, mis à jour le 09/02/2026 à 16h14

« La transition se joue d’abord dans les territoires »

Aurélien Barbé
Président de France Gaz Liquides
Directeur général de Butagaz
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Les acteurs des gaz liquides jouent un rôle que nous qualifions de « service d’intérêt rural »

À l’approche des municipales de 2026, la question énergétique s’impose comme un enjeu d’aménagement du territoire à part entière, notamment dans les zones rurales et peu denses. Pour Aurélien Barbé, président de France Gaz Liquides et directeur général de Butagaz, la réussite de la transition passera par une approche pragmatique fondée sur le mix énergétique, la prise en compte des réalités locales et la reconnaissance des solutions hors réseau, dont le bio-propane.

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À l’approche des élections municipales de 2026, constatez-vous une montée en puissance des questions énergétiques dans les territoires ruraux et peu denses ?

Oui, très clairement. L’énergie est aujourd’hui une préoccupation majeure pour l’ensemble des Français. Les enquêtes d’opinion montrent qu’elle figure désormais parmi les sujets prioritaires, au même titre que le pouvoir d’achat ou la santé. Et dans les territoires ruraux et peu denses, cette préoccupation est encore plus forte, car il n’existe souvent pas de solution évidente. Contrairement aux zones urbaines, ces territoires ne disposent ni de réseau de gaz naturel ni, parfois, d’infrastructures électriques suffisantes pour répondre à tous les usages. La transition énergétique ne peut donc pas être pensée uniquement à l’échelle nationale : elle commence dans les territoires, avec des acteurs locaux – au premier rang desquels les maires et les intercommunalités.

Près de 25 000 communes ne disposent ni de réseau de gaz naturel ni de réseau de chaleur. Existe-t-il un risque de fracture énergétique entre territoires ?

Oui, ce risque est réel. Nous parlons souvent d’un véritable « angle mort » de la transition énergétique. Les territoires ruraux représentent pourtant 88 % des communes françaises et près d’un tiers de la population. Or 70 % des communes n’ont pas accès au réseau de gaz de ville. Dans certains cas, même l’électricité n’est pas disponible avec une puissance suffisante pour électrifier tous les usages. À cela s’ajoutent des logements souvent plus grands, parfois moins bien isolés, et des revenus moyens plus faibles. Si ces spécificités ne sont pas intégrées dans les politiques publiques, on crée mécaniquement des inégalités d’accès à l’énergie.

Quelles sont aujourd’hui les solutions réellement disponibles pour les habitants des zones hors réseau ?

Comme toujours en matière d’énergie, il n’existe pas de solution unique. La réponse passe par le mix énergétique et par l’adéquation entre les besoins et les ressources locales. Dans les territoires ruraux, on trouve aujourd’hui plusieurs solutions : l’électricité, le bois, le fioul, mais aussi les gaz liquides – propane ou butane – utilisés en citerne ou en bouteille. Ces énergies sont particulièrement adaptées lorsque l’électrification massive n’est pas possible, notamment pour les entreprises ou les activités nécessitant une forte puissance thermique. L’enjeu est donc d’éviter d’enfermer certains territoires dans des solutions uniquement fossiles, dont le coût augmentera, et de préparer dès maintenant les alternatives décarbonées.

Comment France Gaz Liquides accompagne-t-elle les collectivités rurales dans leur transition énergétique ?

Historiquement, les acteurs des gaz liquides jouent un rôle que nous qualifions de « service d’intérêt rural ». Nous apportons l’énergie directement jusqu’au client, partout en France, y compris dans des zones isolées comme les vallées alpines, les littoraux ou les îles. Cette logistique a été entièrement financée par des acteurs privés, sans subventions publiques. Aujourd’hui, même si le propane représente moins de 2 % du mix énergétique national, il constitue environ 5 % du mix énergétique rural. Notre objectif est désormais d’accompagner la transition vers des solutions plus décarbonées, notamment avec le bio-propane en remplacement du propane, mais aussi potentiellement des chaudières fuel.

Que faudrait-il faire évoluer dans les politiques publiques nationales pour mieux prendre en compte la diversité des territoires ?

La première étape est la reconnaissance de la diversité des situations territoriales. La transition énergétique ne peut pas être uniforme : elle doit partir du terrain. L’électrification totale, par exemple, nécessiterait des investissements colossaux dans les réseaux de distribution. Des études montrent que plusieurs milliers de communes rurales ne pourraient pas supporter la pointe électrique si tous les usages étaient électrifiés. Il faut donc intégrer pleinement le mix énergétique dans la planification nationale et reconnaître des solutions comme le bio-propane, qui permet de décarboner sans développer de nouvelles infrastructures de réseaux.

En quoi le gaz liquide, et notamment le bio-propane, constitue-t-il une solution pertinente ?

Le bio-propane est une énergie renouvelable déjà produite en France et en Europe. Elle permet de réduire fortement l’empreinte carbone – jusqu’à 86 % par rapport au fioul – tout en étant strictement compatible avec les installations existantes. Concrètement, un ménage ou une entreprise peut passer au bio-propane sans changer de chaudière. C’est un atout majeur, notamment pour les territoires ruraux où les capacités d’investissement sont limitées. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs l’une des rares énergies renouvelables qui ne bénéficie pas encore de mécanismes de soutien comparables à d’autres filières.

Quel message souhaitez-vous adresser aux candidats aux municipales ?

L’énergie n’est pas seulement une question climatique : c’est aussi un levier d’aménagement du territoire, d’attractivité et de cohésion sociale. Les décisions ne doivent pas être prises uniquement à Paris. Elles doivent être construites localement, en tenant compte de la densité de population, des infrastructures existantes et des besoins des habitants. Le message est simple : la transition énergétique réussira si l’on privilégie le pragmatisme et la logique du « bon mix au bon endroit ». Les collectivités locales ont un rôle déterminant à jouer pour bâtir des solutions adaptées à leurs territoires.

 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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