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Centres de santé : quand les collectivités prennent la santé en main

, mis à jour le 08/06/2026 à 16h48
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Confrontés à la raréfaction des médecins libéraux, les élus locaux deviennent eux-mêmes acteurs de la santé

Face à la pénurie de médecins et à l’allongement des délais de rendez-vous, de plus en plus de collectivités choisissent de créer et gérer leurs propres centres de santé. Une étude de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) révèle l’essor de ce modèle, devenu pour certains territoires un véritable service public de proximité.

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Dans de nombreux territoires, l’accès aux soins est devenu l’une des premières préoccupations des habitants. Confrontés à la raréfaction des médecins libéraux, les élus locaux ne se contentent plus d’offrir des locaux ou des aides à l’installation : ils deviennent eux-mêmes acteurs de la santé. Selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), 225 collectivités géraient 324 centres de santé fin 2024. Longtemps concentré en Île-de-France, ce modèle connaît aujourd’hui un essor spectaculaire dans toute la  France. Communes, intercommunalités, départements et même régions se lancent dans l’aventure, avec une accélération très nette depuis 2020. La formule séduit parce qu’elle répond à deux enjeux majeurs : garantir l’accès aux soins et attirer des professionnels de santé grâce au salariat, une organisation de travail qui séduit une nouvelle génération de médecins moins attirée par l’exercice libéral traditionnel.

Des campagnes aux grandes villes

Contrairement aux idées reçues, les centres de santé gérés par les collectivités ne sont pas uniquement un phénomène urbain. Certes, 38 % sont implantés dans les grands centres urbains, héritage de l’histoire des centres municipaux franciliens. Mais plus d’un tiers se trouvent désormais dans des territoires ruraux, souvent confrontés à une désertification médicale particulièrement marquée. L’étude met en lumière un point commun entre ces territoires très différents : leurs habitants disposent généralement de revenus inférieurs à la moyenne nationale et rencontrent davantage de difficultés d’accès aux soins. Ainsi, 70 % des communes accueillant un centre de santé géré par une collectivité sont situées en zone d’intervention prioritaire définie par les agences régionales de santé. Dans certains villages de quelques milliers d’habitants, le centre de santé est devenu un équipement aussi stratégique que l’école ou la mairie. Une présence qui contribue à maintenir l’attractivité du territoire tout en répondant à une attente forte des habitants.

Un investissement conséquent pour les collectivités

Créer un centre de santé représente toutefois un engagement financier important. L’OFGL estime que les dépenses de fonctionnement de l’ensemble des centres gérés par les collectivités atteignent près de 300 millions d’euros par an. Le budget médian d’un centre s’élève à 675 500 euros annuels. La majeure partie des dépenses est consacrée aux ressources humaines. Les frais de personnel représentent près de 90 % des charges de fonctionnement. Médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues, assistants médicaux ou encore secrétaires : le modèle repose sur une équipe pluridisciplinaire salariée. Pour les petites communes rurales, l’effort peut être considérable. Dans certains cas, le centre de santé représente plus de 20 % du budget de fonctionnement communal, devenant l’un des principaux services publics locaux.

Un pari qui ne s’équilibre pas toujours

Les recettes proviennent principalement de l’Assurance maladie via le remboursement des consultations et des actes médicaux. Elles sont complétées par divers forfaits et aides spécifiques. Mais l’équation financière reste souvent délicate.

Selon l’étude, 60 % des collectivités supportent un reste à charge. Pour ces dernières, près d’un tiers des dépenses n’est pas couvert par les recettes perçues. À l’inverse, 40 % parviennent à équilibrer leur modèle, voire à dégager un léger excédent, généralement lorsqu’elles gèrent des structures de taille plus modeste.

Plus le centre grandit, diversifie ses activités et développe des missions de prévention ou d’accompagnement, plus l’équilibre financier devient difficile à atteindre. Un constat qui interroge sur la capacité des collectivités à poursuivre seules cet effort dans un contexte budgétaire déjà contraint.

La santé, nouvelle frontière de l’action locale

Au-delà des chiffres, cette étude témoigne d’une évolution profonde du rôle des collectivités. Longtemps considérée comme une compétence essentiellement nationale, la santé devient progressivement un champ d’intervention local. Face aux déserts médicaux, les élus refusent de rester spectateurs. Les centres de santé apparaissent comme l’une des réponses les plus concrètes pour maintenir une offre de soins de proximité. Un pari coûteux, parfois complexe à équilibrer, mais qui s’impose de plus en plus comme un levier d’aménagement du territoire autant que comme une politique de santé publique.

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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