Tiers-lieux : un bâtiment disponible ne suffit pas à faire un projet
Coworking, café associatif, épicerie participative, services publics ou activités culturelles… Les tiers-lieux peuvent devenir de puissants outils de revitalisation locale. Mais pour Dominique Valentin, fondateur de Relais d’Entreprises, leur réussite repose d’abord sur une stratégie territoriale, des usages clairement identifiés et un modèle économique solide.
« Il faut presque oublier le terme de tiers-lieu, car personne n’en a la même définition. » D’emblée, Dominique Valentin invite les élus à dépasser les effets de mode. Derrière cette appellation se cachent en effet des réalités très différentes : espaces de coworking, fablabs, recycleries, cafés associatifs, ateliers d’artistes, micro-folies ou encore lieux d’inclusion numérique.
Fondateur de Relais d’Entreprises et fort de l’accompagnement de plus de 150 projets, l’invité ce matin de Place des Élus - le 1er réseau social au service des élus et de l’action locale - met en garde contre une erreur fréquente : transformer un bâtiment vacant en tiers-lieu sans avoir préalablement défini sa vocation. « Ce n’est pas parce que l’on dispose d’un local, que l’on passe un coup de peinture et que l’on installe quelques bureaux que l’on a créé un tiers-lieu », résume-t-il.
La première question à poser est donc celle du besoin : quel enjeu le projet doit-il résoudre et comment permettra-t-il de mieux vivre sur le territoire ?
Recréer de l’activité et du lien dans les territoires
Pour Dominique Valentin, les tiers-lieux peuvent apporter une réponse concrète aux communes rurales et périurbaines devenues des territoires dortoirs. Grâce au numérique et au déploiement de la fibre, il est désormais possible de « faire venir le travail à soi plutôt que de se déplacer vers son travail ». Les espaces de proximité permettent ainsi aux salariés, aux agents publics et aux entrepreneurs de travailler près de leur domicile, tout en évitant l’isolement du télétravail à la maison. Relais d’Entreprises défend à ce titre le « proxytravail », c’est-à-dire le télétravail pratiqué dans un lieu professionnel proche de chez soi. Une organisation susceptible de réduire les déplacements pendulaires, les émissions de CO₂ et les dépenses de carburant, mais aussi de mieux séparer vie personnelle et vie professionnelle.
Les retombées dépassent largement le seul cadre du travail. Les actifs consomment souvent à proximité de leur lieu d’activité : les maintenir quelques jours par semaine dans leur commune contribue donc à soutenir les commerces et l’économie résidentielle. Le tiers-lieu peut également recréer des espaces de rencontre dans des villages où les cafés et les services ont progressivement disparu. Cette dimension sociale est essentielle. Face à la multiplication des usages à domicile, Dominique Valentin alerte sur une forme d’« auto-assignation à résidence ». Or, rappelle-t-il, " la résilience d’un territoire dépend autant de la qualité des liens entre ses habitants que de ses infrastructures."
Adapter chaque projet à son territoire
Il n’existe cependant pas de modèle universel. Un entrepreneur confirmé recherchera surtout un bureau fermé, une connexion performante, une salle de réunion ou un équipement de visioconférence. Un créateur d’entreprise aura davantage besoin d’accompagnement, d’animation et d’échanges avec une communauté. Les habitants pourront, quant à eux, attendre un café, une épicerie, des services publics ou un espace d’inclusion numérique.
Plus le territoire est rural et faiblement peuplé, plus l’hybridation des usages devient nécessaire. Dans une petite commune, la fréquentation ne permettra pas toujours de faire vivre un espace exclusivement consacré au coworking. Associer bureaux, café associatif, commerce, activités culturelles, services publics ou cabinets paramédicaux peut alors diversifier les publics et les recettes. Cette hybridation contribue aussi à redonner de l’animation aux centres-bourgs tout au long de la journée.
Mais cette souplesse ne dispense pas d’une solide préparation. Publics visés, tarifs, charges, animation, gouvernance, communication et partenariats doivent être définis avant l’ouverture. Dominique Valentin recommande notamment de commencer à faire connaître le lieu au moins six mois en amont. Il alerte également les collectivités sur des tarifs trop faibles, qui rendent ensuite impossible le financement de la communication ou de l’animation.
Le portage peut être public, privé, associatif ou mixte, selon le contexte local. Si la coopération entre communes et intercommunalités reste souhaitable, l’initiative dépend souvent de la mobilisation des élus. « Ce n’est pas toujours la taille de la commune qui compte, mais sa dynamique », insiste Dominique Valentin. Autrement dit, un tiers-lieu ne se décrète pas : il se construit à partir d’une vision, d’une communauté et d’un projet réellement ancré dans son territoire.