Fonction publique territoriale : le grand virage RH est déjà là

, mis à jour le 19/01/2026 à 15h27
Image
près de deux recrutements sur trois d’agents permanents concernent désormais des contractuels

Moins de concours, davantage de contractuels, des vagues de départs à la retraite et des métiers durablement sous tension : la fonction publique territoriale est entrée dans une profonde mutation. Pour continuer à garantir un service public de qualité, les collectivités doivent aujourd’hui repenser leurs stratégies d’attractivité, de fidélisation et de transmission des compétences. Un changement de paradigme analysé par l’Observatoire Adelyce lors de la dernière Série Live consacrée à la question : « Fonction publique en mutation : comment attirer, fidéliser et préserver la qualité de service ? »

Partager sur

Le mouvement est profond, et il n’a plus rien de conjoncturel : près de deux recrutements sur trois d’agents permanents concernent désormais des contractuels, tandis que les titulaires ne représentent plus que 34 % des recrutements, contre plus de 50 % il y a dix ans. Toutes les filières sont touchées, y compris celles qui concentraient historiquement le cœur des effectifs (administrative et technique), mais aussi l’animation et le social. Et le phénomène traverse les catégories : A, B, C… tout le monde est concerné. Pourquoi ? D’abord, parce que la promesse du statut attire moins. En vingt ans, le nombre de candidats aux concours a été divisé par trois, selon les chiffres clés de la DGAFP. Ensuite, parce que la tension sur certains profils – SI, communication, data – oblige les employeurs à s’adapter. Comme le résume Sigrid Berger, J’aide les employeurs publics à accélérer leurs recrutements. Fondatrice de la Solution Profil Public (ATS) : « Même si la règle est “à compétences égales, je recrute un titulaire plutôt qu’un contractuel”, dans les faits, l’opportunité se présente rarement », notamment sur des expertises pointues.
En clair : le contractuel n’est plus une exception. Il devient un mode d’entrée durable dans la FPT, et parfois même une norme de fait.

Fidéliser : le nouveau nerf de la guerre

Cette transformation change une autre donne : la stabilité. Les chiffres parlent. 58 % des contractuels présents en 2021 ont quitté leur employeur à fin 2025. La mobilité progresse surtout chez les catégories A et B, où les opportunités – et les départs en retraite – accélèrent les mouvements. Les C, eux, restent ceux qui se titularisent le plus (notamment grâce à l’accès direct sans concours). Résultat : des trajectoires professionnelles de plus en plus différenciées, et une question centrale pour les employeurs : comment retenir les compétences… quand le marché les aspire ?
Or, l’attractivité ne se résume plus à la “sécurité de l’emploi”. Thamar Delubac, consultant chez Adelyce, le souligne : « Les atouts de la FPT sont réels, mais mal connus ou mal valorisés », y compris parfois en interne. Télétravail, avantages sociaux, collectif de travail, mobilité interne, reconversion : la fonction publique a des cartes, mais ne les montre pas assez.
Sigrid Berger va plus loin : « Ce n’est pas qu’un enjeu d’image, mais aussi un enjeu de transformation interne et d’évolutions des pratiques RH, des conditions de travail, de la flexibilité laissée aux collaborateurs. » Autrement dit : on ne gagne plus une bataille RH avec une fiche de poste. Il faut proposer une expérience employeur.

Recruter autrement, transmettre mieux : l’urgence 2026-2030

Les collectivités commencent à bouger. Exemple avec Caluire-et-Cuire (69) où la DRH, Marie Collin décrit une démarche primée Territoria : vidéo de présentation plutôt que CV classique, entretiens “hors les murs” sur le futur lieu de travail, et même recrutement par les pairs. L’idée : recruter des compétences, mais aussi un savoir-être, et permettre au candidat de se projeter.

Mais l’enjeu dépasse le recrutement. Selon l’Observatoire Adelyce, 91 % des départs à la retraite attendus dans les dix prochaines années concerneront des titulaires, majoritairement âgés de plus de 53 ans. Une vague qui questionne frontalement la continuité du service public. Thamar Delubac alerte : « Quand il n’y a ni temps dédié, ni méthodes de capitalisation, ni reconnaissance du rôle de transmission, on fragilise les services à très court terme : la compétence part avec la personne. »

C’est là que se joue la prochaine décennie : réussir la transition entre une culture du “poste à vie” et une réalité plus mobile, plus contractuelle, plus concurrentielle. Et assumer que l’attractivité ne se décrète pas : elle se pilote, se prouve et se vit — au quotidien, dans chaque collectivité.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire