Certains habitants les utilisent pour mieux contrôler leurs dépenses. D’autres souhaitent simplement conserver 50 ou 100 euros sur eux en cas de panne informatique, de problème de réseau ou de blocage du système bancaire. C’est une forme de sécurité. Pour les touristes également, payer en espèces peut être plus simple ou plus rassurant. Le succès du distributeur montre que la dématérialisation des paiements ne doit pas conduire à supprimer toute possibilité d’accéder à de l’argent liquide, particulièrement dans les territoires ruraux.

Ce distributeur participe-t-il plus largement à l’attractivité de Villes-sur-Auzon ?

Bien sûr. C’est un service de proximité parmi d’autres, mais tous ces services finissent par former un écosystème qui permet au village de rester vivant. Nous avons également un camping, une piscine, un cabinet médical et une station-service municipaux. Nous proposons même un service de livraison de médicaments pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’à la pharmacie située dans la commune voisine.
A cela il faut ajouter un camping privé, les touristes qui traversent le village pour rejoindre le plateau d’Albion et le pays de la lavande, les cyclistes attirés par le mont Ventoux ainsi que nos événements culturels. Lorsqu’une manifestation ou une fête rassemble beaucoup de monde, l’accès aux espèces devient indispensable. Installer un distributeur représente certes une charge pour la commune. Mais il faut regarder ce qu’il apporte en retour aux habitants, aux visiteurs et aux commerçants. Pour nous, le bilan est très clair : ce service contribue directement à l’activité et à l’attractivité de Villes-sur-Auzon.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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