" Malgré les incertitudes, les collectivités continuent d'investir, de porter des projets et de préparer l'avenir "
Logement, vieillissement démographique,adaptation au changement climatique, intelligence artificielle… À l’issue de l’édition 2026 du Printemps des Territoires, Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, revient sur les temps forts de l’événement. Par ailleurs, il réarme le rôle de la Banque des Territoires comme partenaire stratégique des collectivités pour accompagner les projets qui structureront les territoires dans les années à venir. Rencontre.
Quels enseignements retenez-vous de cette édition du Printemps des Territoires ?
Le premier enseignement est sans doute la vitalité des territoires. Malgré un contexte économique incertain et malgré les tensions géopolitiques, les collectivités locales continuent d’investir, de porter des projets et de préparer l’avenir. C’est un signal très fort. Nous constatons partout une volonté d’agir et une capacité des élus à se projeter dans le long terme. Le deuxième enseignement concerne le logement. C’est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures des collectivités. La crise du logement continue de peser sur l’attractivité des territoires, sur les parcours résidentiels et sur le développement économique local. Les élus attendent des solutions concrètes qui passent à la fois par une relance de la production de logements, mais également par une transformation du parc existant pour répondre à l’évolution des besoins. Cette réflexion est d’ailleurs directement liée à une autre réalité qui s’impose désormais à tous les territoires : le vieillissement de la population. Les collectivités vont être confrontées à une accélération sans précédent de la transition démographique. Elles devront adapter leurs équipements, leurs logements, leurs services publics et leurs politiques sociales à une population plus âgée. C’est probablement l’un des défis les plus structurants du prochain mandat municipal. Enfin, l’intelligence artificielle s’est imposée comme un sujet incontournable. Les collectivités s’interrogent sur la manière dont elles peuvent utiliser ces nouveaux outils pour améliorer la qualité de leurs services, simplifier les démarches administratives, mieux piloter leurs politiques publiques ou encore renforcer leur relation avec les citoyens. Nous sommes encore au début de cette transformation, mais les attentes sont déjà très fortes. Toutes ces thématiques confortent plus que jamais le rôle de la Banque des Territoires comme partenaire de confiance des collectivités locales.
Dans le contexte actuel, les collectivités attendent-elles davantage de la Banque des Territoires ?
Oui, très clairement. Les attentes à notre égard se renforcent à mesure que les contraintes pesant sur les collectivités augmentent. La première attente concerne l’ingénierie. Aujourd’hui, mener un projet local est devenu beaucoup plus complexe qu’il y a quelques années. Les normes se multiplient, les montages financiers se sophistiquent, les exigences environnementales augmentent et les délais se rallongent. Les élus ont besoin d’être accompagnés pour naviguer dans cet environnement complexe. C’est précisément l’une de nos missions. En 2025, nous avons mobilisé près de 125 M€ pour financer des prestations d’ingénierie, des études et des équipes projet. L’objectif est de permettre aux collectivités de sécuriser leurs opérations et d’aller jusqu’au bout de leurs ambitions. La deuxième attente concerne naturellement le financement. Dans un contexte où les marges budgétaires sont contraintes et où les financements publics sont parfois plus limités, les collectivités recherchent des solutions stables, prévisibles et adaptées au temps long. Notre modèle nous permet précisément de proposer des fi nancements attractifs sur des durées particulièrement longues, compatibles avec les cycles de vie des infrastructures publiques.
Vos financements sont-ils aujourd’hui pleinement alignés avec les besoins des territoires ?
Je le crois. Les grandes priorités d’investissement que nous accompagnons correspondent très directement aux préoccupations exprimées par les élus. Le logement reste naturellement un axe majeur. En 2025, nous avons financé plus de 3 Md€ de
prêts dans ce secteur. Mais nous observons également une montée en puissance très nette des besoins liés à la santé et
au vieillissement. C’est un domaine dans lequel nous allons renforcer notre action. La transition écologique constitue également un pilier de notre intervention. Nous accompagnons massivement les collectivités dans la rénovation énergétique de leur patrimoine, notamment scolaire. Plus de 7 300 écoles bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement pour améliorer leur performance énergétique et leur adaptation aux évolutions climatiques. Nous intervenons aussi sur les infrastructures liées à l’eau, qui deviennent un enjeu majeur face aux sécheresses, aux tensions sur la ressource et au vieillissement des réseaux. La mobilité décarbonée représente également un axe important avec le financement de bus électriques, de réseaux de transport collectif ou encore d’infrastructures ferroviaires. Enfin, nous soutenons les projets de revitalisation urbaine, de renaturation et de redynamisation des centres-villes, qui sont au cœur des attentes des habitants.
Les collectivités font-elles davantage appel à des financements privés pour mener leurs projets ?
On observe effectivement des montages de plus en plus diversifiés. Pour les prêts, nous intervenons souvent directement,
parfois aux côtés d’autres établissements financiers. Mais là où notre rôle est particulièrement déterminant, c’est dans
l’investissement. Nous intervenons régulièrement au capital de sociétés d’économie mixte ou de structures créées par
les collectivités pour porter des projets d’aménagement, de revitalisation commerciale ou de développement économique. Notre présence rassure les autres investisseurs et facilite l’arrivée de partenaires complémentaires. Nous jouons en quelque sorte un rôle de levier. C’est notamment le cas dans les foncières commerciales créées pour lutter contre la vacance dans les centres-villes. Nous accompagnons aujourd’hui une centaine de ces structures à travers le territoire.
Du coup, la baisse récente de la collecte du Livret A constitue-t-elle un sujet d’inquiétude ?
Nous observons effectivement une phase de décollecte depuis plusieurs mois. Mais il faut la replacer dans son contexte.
Entre 2021 et 2024, la collecte du Livret A a connu une progression exceptionnelle, de l’ordre de 100 Md€. La baisse actuelle
reste donc relativement limitée par rapport à cette phase de croissance très importante. Surtout, nos capacités de fi nancement demeurent extrêmement solides. Nous disposons aujourd’hui des ressources nécessaires pour continuer à accompagner fortement les investissements des collectivités. Nous restons évidemment attentifs à l’évolution de l’épargne des Français, mais il n’y a pas d’inquiétude particulière sur notre capacité à répondre aux besoins des territoires.
Où en sont les collectivités face aux grandes transitions écologique, démographique et numérique ?
Les situations sont contrastées selon les thématiques. Sur la transition écologique, les collectivités sont déjà fortement engagées. Depuis plusieurs années, elles investissent dans la rénovation énergétique, les énergies renouvelables, la décarbonation des mobilités ou encore la gestion de l’eau. Aujourd’hui, leur préoccupation évolue progressivement vers l’adaptation au changement climatique : comment faire face aux inondations, aux sécheresses, aux îlots de chaleur ou aux tensions sur les ressources ? Sur le développement économique, les élus sont également très mobilisés, notamment sur les enjeux de revitalisation commerciale et de réindustrialisation. En revanche, les sujets liés au vieillissement de la population et à la santé restent
encore devant nous. Les collectivités ont pris conscience de l’ampleur du défi , mais
elles doivent désormais construire des réponses opérationnelles à grande échelle. Enfin, sur le numérique, une première étape a été franchie avec l’équipement des territoires. Une nouvelle phase s’ouvre désormais autour de la donnée et de l’IA.
Les collectivités souhaitent avancer mais elles ont encore besoin d’outils, d’expertise et d’accompagnement pour transformer ces technologies en véritables leviers d’action publique.
Quel est selon vous l’atout majeur de la Banque des Territoires ?
Notre principal atout est sans doute notre proximité avec les territoires. Nous disposons d’un réseau régional et territorial très
dense, avec des équipes qui connaissent parfaitement les réalités locales et entretiennent un dialogue permanent avec les élus. Cette présence permet d’instaurer une relation de confiance durable avec les élus. Nos équipes connaissent les
réalités locales, comprennent les enjeux des territoires et sont capables d’apporter non seulement des financements, mais
aussi une expertise issue des expériences menées ailleurs. C’est cette intelligence territoriale partagée qui fait aujourd’hui
notre singularité. Au fond, notre ambition est simple : être un partenaire de confiance capable d’aider les élus à transformer
leurs projets en réalisations concrètes, au service du développement de leurs territoires. l