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Quartiers prioritaires : des finances saines, mais des marges de manœuvre réduites

, mis à jour le 29/09/2026 à 14h36
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Malgré des besoins élevés en équipements et en services publics, les communes accueillant des quartiers prioritaires disposent de capacités d’investissement plus faibles et recourent davantage à l’emprunt

Le premier Baromètre de la santé financière des collectivités avec quartiers prioritaires, réalisé par l’AFL avec l’association Ville & Banlieue, bat en brèche l’idée de communes mal gérées ou excessivement aidées. Leur situation demeure maîtrisée, mais leurs charges plus élevées, leur faible capacité d’épargne et des subventions d’investissement insuffisantes limitent fortement leur action.

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Les villes populaires seraient-elles moins bien gérées que les autres ? Les milliards de la politique de la ville y seraient-ils déversés sans résultats ? À l’heure où s’ouvrent les débats sur le projet de loi de finances pour 2027, l’AFL et l’association des maires Ville & Banlieue ont choisi de répondre aux idées reçues par les chiffres.

Présenté par Henri Daudignon, analyste crédit et chargé d’études du secteur public à l’AFL, ce premier Baromètre de la santé financière des collectivités avec quartiers prioritaires compare les communes de plus de 3 500 habitants accueillant au moins un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) à celles qui n’en comptent aucun. L’étude mobilise les comptes de gestion des collectivités et le modèle de notation financière utilisé par l’AFL depuis 2020. « L’objectif est d’objectiver la situation financière de nos collectivités, de voir comment elles se différencient des communes qui ne portent pas de quartier prioritaire et comment leur situation a évolué au cours du dernier mandat », explique Catherine Arenou, première vice-présidente de Ville & Banlieue et maire de Chanteloup-les-Vignes.

Une situation maîtrisée, mais une épargne plus faible

Premier constat : les communes avec QPV sont, en moyenne, un peu moins bien notées que les autres, mais leur situation financière demeure globalement satisfaisante. En 2025, leur note moyenne atteint 3,61 sur une échelle allant de 1 à 7, cette dernière constituant la meilleure note. Leur trajectoire suit par ailleurs la tendance observée dans l’ensemble des communes françaises. Les écarts apparaissent néanmoins dès que l’on examine les marges de manœuvre. Le taux d’endettement moyen atteint 70,3 % dans les communes avec QPV, contre 58,4 % dans les autres. Leur taux d’épargne est également inférieur d’environ trois points. Leur capacité de désendettement s’établit à 5,5 années, un niveau encore éloigné du seuil d’alerte fixé à douze ans, mais qui confirme une plus grande tension budgétaire. « Les villes populaires ne gèrent pas moins bien que les autres », insiste Camille Vielhescaze, vice-président et président de la commission finances de Ville & Banlieue, également premier adjoint au maire de Cachan. « Leur situation financière est globalement saine et maîtrisée. Le sujet n’est donc pas celui d’une mauvaise gestion, mais celui d’une inégalité dans leurs capacités d’action. »

Cette fragilité tient notamment à la structure des budgets. Les dotations et participations représentent 23,2 % des recettes réelles de fonctionnement des communes avec QPV, contre 17,5 % pour celles qui n’en ont pas. En revanche, la fiscalité directe pèse moins dans leurs ressources. Leur possibilité d’actionner le levier fiscal apparaît donc plus limitée. Les charges de personnel occupent également une place plus importante : 59,5 % des dépenses de fonctionnement, contre 56,8 % dans les communes sans QPV. Un écart qui traduit la nécessité de proposer davantage de services publics à des populations souvent plus jeunes et socialement plus fragiles, notamment dans les domaines scolaire, périscolaire et de la petite enfance.

Des investissements moins aidés et davantage financés par la dette

Le paradoxe devient plus net encore lorsqu’il est question d’investissement. Malgré des besoins importants en équipements publics et en rénovation urbaine, les communes avec QPV reçoivent en moyenne moins de subventions d’investissement : 88 euros par habitant, contre 99 euros dans les autres communes. Leurs dépenses d’équipement restent également inférieures, avec 396 euros par habitant contre 464 euros. Faute d’une épargne suffisante et d’aides à la hauteur des besoins, elles doivent recourir plus fortement à l’emprunt. La dette finance ainsi 34 % de leurs dépenses d’investissement, contre 21 % pour les communes sans QPV. Dans les villes de plus de 20 000 habitants, l’écart se creuse encore : 39,5 % des investissements des communes avec QPV reposent sur l’emprunt, contre 22,4 % pour leurs homologues. « Elles empruntent davantage pour, au final, investir moins par habitant », résume Camille Vielhescaze.

Pour les représentants de Ville & Banlieue, ces résultats montrent que la solidarité nationale amortit les écarts sans parvenir à les corriger. « Les dotations ne sont pas un privilège. Elles répondent à des charges sociales plus importantes », souligne l’élu de Cachan. Or les mécanismes actuels permettent difficilement à ces communes de retrouver le même niveau d’épargne et de capacité d’investissement que les autres.

Le PLF 2027 sommé de corriger les inégalités

L’association entend désormais s’appuyer sur le baromètre pour porter plusieurs propositions lors de l’examen du budget 2027. Elle réclame notamment une augmentation de la dotation de solidarité urbaine, sans compensation par l’écrêtement d’autres dotations, ainsi qu’un renforcement de la dotation politique de la ville, maintenue à 150 millions d’euros depuis 2017 malgré l’élargissement du nombre de communes bénéficiaires.

Ville & Banlieue souhaite aussi flécher davantage de crédits d’investissement vers les quartiers prioritaires, notamment au titre de la dotation de soutien à l’investissement local et du Fonds vert. Elle propose d’autoriser des taux de subvention plus élevés, pouvant atteindre 80 % pour certains projets, comme la rénovation des groupes scolaires. L’association demande enfin la sanctuarisation des crédits territorialisés de la politique de la ville et la création de clauses de sauvegarde afin de protéger les communes cumulant fragilité financière et charges sociales élevées contre les futures mesures de redressement des comptes publics. « L’effort budgétaire ne peut pas être aveugle aux inégalités territoriales », prévient Camille Vielhescaze. Car derrière les moyennes se cachent des réalités très différentes : une grande métropole dont un QPV regroupe une faible part de la population ne supporte pas les mêmes contraintes qu’une ville de 30 000 habitants dont 80 % des habitants résident dans des quartiers prioritaires. Le baromètre fournit désormais des chiffres pour le démontrer — et des arguments pour tenter de corriger le tir.

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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