Santé : les Régions veulent peser davantage dans les territoires
Déserts médicaux, vieillissement, santé environnementale, prévention… Longtemps cantonnées à leurs compétences en matière de formation, les Régions se sont imposées comme des acteurs incontournables des politiques de santé. Une étude que vient de publier Régions de France met en lumière cette montée en puissance et ouvre le débat sur leur futur rôle dans la gouvernance sanitaire du pays
Pendant longtemps, la santé est restée un domaine largement piloté par l’État et les agences régionales de santé. Pourtant, sur le terrain, les Régions ont progressivement investi ce champ, poussées par l’urgence des besoins et les attentes croissantes des habitants. Déserts médicaux, accès aux soins, vieillissement de la population, maladies chroniques ou encore santé environnementale : autant de défis qui se jouent désormais à l’échelle des territoires. Pour Régions de France, la crise sanitaire du Covid-19 a agi comme un révélateur, mettant en évidence les limites d’une organisation trop centralisée et la nécessité d’adapter davantage les réponses aux réalités locales.
L’étude de Régions de France souligne également la forte diversité des situations territoriales. Entre les zones rurales confrontées au manque de médecins, les métropoles sous tension et les territoires ultramarins où l’accès aux soins reste parfois particulièrement complexe, les besoins diffèrent profondément d’une région à l’autre.
Des budgets multipliés par trois en dix ans
Cette implication croissante se traduit concrètement dans les budgets. En 2025, les Régions ont consacré plus de 573 millions d’euros à des actions directement liées à la santé. Rapporté à la population, l’effort est passé de 2,40 euros par habitant en 2015 à 8,24 euros en 2024, soit plus du triple en dix ans. Aujourd’hui, 83 % des Régions disposent d’une véritable stratégie ou feuille de route dédiée à la santé. Cette montée en puissance s’ajoute à leur compétence historique en matière de formations sanitaires et sociales, qui représente à elle seule 1,6 milliard d’euros en 2025. Les Régions financent ainsi la formation des infirmiers, aides-soignants ou travailleurs sociaux, un levier essentiel pour répondre aux tensions de recrutement dans de nombreux territoires.
Lutter contre les déserts médicaux
Sur le terrain, l’accès aux soins constitue le principal point de convergence entre toutes les Régions. Partout en France, elles participent au financement de maisons de santé pluriprofessionnelles, de centres de santé ou encore de dispositifs destinés à favoriser l’installation de professionnels dans les zones sous-dotées. Certaines expérimentent le salariat de médecins, d’autres développent des centres régionaux de santé ou soutiennent des solutions mobiles comme les médicobus. Cette approche leur vaut d’être de plus en plus considérées comme de véritables « aménageurs sanitaires » des territoires, au même titre qu’elles le sont déjà pour les transports ou le développement économique.
Une vision plus large de la santé
L’étude met également en évidence une évolution majeure : la santé n’est plus seulement envisagée sous l’angle du soin. De nombreuses Régions développent désormais une approche globale intégrant la prévention, la santé des jeunes, la qualité de l’air, l’alimentation, les mobilités, la recherche, l’innovation ou encore la télémédecine. Une logique résumée par le concept de « Santé 360° » ou de « One Health », qui considère que santé humaine, santé animale et environnement sont étroitement liés. « La santé ne se passe pas uniquement dans les hôpitaux ou les cabinets médicaux. Elle se joue aussi dans les lycées, les transports, l’alimentation ou la qualité de l’air », résume l’étude.
Vers un nouveau partage des responsabilités ?
Au-delà du constat, le document ouvre une réflexion plus politique sur l’avenir de la gouvernance sanitaire. Les auteurs considèrent que la question n’est plus de savoir si les Régions ont un rôle à jouer en matière de santé, mais comment reconnaître, clarifier et sécuriser ce rôle. Plusieurs scénarios sont évoqués, allant d’une meilleure coordination avec les acteurs existants à un renforcement significatif des responsabilités régionales. Une condition apparaît toutefois incontournable : garantir les moyens financiers nécessaires. Régions de France rappelle que les prélèvements opérés par l’État sur les finances régionales fragilisent leur capacité d’intervention alors même que les attentes des territoires n’ont jamais été aussi fortes.
Les Régions en première ligne
Au fil des années, la santé est devenue un sujet d’aménagement du territoire autant qu’un sujet médical. Face aux déserts médicaux, au vieillissement démographique et aux nouvelles attentes des habitants, les Régions cherchent à s’affirmer comme des acteurs stratégiques capables de coordonner les réponses locales.
Reste désormais à savoir jusqu’où l’État acceptera de territorialiser cette politique publique particulièrement sensible. Une chose est sûre : pour les Régions, la santé n’est plus un sujet périphérique, mais l’un des grands enjeux de cohésion territoriale des années à venir.