Les friches, un gisement foncier encore largement sous-exploité
Le nouvel inventaire national du Cerema recense plus de 20 000 friches couvrant 61 000 hectares. Leur superficie réelle pourrait toutefois atteindre 155 000 hectares. Un potentiel stratégique pour construire, réindustrialiser ou renaturer sans consommer de nouveaux espaces naturels et agricoles.
Longtemps considérées comme les stigmates d’activités disparues, les friches apparaissent désormais comme une réserve foncière précieuse. Leur reconversion peut accueillir des logements, des activités économiques, des équipements publics ou des espaces de nature, tout en contribuant à la revitalisation des centres urbains et à l’objectif de sobriété foncière.
Selon l’inventaire national publié en septembre par le Cerema, plus de 20 000 sites représentant 61 000 hectares sont aujourd’hui identifiés dans Cartofriches. Ce recensement reste pourtant partiel : seuls 61 % du territoire sont couverts par un observatoire local. À partir des données les plus consolidées, l’établissement estime que les friches pourraient en réalité occuper entre 115 000 et 155 000 hectares en France.
Un potentiel majeur pour le logement et l’industrie
Les friches d’habitat sont les plus nombreuses : elles représentent 41 % des sites recensés, devant les friches industrielles, qui comptent pour 19 %. Ces dernières concentrent toutefois 47 % des surfaces. Les autres emprises sont commerciales, ferroviaires, agro-industrielles ou liées à d’anciens équipements publics. Près des deux tiers des friches couvrent moins de 0,5 hectare. Ces petites parcelles, mieux repérées grâce aux observatoires locaux, peuvent répondre à des besoins très ciblés et améliorer le cadre de vie à l’échelle d’un quartier. Surtout, 71 % des sites se trouvent déjà en zone urbanisable, ce qui permet d’envisager leur transformation sans modifier le plan local d’urbanisme. Près de la moitié sont également situés dans des secteurs où le marché du logement est tendu.
Parmi les 13 200 friches actuellement sans projet, 4 200 présentent un potentiel privilégié pour le logement et 2 000 pour l’industrie. Quelque 3 200 sites disposent aussi d’un fort potentiel de gain écologique.
La connaissance locale, première étape de la reconversion
Le passage de l’inventaire au projet est déjà engagé. Dans les territoires dotés d’un observatoire local, un quart des friches recensées fait l’objet d’une opération de reconversion, soit 3 600 sites représentant 9 300 hectares. Cartofriches répertorie également 1 700 anciennes friches récemment transformées, dont 760 en habitat et 200 en activités économiques.
La qualité de la connaissance reste néanmoins déterminante. Trois quarts des friches figurant dans l’inventaire national ont été signalées par les observatoires locaux. Le Cerema encourage donc leur généralisation afin d’aider les collectivités à intégrer ces gisements dans leurs stratégies foncières. Plusieurs outils complètent Cartofriches : UrbanSIMUL pour repérer les espaces mobilisables, UrbanVitaliz pour accompagner les projets complexes et France Foncier + pour rapprocher les territoires disposant de foncier économique et les entreprises. Face à la raréfaction des terrains disponibles, connaître les friches devient ainsi la première condition pour leur redonner une utilité.