« L’attractivité ne se joue plus seulement sur le salaire »
Entre tensions de recrutement, évolution des attentes des agents et transformation des organisations, les DRH territoriaux doivent repenser leurs leviers d’action. Témoignage de Déborah Cristel-Delesse DRH du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, confrontée à des enjeux multiples, de l’attractivité à la santé au travail.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis RH ?
L’attractivité reste le sujet central, même si la situation s’est légèrement détendue depuis la crise de recrutement de 2022. Mais on ne peut pas répondre uniquement par la rémunération, qui a ses limites, l'objectif n'étant pas de mettre les collectivités en concurrence entre elles sur un même territoire. Aujourd’hui, ce qui fait la différence, ce sont les conditions de travail, les valeurs et le sens. Nous avons par exemple développé des campagnes de recrutement autour de l’engagement public au sein du territoire de la Seine-Saint-Denis qui fait face à de nombreux défis (transition écologique, résilience territoriale, adaptation au vieillissement de la population...), qui résonnent particulièrement auprès de certains profils. Le sens du service public est un levier très puissant.
Justement, quels leviers concrets mettez-vous en place pour attirer et fidéliser ?
Nous travaillons beaucoup sur la qualité de vie au travail au sens large. Cela passe par les locaux – nous avons récemment investi des espaces modernes en flex office à Saint-Denis et Aubervilliers (anciens locaux du comité olympique), mais aussi par la conciliation vie professionnelle/vie personnelle ou l'accompagnement à l'évolution professionnelle par une politique ambitieuse de formation. Sur le premier aspect, nous avons mis en place des dispositifs innovants : semaine en quatre jours, congé du second parent aligné sur celui de la mère, organisation du temps de travail plus souple… Le télétravail est aussi bien installé. Tous ces éléments jouent un rôle important dans la fidélisation, même si le pouvoir d’achat reste un sujet fort, notamment pour les agents de catégorie C. Pour cette raison, nous venons de souscrire un contrat de groupe pour une mutuelle départementale avec des prises en charge largement renforcé pour les agents.e.s selon leur rémunération et leur composition familiale. Cela contribue à la fois au pouvoir d'achat et à une meilleure prise en charge de la santé de nos agents.e.s.
Les attentes des agents évoluent-elles encore aujourd’hui ?
Oui, clairement. Il y a une demande croissante en matière de qualité de vie au travail, mais aussi une vigilance accrue sur la santé. L’absence, notamment de longue durée, est un indicateur que l’on ne peut pas ignorer. Cela implique de renforcer les politiques de prévention, dès l’amont. Nous travaillons beaucoup sur la prévention des risques, la formation tout au long de la carrière, l’accompagnement des agents fragilisés avec des aménagements de leur poste de travail, mais aussi sur les parcours de reclassement. Avec le vieillissement des effectifs, ces enjeux deviennent structurants.
Face à ces transformations, le rôle des DRH évolue-t-il ?
Oui, profondément. Depuis la crise Covid, il y a une porosité beaucoup plus forte entre sphère professionnelle et personnelle. Les DRH sont devenus des acteurs clés de cet équilibre. Nous devons aussi anticiper les mutations liées au numérique et à l’intelligence artificielle, qui vont transformer les métiers. Cela suppose d’investir massivement dans la formation et d’accompagner les agents tout au long de leur carrière. Les DRH doivent aussi accompagner les adaptations nécessaires des organisations face aux aléas climatiques.
Plus que jamais, la fonction RH est stratégique : elle conditionne la capacité des collectivités à recruter, à fidéliser et, in fine, à assurer la qualité du service public.