Conseils municipaux : un maillon fragile de la démocratie locale

, mis à jour le 27/08/2025 à 20h41
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Benjamin Morel décrit une crise multiforme de l’échelon communal

Dans son ouvrage Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen, le constitutionnaliste Benjamin Morel tire la sonnette d’alarme : les communes, jadis creuset de la vie démocratique, peinent à susciter des vocations et à retenir leurs élus. Son analyse, fondée sur une enquête inédite menée auprès de 10 000 Français, révèle une érosion inquiétante de l’engagement civique, aux conséquences directes pour les territoires.

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L’avertissement est clair : sans revitalisation des conseils municipaux, c’est l’ensemble de la démocratie de proximité qui risque le délitement. Dans son dernier ouvrage, Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen (Éditions de l’Institut Terram), Benjamin Morel, maître de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas, décrit une crise multiforme de l’échelon communal. Manque de candidats pour les élections, démissions en hausse, sentiment d’isolement et surcharge administrative : autant de signaux qui fragilisent un pilier essentiel du pacte républicain.
Appuyée sur une enquête Ifop réalisée en avril 2025 auprès de 10 000 Français pour le Laboratoire de la République et l’Institut Terram, l’étude met en évidence des disparités territoriales marquées. Les communes rurales de moins de 1 000 habitants, soit plus de 60 % du parc communal, sont les plus en difficulté pour constituer des listes, victimes d’un exode des jeunes et de la faiblesse des moyens locaux. Dans les petites villes industrielles en crise, défiance et tensions sociales nourrissent un climat délétère. Dans les métropoles enfin, l’engagement existe mais prend des formes militantes, orientées vers des causes, freinées par le manque de temps et la complexité institutionnelle.

 Inégalités sociales et de genre

Au-delà de cette géographie de la crise, l’étude pointe de fortes inégalités sociales et de genre. Les femmes restent sous-représentées : seules 17 % envisageraient une candidature en 2026, contre 31 % des hommes. Le manque de temps, la charge familiale et un sentiment d’illégitimité pèsent lourd. Les classes populaires sont également en retrait : seuls 6 % des employés ont déjà exercé un mandat municipal, contre 19 % des agriculteurs. Pourtant, les Français issus de l’immigration extra-européenne apparaissent surreprésentés dans les conseils municipaux, signe de la force des réseaux associatifs ou communautaires comme tremplins civiques.

Face à ce constat, Benjamin Morel distingue trois scénarios possibles : un délitement silencieux, une rationalisation technocratique centrée sur les intercommunalités, ou une refondation civique. Seul ce dernier permettrait de réancrer la République dans ses territoires. Pour cela, cinq leviers sont proposés : revaloriser le mandat municipal, abaisser les barrières d’entrée, encourager les formes de participation citoyenne, reconstruire l’écosystème civique local et rééquilibrer les pouvoirs entre communes et intercommunalités.

« La République locale du XXIe siècle doit être repensée. Sans une action volontaire, le conseil municipal cessera d’être le coeur battant de la démocratie française », conclut Morel. À l’approche des municipales de 2026, son diagnostic prend des allures d’ultime avertissement pour l’État comme pour les collectivités.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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