, mis à jour le 28/08/2025 à 11h25

3 minutes / 3 questions dans les conditions du direct

Florent Rossi
adjoint au maire et président des Jeunes élus de France
Auribeau-sur-Siagne
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« Il faut donner aux jeunes élus un vrai statut pour sécuriser leur engagement »

Zepros Territorial vous emmène chaque semaine avec « Place des élus », premier réseau social dédié aux élus et aux acteurs locaux, à la rencontre d’un élu de France. Un format direct, rapide et percutant pour découvrir les défis, réussites et visions de femmes et d’hommes engagés. Invité cette semaine, Florent Rossi, adjoint au maire d’Auribeau-sur-Siagne (Alpes-Maritimes) et président des Jeunes élus de France. En 3 minutes chrono, il partage ses ambitions, ses espoirs et ses inquiétudes. Un échange sans détour, à ne pas manquer ! 

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Adjoint au maire d’Auribeau-sur-Siagne (Alpes-Maritimes) et président des Jeunes élus de France, Florent Rossi milite pour une meilleure reconnaissance du mandat local, notamment pour les plus jeunes. Il revient sur les moyens de favoriser l’engagement de la jeunesse, alerte sur les violences envers les élus et analyse les risques d’un contexte politique instable à quelques mois des municipales.

Comment favoriser l’engagement local des jeunes ?

Il existe déjà beaucoup de leviers, au niveau des communes comme des associations. Le dispositif le plus concret reste le Conseil municipal des jeunes. J’en ai mis un en place dans ma commune en 2022 : cela permet à des adolescents de s’impliquer sur des sujets variés, de la culture au sport, en passant par la citoyenneté. À l’issue d’un mandat, même si tous ne s’engagent pas en politique, la plupart gardent le réflexe de voter et de s’intéresser à la vie locale.
À côté, d’autres outils comme les budgets participatifs, les journées citoyennes intergénérationnelles ou encore les interventions dans les écoles permettent de susciter l’intérêt.
Au niveau national, notre association a lancé la campagne "Ose les municipales", avec des témoignages vidéo de jeunes élus pour les  inciter à franchir le pas. Nous avons aussi mis en place  un programme de mentorat féminin où chaque marraine – qu’elle soit ministre ou sénatrice – accompagne trois jeunes élues. Enfin, il y a un enjeu majeur autour de l’éducation civique : tant que l’enseignement reste mal adapté, les jeunes n’auront pas les clés pour comprendre le fonctionnement de nos institutions. D’autres pays comme les États-Unis vont plus loin, en valorisant concrètement l’engagement local dans les parcours scolaires. Nous devrions nous en inspirer.

Comme de nombreux élus, vous militez pour un statut du jeune élu. Qu’est-ce que cela changerait ?

Aujourd’hui, il n’existe aucun véritable statut, mais un patchwork de règles dispersées dans le code du travail et celui des collectivités. Une loi claire permettrait de sécuriser les droits et d’unifier les règles.
Il y a deux priorités. D’abord, revaloriser les indemnités des élus, en particulier dans les petites communes de moins de 10 000 habitants. Ces élus sont en première ligne, sans cabinet ni services, et doivent assumer seuls des responsabilités lourdes. Ensuite, reconnaître le statut de l’élu étudiant. Contrairement aux sportifs de haut niveau ou aux représentants d’université, les jeunes élus n’ont droit à aucune dispense d’assiduité ni aménagement d’emploi du temps. Résultat : un conseil municipal est considéré comme une absence injustifiée. C’est décourageant. Nous demandons la mise en place d’un minimum de souplesse pour permettre aux jeunes de concilier études et mandat.
Enfin, il faut rendre obligatoire une formation de base pour tous les nouveaux élus : fonctionnement budgétaire, responsabilités pénales, prévention des conflits d’intérêts… Trop d’élus débutent leur mandat sans ces clés essentielles.

Les violences envers les élus se multiplient. Est-ce que cela vous inquiète ?

Évidemment, comme tout élu. Au-delà des cas de violence physique ou verbale, cette situation nourrit une véritable crise de l’engagement. Dans les petites communes, constituer une liste devient déjà très difficile ; les violences accentuent encore la pénurie de candidats. Je crois que cela renvoie à un problème plus profond : une crise du civisme et de l’éducation. On observe une montée de l’individualisme et du consumérisme appliqué aux services publics. Et quand un projet ne leur convient pas, le dialogue cède vite la place à la menace. Il est incohérent que ce soit les élus locaux, qui bénéficient encore du plus haut niveau de confiance, qui subissent le plus ces violences. Le véritable enjeu n’est pas seulement de protéger les élus, mais de réintroduire le respect, l’éducation civique et le sens collectif dans notre société.

Le contexte politique est instable alors que la date des municipales vient d’être annoncée. Cela vous inquiète-t-il ?

Oui, car cette instabilité alimente le désintérêt des Français. Les querelles parlementaires, les annonces soudaines et la difficulté à dégager des majorités crédibles donnent une image catastrophique de la politique. Pour un citoyen, cela nourrit soit la tentation de se détourner complètement, soit des réactions d’impulsion lors des scrutins.
À titre personnel, dans ma commune, les projets locaux continueront. Mais ce climat fragilise le message que nous essayons de porter avec l’association : montrer que la politique locale est utile, noble et concrète.
Pour les municipales, je crois encore que les électeurs feront la différence entre les enjeux nationaux et les projets de proximité, surtout dans les petites et moyennes communes. Mais il y a un vrai risque de politisation excessive, qui pourrait brouiller le débat local. Or les habitants attendent d’abord des réponses sur leur quotidien : voirie, école, culture, sécurité de proximité.

 

 

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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