Décarbonation : les régions au pied du mur financier
Les régions ont presque triplé leurs investissements bas-carbone depuis 2017. Mais selon l’étude « Les régions et la transition écologique : financer la décarbonation », publiée par La Banque Postale et Régions de France, elles devraient mobiliser 5 milliards d’euros par an d’ici à 2030. Un effort difficilement compatible avec la dégradation de leurs finances.
Trois milliards d’euros ne suffiront pas. C’est pourtant la somme que les régions ont consacrée en 2024 à la transition bas-carbone, notamment au développement du transport ferroviaire et à la rénovation énergétique des bâtiments. Un montant presque trois fois supérieur à celui de 2017, qui témoigne de leur mobilisation croissante. Mais pour respecter les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), il faudrait encore changer de braquet.
D’après l’étude publiée par La Banque Postale et Régions de France, réalisée à partir des données d’I4CE, les besoins de financement de l’ensemble des régions, outre-mer compris, atteindraient en moyenne 5 milliards d’euros par an jusqu’en 2030. Soit près du double des investissements actuels. Le ferroviaire, premier poste d’intervention climatique des régions, concentre à lui seul une large part de cet effort.
Des ressources de plus en plus contraintes
Cette accélération intervient pourtant au moment où le modèle financier régional montre ses limites. Les réformes successives ont réduit l’autonomie fiscale des régions et accru leur dépendance à la TVA. Or, la volatilité de cette recette et le gel de sa dynamique en 2025 fragilisent leurs budgets. À cela s’ajoutent la baisse continue des dotations de fonctionnement et la participation demandée aux collectivités pour contribuer au redressement des comptes publics. Autre paradoxe : une partie de la transition écologique demeure financée par des recettes provenant d’activités carbonées, comme la taxe sur les certificats d’immatriculation ou les accises sur les énergies fossiles. Des ressources appelées à diminuer à mesure que la décarbonation progressera. « La perte progressive de leur autonomie fiscale, la faible dynamique de leurs ressources et le poids de la participation qui leur est demandée au titre du redressement des comptes publics fragilisent la capacité des régions à investir, comme l’illustre la baisse de 8,6 % des investissements en 2025 », alerte Carole Delga, présidente de Régions de France.
Une dette qui pourrait atteindre 63 milliards d’euros
Les deux scénarios étudiés confirment l’étroitesse du chemin. Dans l’hypothèse dite « au fil de l’eau », sans accélération particulière des investissements climatiques, l’encours de dette des régions augmenterait déjà de 10 milliards d’euros d’ici à 2030, pour atteindre 50 milliards d’euros. Leur besoin de financement avoisinerait alors 0,1 % du PIB.
Le scénario « climat » est plus préoccupant encore. Pour atteindre les objectifs de la SNBC, les régions devraient emprunter près de 10 milliards d’euros chaque année. Leur dette grimperait alors à 63 milliards d’euros en 2030, soit près de 2 % du PIB. Le délai de désendettement dépasserait douze ans, bien au-delà du seuil d’alerte retenu pour les finances régionales, tandis que le besoin de financement atteindrait 0,2 % du PIB.
Pour sortir de cette impasse, l’étude évoque plusieurs pistes : mobiliser au maximum le levier fiscal encore disponible, réduire certaines subventions, réorienter les dépenses dites « brunes » ou créer de nouvelles ressources. Des choix nécessairement politiques et délicats. « Les régions sont donc sur une ligne de crête : certes difficile à suivre, mais seule compatible avec l’ambition qu’appelle la transition écologique », conclut Luc Alain Vervisch, directeur des études et de la recherche à La Banque Postale.