« Les besoins ne disparaîtront pas parce que le financement est réduit »
La prolongation d’ACTEE+ jusqu’à fin 2027 ne garantit pas la poursuite de ses accompagnements. Alors que le programme d’adaptation des écoles aux canicules a été fortement réduit, Pierrick Degardin, directeur adjoint d’ACTEE, alerte sur les conséquences de la fin du programme pour les collectivités et sur l’avenir d’une ingénierie construite dans la durée.
ACTEE+ a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2027. Cette décision vous rassure-t-elle ?
La prolongation administrative du programme ne signifie pas que nous disposerons d’une année supplémentaire pour poursuivre nos accompagnements. Ce qui fait foi, ce sont les modalités de l’avenant à la convention. En l’état des discussions, il nous est demandé d’arrêter nos financements au 1er janvier 2027 et de finaliser seulement certaines actions, à savoir, les 2 500 audits d’écoles prioritaires du plan canicule et le développement de notre logiciel. Cette période servirait donc essentiellement à achever les dossiers, sans engager de nouveaux accompagnements. Quant à ACTEE 4, la perspective reste très incertaine. Nous ne disposons pas aujourd’hui d’une trajectoire permettant d’assurer la continuité de nos missions.
Que reste-t-il du programme d’adaptation des écoles aux fortes chaleurs ?
L’ambition initiale était de diagnostiquer 12 500 écoles, avec la Banque des territoires. Le budget a été ramené de 54 à 10 millions d’euros. L’objectif est désormais limité aux diagnostics de 2 500 établissements prioritaires. Mais financer les audits ne suffit pas : il faut aussi les piloter. Nous devons passer les marchés, suivre les prestations et accompagner leur réalisation. Même pour conserver une équipe opérationnelle réduite à une petite dizaine de personnes, des fonctions juridiques, comptables et de ressources humaines restent nécessaires. L’enveloppe permettant d’assurer ce fonctionnement est encore en négociation.
Comment expliquez-vous ce recul après les annonces faites pendant la canicule ?
Notre réaction est d’abord la sidération. Une ambition a été affichée pour répondre aux difficultés rencontrées dans les écoles, puis les moyens ont été considérablement réduits. Cela nous interroge sur la cohérence entre les annonces d’adaptation au changement climatique et les décisions prises pour les mettre en œuvre. Les fortes chaleurs posent pourtant une question de continuité du service public. Elles affectent les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des personnels. Les besoins ne disparaîtront pas parce que le financement est réduit : ils seront toujours là lors des prochains épisodes de chaleur. Il faut aussi rappeler que l’enjeu dépasse les seules écoles. L’ensemble des bâtiments publics doit pouvoir continuer à accueillir ses usagers dans de bonnes conditions.
Vous dénoncez une priorité donnée à l’électrification au détriment de l’efficacité énergétique. Que voulez-vous dire ?
Nous observons une réorientation vers l’électrification, avec le sentiment que la réduction des besoins énergétiques et la sobriété passent au second plan. Or ces démarches doivent être complémentaires. Changer les équipements ne dispense pas d’examiner la performance globale du bâtiment. Nous sommes tout à fait prêts à accompagner l’électrification des bâtiments publics dans le cadre de leur rénovation. Si des critères doivent être intégrés à nos dispositifs, nous pouvons en discuter. Il ne s’agit pas d’une opposition de principe. Mais il faut préserver une approche qui permette à la fois de diminuer les consommations, d’améliorer le confort et de choisir les équipements adaptés. C’est précisément l’intérêt d’un accompagnement en amont des travaux.
Quelles conséquences cette situation pourrait-elle avoir sur les équipes et sur les projets des collectivités ?
ACTEE compte environ 80 salariés. En l’état des négociations, nous n’avons pas de visibilité sur les financements permettant de maintenir l’ensemble de l’équipe. Cette incertitude est très concrète. Mais notre inquiétude dépasse le seul avenir de la structure. Nous travaillons avec les collectivités, les acteurs institutionnels et les professionnels de la rénovation. Nous avons construit des relations, une expertise et une capacité d’accompagnement. Une interruption fragiliserait cet ensemble. Pour les territoires, l’enjeu est de pouvoir continuer à préparer leurs projets. Les rénovations nécessitent du temps, des compétences et un suivi. Si l’accompagnement s’arrête, cette dynamique ne repartira pas instantanément. Les conséquences concernent aussi les entreprises qui interviennent ensuite sur les bâtiments.
Disposez-vous encore de leviers pour obtenir une évolution des arbitrages ?
Nous continuons à défendre la poursuite du programme. De nombreuses collectivités nous soutiennent, sollicitent les parlementaires ou écrivent directement à Matignon. Des acteurs institutionnels et des filières professionnelles se mobilisent également. Nous demandons à pouvoir poursuivre le dialogue et à disposer d’une trajectoire claire. Nous sommes prêts à adapter nos actions aux orientations retenues, mais nous avons besoin d’interlocuteurs et de visibilité pour le faire. Les collectivités doivent rénover leurs bâtiments, maîtriser leurs consommations et les adapter aux fortes chaleurs. Notre demande est de préserver les moyens de les accompagner dans ce travail, avec une continuité entre la préparation des projets et leur réalisation.