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Interview exclusive : David Margueritte, président de l'agglomération du Cotentin (50)

Danièle Licata
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Le Cottentin a su chasser en meute et imposer une marque de fabrique

David Margueritte nous explique comment l’agglomération a réussi à imposer une marque de fabrique au Cotentin. Rencontre. 

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Présentez-nous le Cotentin…

La communauté d'agglomération du Cotentin se situe dans le département de la Manche, en Normandie. Elle regroupe 129 communes réparties en 11 intercommunalités, compte 180 000 habitants et est née en 2017 de la fusion de neuf communautés de communes, incluant Cherbourg-en-Cotentin et La Hague. Troisième agglomération de France par sa taille, elle est orientée vers l'économie maritime car elle se distingue par sa façade littorale de 220 km. En effet, si l'esprit du Cotentin repose sur la diversité et la richesse de ses territoires, la mer reste notre boussole avec une stratégie maritime forte « La Terre Bleue ». Notre industrie, nos emplois sont imprégnés par cette culture. Dans le même temps, avec la marque touristique « Cotentin, Unique par Nature », nous visons à renforcer l’identité et l’attractivité de ce lieu qui attire chaque année plus de 3,5 millions de visiteurs. Le Cotentin est aussi reconnu pour son énergie décarbonée, notamment grâce au nucléaire avec Orano, les sites de La Hague et les centrales de Flamanville. Le port de Cherbourg joue également un rôle clé dans la montée des énergies marines renouvelables. Un dynamisme industriel et touristique qui se traduit par un taux de chômage au plus bas, 4 %, soit quasiment le plein emploi. 

Vous déclariez en janvier dernier que le Cotentin se portait bien. Êtes-vous toujours aussi enthousiaste et confiant compte tenu du contexte actuel ?

Je suis plus confiant et enthousiaste que jamais. Sur les six derniers mois, les projets à l’œuvre et à venir ont amplifié la dynamique. Ce qui nous permet de nous projeter non seulement sur plusieurs années, mais sur plusieurs décennies, avec sérénité. Les annonces du gouvernement concernant Orano qui prolonge le cycle nucléaire jusqu'en 2100 avec à la clé une perspective de développement considérable et des milliers de créations d'emplois pour les prochaines décennies, mais aussi  le démarrage du réacteur de Flamanville imminent, ainsi que les nouveaux contrats que vient de décrocher Naval Group, permettent de nous projeter durablement dans cette dynamique de développement.


Êtes-vous seulement tributaire des politiques publiques et des grands donneurs d’ordre ou avez-vous su créer en parallèle un écosystème ?

Merci pour cette question qui me permet de préciser les choses. En effet, nous avons de grands donneurs d'ordre, Naval Group, Orano, et EDF mais aussi Les Constructions mécaniques de Normandie (CMN) qui se lancent dans l’Hydrolien, un développement qui pourrait aboutir à la naissance d'une nouvelle filière industrielle. C’est indéniable, les donneurs d'ordre sont des moteurs de croissance mais ne sont pas les seuls. Les chiffres le démontrent : nous sommes le premier territoire en France en termes de création d'emplois industriels, avec une augmentation de plus de 30% depuis 2016, preuve que notre croissance économique ne dépend pas seulement des annonces récentes, mais repose aussi sur une dynamique qui relève d’un travail de longue haleine. Car le Cotentin a su développer un maillage de petites et moyennes entreprises autour des secteurs porteurs un réseau de sous-traitants important. Sans compter les 40 zones d'activités économiques remplies à 96%. Cela pose d’ailleurs des problèmes de foncier, mais témoigne aussi de notre dynamisme.
Nous avons su chasser en meute et imposer une marque de fabrique au Cotentin. Cette marque joue sur la qualité de vie, particulièrement post-COVID, pour attirer de nouveaux talents et entreprises. Elle s'appuie aussi sur nos ressources, notamment, comme je le disais, le secteur maritime. Le port de Cherbourg en Cotentin illustre bien cette dynamique. Nous avons investi 100 millions d'euros pour l'étendre de 39 hectares il y a une dizaine d'années, malgré des perspectives initiales modestes. Aujourd'hui, avec l'essor des énergies marines renouvelables, le port est saturé et s'affirme comme le premier port irlandais de France, notamment sur le tracé Transmanche.

Quel est l’envers de la médaille de ce succès ? 

Si nos atouts sont nombreux, il nous reste deux défis à relever pour poursuivre le développement : tout d’abord, l’accès aux soins avec une offre de santé aujourd’hui insuffisante. Mais nous y travaillons avec le développement de pôles de santé libéraux, des centres communautaires de santé, sans compter notre politique pro-active pour accueillir des étudiants de la filière. La deuxième faiblesse est démographique. Comme beaucoup de territoires, nous sommes confrontés à une érosion démographique que nous devons combattre à tout prix. Pour conserver les habitants du Cotentin et attirer des familles nous activons plusieurs leviers :  notamment des grands équipements de santé et un campus aujourd’hui en plein développement. Nous prévoyons de passer de 2000 à 3000 étudiants, avec une nouvelle école d’ingénieurs et de nouvelles formations. Nous devons également construire avec un objectif de 4600 logements d’ici 2027-2028, dont 750 logements sociaux. Un défi compte tenu des contraintes législatives, notamment le zéro artificialisation nette, avec la volonté de conserver notre caractère authentique et notre qualité de vie.

Quelle est votre plus grande fierté ?

Celle d’agir au quotidien pour le dynamisme des 129 communes, dont chacune à ses propres atouts et ses propres défis à relever pour faire grandir la région. Et je m’efforce de faire en sorte que ces différences territoriales et politiques ne soient prétexte à division, mais soient plutôt une richesse. Quatre après le début de mon mandat, l’agglomération a définitivement acquis ses lettres de noblesse. Plus de 75% des habitants, interrogés lors d'une enquête, considèrent qu’elle est une valeur ajoutée pour leur quotidien. La politique de mobilité menée récemment, en est peut-être l’illustration la plus parlante. Nous avons multiplié par six les offres de transport, instauré un tarif à 1€, et aujourd'hui, la fréquentation des lignes interurbaines est passée de 10 000 à 50 000 personnes par mois, avec plus de 350 000 usagers sur les lignes urbaines.
 

Danièle Licata
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