Polices municipales : les maires réclament les moyens de leurs missions
Amendes, outils numériques, vidéo-protection… Réunis au sein de Villes de France, les maires tirent la sonnette d’alarme. Alors que les polices municipales voient leurs compétences s’élargir, les élus estiment que l’État ne leur donne ni les ressources financières ni les outils nécessaires pour exercer pleinement leurs missions.
La sécurité du quotidien est devenue l’une des principales préoccupations des habitants. Face à cette attente, les communes ont considérablement renforcé leurs polices municipales au cours des dernières années. Présence sur le terrain, tranquillité publique, lutte contre les incivilités, surveillance des espaces publics : les agents municipaux occupent désormais une place centrale dans le dispositif de sécurité locale. Mais pour les maires de Villes de France, cette montée en puissance s’accompagne d’un déséquilibre croissant. Les collectivités assument toujours davantage de responsabilités tandis que l’État continue de fixer les règles du jeu sans toujours leur donner les moyens correspondants.
La bataille des amendes forfaitaires
Le principal sujet de crispation concerne l’extension des amendes forfaitaires délictuelles prévue dans le projet de loi relatif aux polices municipales. Le texte permettrait aux agents municipaux de verbaliser une quinzaine de délits supplémentaires. Une évolution que les élus accueillent favorablement sur le principe, car elle renforce les capacités d’intervention des polices municipales. Mais un point fait bondir les maires : les recettes générées par ces nouvelles amendes seraient intégralement perçues par l’État.
Pour Villes de France, cette situation est incompréhensible. Les communes recrutent, forment, équipent et financent les policiers municipaux, mais ne bénéficieraient d’aucune part des recettes produites par leur action. Les élus demandent donc que le produit des amendes dressées par les polices municipales soit reversé aux collectivités qui en supportent le coût.
Des outils numériques qui compliquent le travail des agents
Sur le terrain, les difficultés ne sont pas uniquement budgétaires. Les maires dénoncent également les limites des outils numériques utilisés par les polices municipales. Certaines mises à jour de logiciels de procès-verbal électronique ont récemment perturbé le travail des agents. Procédures plus complexes, difficultés d’utilisation des nomenclatures d’infractions, problèmes d’ergonomie ou encore exploitation insuffisante des données : autant d’obstacles qui ralentissent l’action quotidienne des services. Pour les élus, la question est devenue stratégique. À l’heure où les collectivités investissent massivement dans la sécurité, elles demandent à l’État de garantir des outils fiables, stables et interopérables, capables de répondre aux besoins opérationnels des agents.
La souveraineté numérique s’invite dans le débat
Autre sujet de préoccupation : la vidéo-protection. Les maires alertent sur la dépendance croissante des collectivités à des équipements conçus hors d’Europe, notamment par des fabricants chinois largement présents sur le marché. Pour Villes de France, cette situation soulève des questions de sécurité et de souveraineté technologique. Plusieurs pays européens ont déjà pris des mesures restrictives concernant certains équipements déployés dans des sites sensibles. En France, aucune doctrine nationale claire n’a encore été définie, laissant les collectivités seules face à des choix techniques parfois complexes. Les élus plaident ainsi pour une véritable stratégie nationale associant soutien à une filière européenne, accompagnement financier des collectivités et définition d’un cadre clair pour les équipements autorisés dans les espaces publics sensibles.
Un appel à un nouveau partenariat avec l’État
Au-delà des revendications techniques ou financières, le message adressé par les maires est avant tout politique. Les collectivités ne contestent pas l’extension des missions des polices municipales. Elles demandent simplement que les moyens suivent les responsabilités.
À leurs yeux, la sécurité du quotidien ne pourra être renforcée durablement que si l’État reconnaît pleinement le rôle des communes et leur donne les ressources nécessaires pour agir efficacement. Une revendication qui résonne particulièrement à quelques mois des élections municipales, alors que les questions de sécurité figurent parmi les premières attentes des citoyens.