Énergie : le levier caché des fermes françaises
Au Salon de l’agriculture 2026, le programme Fabacéé a dévoilé son premier Baromètre du bilan énergétique des fermes françaises. Verdict : une exploitation consomme en moyenne 331 420 kWh par an, pour une facture de 38 000 euros. Mais derrière ces chiffres, un potentiel d’économies estimé à plus de 10 %, avec des leviers très concrets.
Dans un contexte agricole sous tension - volatilité des prix, pression sur les marges, transition environnementale - la question énergétique devient stratégique. Pour la première fois, le programme Fabacéé (Financer et Accompagner les Besoins des Agriculteurs pour Créer des Économies d'Énergie), dispositif CEE dédié au monde agricole, publie une photographie détaillée des consommations énergétiques de 1 000 exploitations engagées dans son accompagnement.
Premier enseignement : une ferme française consomme en moyenne 331 420 kWh par an, soit l’équivalent de l’électricité annuelle de près de 70 foyers. Rapportée en euros, cette consommation représente environ 38 000 euros par exploitation, soit près de 20 % du chiffre d’affaires moyen.
Mais la moyenne masque de fortes disparités. Les grandes cultures culminent à 779 482 kWh par an, loin devant l’élevage bovin lait (349 948 kWh) et la viticulture (92 518 kWh). Les budgets suivent : plus de 65 000 euros par an en grandes cultures, contre 20 700 euros en viticulture.
GNR et engrais : le cœur du réacteur énergétique
L’étude met en lumière un constat limpide : deux postes concentrent l’essentiel des consommations.
Le GNR (gaz non routier), carburant des travaux mécanisés, et les engrais représentent entre 50 % et 75 % des consommations énergétiques selon les filières. En grandes cultures, les engrais pèsent à eux seuls 50 % du bilan énergétique. En élevage laitier, le GNR domine (34 %), suivi de l’alimentation animale (29 %) et des engrais (17 %). Autrement dit : le gisement d’économies est identifié.
Grâce à l’éco-conduite, à l’optimisation des itinéraires techniques, à la réduction du travail du sol ou encore à un pilotage plus fin de l’azote, les exploitations peuvent réduire significativement leur facture énergétique. L’amélioration de l’autonomie fourragère ou l’introduction de légumineuses renforcent encore le potentiel, tout comme l’optimisation des équipements électriques (pré-refroidisseurs de lait, récupération de chaleur, chauffe-eau solaire).
Résultat : plus de 10 % d’économies d’énergie globales sont envisageables, y compris dans des fermes déjà considérées comme performantes.
0,32 TWh économisés : un signal fort pour la transition
Les 1 000 premières exploitations engagées dans Fabacéé projettent déjà des actions permettant une économie cumulée de 0,32 TWh sur dix ans — soit l’équivalent de 5 % de la production d’un réacteur nucléaire.
Ce volume représente déjà 25 % de l’objectif global du programme, fixé à 1,29 TWh d’ici fin 2027. Pour Romain Behaghel, responsable du programme, le message est clair : « Les résultats de ce baromètre démontrent que chaque exploitation dispose d’un potentiel pour diminuer sa consommation d’énergie. Dans un contexte agricole sous tension, ce constat doit être un moteur de confiance et d’action. »
Au-delà des chiffres, le baromètre révèle un changement de posture : la transition énergétique n’est plus seulement une contrainte réglementaire, mais un levier économique direct. Réduire la consommation d’énergie, c’est alléger les charges, sécuriser le modèle économique et renforcer la résilience des exploitations.
Reste désormais à amplifier la dynamique. Avec 3 000 exploitations déjà engagées et un réseau de 140 animateurs de terrain, Fabacéé entend démontrer que la transition énergétique agricole peut être collective, mesurable… et rentable.