Incendies en Gironde : après les flammes, l’urgence sociale
Plus d’un mois après les incendies du Porge, de Saumos et du bassin d’Arcachon, le Département reste mobilisé auprès des habitants sinistrés. Relogement, soutien psychologique, remise en état des routes et reconstruction du réseau numérique : la gestion de l’après-crise représente déjà près de 9 millions d’euros.
Les flammes sont éteintes, mais l’urgence demeure. Derrière les hectares brûlés et les images spectaculaires de l’été se joue désormais une crise plus silencieuse : celle des familles privées de logement, des personnes fragiles bouleversées par les évacuations et des territoires confrontés à des infrastructures durablement endommagées.
Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 8 septembre à Eysines, Jean-Luc Gleyze, a dressé un premier bilan de cette mobilisation exceptionnelle. « Cet été, et même en cette première moitié d’année, la Gironde a encore été le laboratoire des risques causés par le changement climatique », a souligné le président du conseil départemental. Plus de 350 agents issus de nombreux services se sont relayés pendant la crise. Certains, eux-mêmes évacués ou sinistrés, ont pris sur leurs congés pour rejoindre les équipes mobilisées.
Quatre collèges ont été ouverts pour accueillir les services de secours et des résidents d’Ehpad évacués. Entre le 24 juillet et le 2 août, 7 500 repas ont été préparés à Marcheprime, Villenave-d’Ornon et au Teich. Vingt-quatre psychologues ont assuré 53 journées de soutien, tandis que le « Bus en + » a tenu 29 jours de permanence dans le Médoc et 16 autour du Bassin.
Le relogement, nouvelle bataille de l’après-crise
Créée le 29 juillet, la cellule Gironde Relogement Solidaire accompagne 199 foyers, dont 161 originaires du Porge. Au 8 septembre, 92 avaient trouvé une solution pour une durée d’un à deux ans, le temps de reconstruire leur habitation. Une maîtrise d’œuvre urbaine et sociale doit renforcer cet accompagnement avec l’État.
Les besoins continuent cependant d’augmenter. Les travailleurs sociaux réalisent désormais entre 20 et 40 entretiens par jour auprès de personnes qui, pour certaines, n’étaient jusqu’alors pas connues des services départementaux. « Certains acteurs présents à nos côtés pendant les incendies se retirent désormais, mais le Département, lui, restera aussi longtemps que les besoins existeront », a assuré Jean-Luc Gleyze. « Être présent dans l’urgence, mais aussi dans le temps long, c’est notre responsabilité et notre engagement de service public. »
Cette sortie de crise devra aussi tirer les enseignements des évacuations, notamment celles des personnes âgées. Le président réclame un bilan précis et appelle à écouter ceux qui ont vécu ces déplacements afin de ne pas reproduire des situations qu’il qualifie de « maltraitantes ».
Près de 9 millions d’euros d’impact financier
La facture matérielle s’annonce également lourde. L’incendie de Saumos aurait provoqué la chute potentielle de 85 000 arbres et détérioré routes, pistes cyclables et équipements de signalisation. Le Département prévoit une enveloppe de 8,1 millions d’euros pour sécuriser et réparer son réseau. Quatre espaces naturels sensibles ont par ailleurs été touchés sur plus de 158 hectares.
Sur le réseau numérique, 418 clients fibre restent recensés comme coupés. Quelque 80 kilomètres de lignes aériennes, 72 armoires et 1 100 poteaux ont été affectés. Les 64 kilomètres d’infrastructures enterrées situés dans les zones brûlées ont, en revanche, résisté, confirmant la pertinence des choix d’aménagement engagés depuis 2018.
Au total, le Département évalue à ce stade l’impact financier de la catastrophe à près de 9 millions d’euros. Pour Jean-Luc Gleyze, cet été a démontré que « les collectivités locales sont le cœur battant de la nation solidaire », mais aussi révélé une contradiction croissante : devoir répondre à des crises climatiques toujours plus coûteuses avec des marges budgétaires de plus en plus réduites.