Recruter, fidéliser… loger : le triptyque sous tension des collectivités
Alors que les collectivités peinent à recruter et à fidéliser leurs agents, le logement s’impose comme un levier stratégique. Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, une proposition de loi entend améliorer concrètement l’accès au logement des travailleurs des services publics. Un texte très attendu sur les territoires, où la crise immobilière fragilise déjà la continuité du service public.
Derrière la pénurie de logements se cache une difficulté de plus en plus visible pour les collectivités : loger celles et ceux qui assurent, au quotidien, la sécurité, la santé, la justice ou encore les transports. Dans les zones tendues comme dans certains territoires ruraux, l’impossibilité de se loger devient un frein majeur à l’attractivité des emplois publics.
C’est pour répondre à cette réalité que les députés ont adopté, le 12 janvier 2026, une proposition de loi visant à améliorer l’accès au logement des travailleurs des services publics. Le texte prévoit plusieurs évolutions structurantes. D’abord, il facilite le maintien dans un logement de fonction lorsque l’agent change de poste, en encadrant mieux les délais de résiliation et en renforçant l’information des locataires. Une mesure de stabilité bienvenue dans des parcours professionnels de plus en plus mobiles.
Autre levier majeur : l’extension du droit de réservation de logements sociaux pour les employeurs publics. Désormais, lorsqu’une collectivité cède un terrain avec décote pour construire du logement social, elle pourra réserver jusqu’à 25 % des logements à ses agents, contre 10 % auparavant. Un outil supplémentaire pour répondre aux tensions locales sur l’emploi public, notamment dans les métiers dits « prioritaires ».
Le texte élargit également la gestion dite « en stock », permettant d’identifier et de réserver en amont des logements pour certains agents exposés ou soumis à des contraintes de sécurité. Longtemps réservée à la défense ou à la sécurité intérieure, cette possibilité s’ouvre désormais à la justice, aux douanes ou encore aux transports publics, dans les territoires où l’accès au logement est critique.
Enfin, la proposition de loi mise sur une meilleure mobilisation du foncier public et une simplification des règles d’urbanisme pour permettre la construction de logements sur des sites affectés à des équipements publics. Une orientation pragmatique, à l’heure où les collectivités cherchent à concilier sobriété foncière, attractivité RH et continuité du service public.
Encore en attente d’examen au Sénat, ce texte traduit une prise de conscience : sans politique du logement adaptée, il sera de plus en plus difficile, pour les territoires, de recruter, stabiliser et protéger leurs agents. Loger les travailleurs des services publics, ce n’est plus seulement une question sociale. C’est devenu un enjeu de fonctionnement de l’action publique elle-même.