Mégots : les territoires appelés à repenser leur collecte
Recyclage, incinération, cimenterie ou enfouissement : aucune solution ne s’impose clairement pour traiter les mégots ramassés dans l’espace public. Selon la première analyse de leur cycle de vie publiée par Alcome, l’essentiel de l’impact environnemental se joue bien avant, dans l’organisation de la pré-collecte et de la collecte. Un enseignement majeur pour les collectivités.
Chaque année, les collectivités consacrent des moyens importants à la lutte contre les mégots abandonnés dans les rues, sur les places ou aux abords des gares et des équipements publics. Mais que deviennent-ils une fois collectés et quelle solution présente le meilleur bilan environnemental ? Pour tenter d’y répondre, Alcome, l’éco-organisme chargé de la filière à responsabilité élargie du producteur des produits du tabac, publie une étude réalisée par Bleu Safran. Cette analyse du cycle de vie compare plusieurs scénarios : recyclage, incinération, co-incinération en cimenterie et enfouissement. Elle prend en compte l’ensemble de la chaîne, depuis la fabrication et l’installation des dispositifs de pré-collecte jusqu’au traitement final, en passant par les tournées de ramassage et le transport des déchets.
Le recyclage n’est pas toujours le meilleur choix
Premier constat : aucune filière de traitement ne se distingue nettement sur l’ensemble des critères environnementaux. Dans les conditions actuellement étudiées, le recyclage n’apparaît pas comme la solution systématiquement la plus performante. Les opérations nécessaires à la collecte séparée, au transport et à la transformation des mégots peuvent en effet peser lourdement sur son bilan global. La co-incinération en cimenterie présente, pour sa part, un avantage sur le plan climatique puisqu’elle permet de remplacer une partie des combustibles fossiles. Les solutions de traitement de proximité réduisent, quant à elles, les impacts liés au transport. Le choix doit donc être apprécié en fonction du contexte territorial, des distances à parcourir et des volumes effectivement collectés. L’étude déplace ainsi le débat : plus que la destination finale du mégot, c’est l’efficacité de toute la chaîne logistique qui apparaît déterminante.
Des cendriers mieux ciblés et des tournées rationalisées
Pour les collectivités, le principal levier réside dans l’optimisation de la pré-collecte et de la collecte. Alcome recommande notamment de concentrer les cendriers dans les secteurs où les mégots sont les plus nombreux, afin d’augmenter les volumes récupérés par équipement. La réduction des distances parcourues, la rationalisation des tournées et l’allongement de la durée de vie des dispositifs peuvent également améliorer sensiblement le bilan environnemental. L’étude invite aussi à explorer des organisations alternatives, notamment une collecte des mégots avec les déchets municipaux lorsqu’une filière séparée se révèle trop lourde ou trop peu productive. Une piste qui pourrait simplifier les dispositifs, sans remettre en cause la nécessité de prévenir les jets au sol.
Ces enseignements doivent désormais alimenter le programme de recherche et développement d’Alcome. L’éco-organisme, qui accompagne près de 2 100 communes représentant plus de 45 % de la population française, prévoit également d’actualiser cette analyse pour tenir compte de la diminution du nombre de mégots et du développement annoncé des filtres sans plastique.