Mixité sociale : à Marseille, « Le Grand Bain » veut recréer du commun dès l’école primaire

, mis à jour le 26/05/2026 à 11h53
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Pour l’année scolaire 2025-2026, « Le Grand Bain » a mobilisé 1 300 enfants, 35 écoles, 53 enseignantes et 26 partenaires associatifs.

Face aux fractures territoriales et à la ségrégation scolaire grandissante, l’association Citizen Corps expérimente à Marseille un dispositif inédit de jumelage social entre écoles. Baptisé « Le Grand Bain », ce programme éducatif entend faire de la mixité sociale une expérience concrète vécue par les enfants, les enseignants… et leurs familles. 

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Et si la mixité sociale s’apprenait dès l’enfance ? C’est le pari porté depuis 2022 à Marseille par « Le Grand Bain », un programme éducatif qui fait se rencontrer des élèves issus d’écoles aux réalités sociales très différentes. Porté par l’association Citizen Corps, le dispositif repose sur une idée simple : lorsque les enfants ne se croisent plus naturellement dans leurs quartiers ou leurs parcours scolaires, l’école peut devenir un lieu de reconnection territoriale. 

Dans une ville marquée par de fortes fractures sociales et spatiales, le programme jumelle des classes de primaire selon plusieurs critères : niveau scolaire, proximité géographique et surtout indice de position sociale des établissements. Objectif : construire une relation durable entre des enfants qui, sans cela, ne se seraient probablement jamais rencontrés. 
Les élèves échangent des lettres, découvrent leurs quartiers respectifs, participent à des projets artistiques ou environnementaux et travaillent ensemble tout au long de l’année scolaire. Une classe de Belsunce peut ainsi accueillir des élèves du 8e arrondissement avant d’être reçue à son tour. Derrière ces visites se joue bien davantage qu’une simple sortie pédagogique : une autre manière d’habiter la ville et de regarder l’autre. 

Un laboratoire éducatif face aux fractures territoriales

Pour l’année scolaire 2025-2026, « Le Grand Bain » a mobilisé 1 300 enfants, 35 écoles, 53 enseignantes et 26 partenaires associatifs. Le dispositif couvre désormais 88 % des arrondissements marseillais. 
Les premiers résultats avancés par l’association montrent des effets très concrets sur les représentations des enfants et leur rapport à la ville. Selon le bilan présenté, 78 % des élèves disent avoir davantage envie d’explorer leur quartier et Marseille, tandis que 73 % affirment avoir découvert une activité qu’ils n’avaient jamais pratiquée auparavant. 
Le programme transforme aussi les pratiques pédagogiques. Plus de neuf enseignantes sur dix estiment que la coopération avec leur « classe jumelle » a enrichi leur manière d’enseigner, et une sur deux affirme avoir mis en place de nouvelles pratiques éducatives grâce au dispositif. 

Au-delà de l’école, ce sont également les familles qui franchissent progressivement les frontières invisibles de la ville. Lors du festival final organisé dans plusieurs lieux marseillais, certains habitants des quartiers Sud découvrent des secteurs qu’ils fréquentent rarement, tandis que des familles des quartiers Nord se rendent sur le littoral ou dans le centre-ville. « Le Grand Bain » devient alors un outil de circulation sociale et territoriale à l’échelle de la ville. 

Une expérimentation qui pourrait inspirer d’autres collectivités

Pour Marion Chapulut, fondatrice de Citizen Corps, le programme répond à une urgence démocratique autant qu’éducative. « La mixité sociale ne peut pas seulement être un objectif abstrait. Elle doit devenir une expérience vécue », explique-t-elle. 
L’association souhaite désormais essaimer ce modèle dans d’autres territoires confrontés aux mêmes phénomènes de ségrégation résidentielle, d’entre-soi scolaire et de fragmentation sociale. Car derrière cette expérimentation marseillaise se dessine une question beaucoup plus large : comment recréer du commun dans des villes où les habitants vivent parfois côte à côte sans jamais se rencontrer ? 

À travers l’école, la culture et les expériences partagées, « Le Grand Bain » propose une réponse concrète à cette fracture silencieuse. Une manière, aussi, de rappeler que la cohésion territoriale se construit souvent très tôt — dans une salle de classe, au détour d’un quartier inconnu ou d’un projet mené ensemble.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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