, mis à jour le 21/01/2026 à 11h31

Convois exceptionnels : comment le numérique simplifie un casse-tête administratif pour l’État et les collectivités

Louis-Marie Portal
Adjoint au chef du bureau de la protection des usagers de la route
Délégation à la sécurité routière
Image
Les transports exceptionnels restent des circulations très encadrées, ponctuelles et soumises à autorisation.

Louis-Marie Portal, adjoint au chef du bureau de la protection des usagers de la route à la Délégation à la sécurité routière, pilote le déploiement de l’application Mon Transport Exceptionnel. Un outil stratégique, développé avec Klee Group, qui transforme en profondeur l’instruction des convois hors gabarit et vise à faciliter le travail des collectivités, largement sollicitées dans ce processus.

Partager sur

Vous êtes en charge du projet Mon Transport Exceptionnel. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

Mon Transport Exceptionnel, aussi appelé SITE, est le nouveau système d’information dédié à l’instruction des transports exceptionnels, c’est-à-dire les convois transportant des charges indivisibles dépassant les seuils réglementaires du Code de la route, en longueur, en largeur ou en tonnage.
Ce type de transport concerne des pièces stratégiques pour l’économie :  éléments industriels, matériels lourds, et plus récemment pales d’éoliennes… Leur circulation mobilise de nombreux acteurs et nécessite une autorisation administrative très encadrée. Jusqu’à récemment, ces demandes reposaient sur des formulaires papier puis sur une application vieillissante. Dans un objectif de dématérialisation, de continuité de service et de simplification, ce nouvel outil répond aux standards numériques actuels.

Quel est le rôle des collectivités territoriales dans ce dispositif ?

Les collectivités sont des acteurs absolument centraux. Elles sont gestionnaires d’une large partie du réseau routier – routes départementales, voirie communale, ouvrages d’art – et sont donc systématiquement consultées pour donner un avis sur les itinéraires empruntés par les convois. Concrètement, une demande de transport exceptionnel peut solliciter des dizaines, voire des centaines de collectivités lorsqu’un trajet traverse plusieurs départements. Leur expertise du terrain est essentielle pour évaluer les contraintes locales : état des chaussées, résistance des ponts, nuisances pour les riverains, conditions de circulation. Mon Transport Exceptionnel vise justement à faciliter et sécuriser cette chaîne de consultation via des dispositifs pour simplifier le travail de prise de contacts des transporteurs, et en prévoyant l’intégration complète de cette population importante de gestionnaires dans une future version de l’application.

En quoi cette nouvelle application change-t-elle la donne pour les services instructeurs et les collectivités ?

L’un des apports majeurs de l’outil est l’intégration d’un module cartographique. Là où les itinéraires étaient auparavant décrits de manière purement littérale, les acteurs disposent désormais d’une vision claire et partagée du tracé exact des convois.
Cela permet un gain de temps considérable, une meilleure compréhension des enjeux locaux et une instruction plus fluide. L’application est également plus intuitive, ce qui facilite son appropriation par l’ensemble des acteurs. Nous constatons ainsi une nette accélération des délais d’instruction : entre 2023 et 2025, le délai moyen de délivrance des autorisations a diminué de 38 %, et de 27 % entre 2024 et 2025. 
Les collectivités sont parfois confrontées à une montée des tensions autour du trafic poids lourds.

Comment cela s’articule-t-il avec les transports exceptionnels ?

Il faut distinguer les sujets. Les transports exceptionnels restent des circulations très encadrées, ponctuelles et soumises à autorisation. Mais il est vrai que certaines collectivités, notamment rurales, subissent une pression croissante liée au trafic de transit sur les routes secondaires. Dans ce contexte, leur avis est d’autant plus important. Mon Transport Exceptionnel leur permet, via le relai réalisé par les services instructeurs de l’Etat et pétitionnaires, d’exprimer plus facilement leurs contraintes et, le cas échéant, de conditionner ou de restreindre certaines circulations. L’outil ne remplace pas la décision locale, il la sécurise.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire