, mis à jour le 12/02/2026 à 10h58

Rénovation énergétique : les collectivités sont passées de l’intention à l’action

Guillaume Perrin
Directeur
ACTEE
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Sur CHÊNE6, nous avons comptabilisé 209 dossiers éligibles pour un montant de 24,8 millions d’euros de demandes d’aides

Avec 40 % de nouveaux candidats et une montée en puissance des phases opérationnelles, la saison CHÊNE6 d’ACTEE+ un programme co-porté par la FNCCR, confirme un changement d’échelle dans l’engagement des collectivités en faveur de la rénovation énergétique du patrimoine public dans un contexte de tour de vis budgétaire et d’élections municipales. Guillaume Perrin, directeur d’ACTEE nous décrypte une dynamique qui fait, désormais, de la rénovation du bâti public un enjeu à la fois budgétaire, climatique et de continuité du service public. 

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CHÊNE6 enregistre 40 % de nouveaux candidats. Comment expliquez-vous cet afflux de collectivités primo-entrantes, et que dit-il du contexte financier actuel ?

C’est une bonne surprise, car nous n’avions pas fixé d’objectif spécifique sur la part de nouveaux entrants. En revanche, le volume global de demandes confirme une chose : les collectivités sont en recherche de leviers très concrets pour avancer, malgré un contexte institutionnel dense à l’approche des municipales. Sur CHÊNE6, nous avons comptabilisé 209 dossiers éligibles pour un montant de 24,8 millions d’euros de demandes d’aides. Ce niveau est un signal fort : il montre que la transition énergétique du patrimoine public n’est pas un « plus » mais devient un sujet de gestion et de pilotage. Sur le volet financier, on observe un effet de réorientation. Lorsque certaines aides nationales diminuent ou deviennent plus incertaines, les collectivités cherchent des dispositifs dont les règles sont claires, avec des lignes de financement identifiées et un accompagnement opérationnel. 

Vos chiffres montrent un basculement vers des phases opérationnelles, notamment la maîtrise d’œuvre. Est-ce le signe que les collectivités passent enfin de l’intention à l’action ?

Oui, très nettement. La structure des demandes est révélatrice : sur CHÊNE6, les études de maîtrise d’œuvre représentent 8,1 M€, soit 33 % des montants sollicités, devant les études énergie (6,6 M€ soit 27 %). Puis viennent l’Assistance à Maitrise d'Ouvrage (AMO soit 4,4 M€ soit 18 %) et les outils de suivi/mesure des consommations (4,1 M€ soit 17 %). Ce « top 4 » dit une chose : on est dans une logique de chaîne de valeur complète, depuis l’analyse jusqu’à la préparation des travaux, avec les outils pour piloter la performance dans le temps. La maîtrise d’œuvre comme premier poste, c’est plus qu’un indicateur comptable : c’est un marqueur de maturité. Cela signifie que les collectivités ne veulent plus seulement diagnostiquer ; elles préparent concrètement des opérations, et donc des rénovations. Et c’est logique : on sait qu’entre les premières études, la commande publique, les arbitrages politiques, puis la réalisation, il existe un temps incompressible. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est l’entrée dans cette phase de concrétisation.

Treize régions sont représentées, avec une forte dynamique en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine. Comment analysez-vous ces écarts, et la diversité des porteurs de projets ?

Je ne parlerais pas de fracture au sens « urbain contre rural ». Les disparités reflètent surtout des dynamiques déjà installées : là où une région, un réseau d’acteurs ou une animation territoriale a commencé tôt, la mobilisation est plus forte et se poursuit dans le temps. Sur CHÊNE6, Auvergne–Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine pèsent 20 % chacune, devant l’Île-de-France (15 %) et les Hauts-de-France (10 %). La diversité des porteurs est, elle, un atout majeur : les communes représentent 41 % des répondants, suivies par les syndicats d’énergie (20 %, 26 dossiers), puis viennent départements, intercommunalités, métropoles, PETR, PNR… Cette variété traduit la réalité française : on ne pilote pas un patrimoine public de la même façon selon qu’on est une petite commune, une métropole ou un syndicat. ACTEE permet justement d’embarquer tout le monde avec des outils, des méthodes et une ingénierie adaptable.

Vous dites que la gestion du bâti devient une priorité du prochain mandat. La rénovation énergétique est-elle désormais un sujet politique ? Et en quoi ACTEE est un déclencheur ?

Oui, c’est devenu un sujet politique, mais souvent de manière transversale. Le mot rénovation énergétique n’est pas toujours mis en vitrine dans un programme, parce qu’il peut paraître technique. En revanche, ses effets sont au cœur du mandat : la maîtrise des charges, la qualité d’accueil dans les écoles, la continuité du service public, l’adaptation aux canicules ou aux hivers rigoureux. Quand des équipements ferment pour des raisons de confort ou de coûts, l’énergie devient immédiatement un sujet politique local. ACTEE joue un rôle de déclencheur parce qu’il réduit la marche entre « on sait qu’il faut faire » et « on sait comment faire, avec qui, et dans quel calendrier ». Beaucoup de collectivités manquent d’ingénierie, de temps, ou de capacité à monter un plan de financement robuste. L’ingénierie n’est pas un coût supplémentaire, c’est un levier : elle permet d’aller chercher les bons dispositifs, d’assembler les financements, y compris quand les aides se contractent, et de sécuriser le passage à l’opérationnel.

Avec une fin des engagements financiers prévue en septembre 2026, quel message aux collectivités qui hésitent ? Et quels enseignements pour la suite ?

Mon message est simple : n’attendez pas. Même si les calendriers sont serrés, une collectivité qui démarre en début de mandat peut obtenir des résultats visibles dans le mandat, à condition de bien structurer l’amont. La rénovation, ce n’est pas dans dix ans : à trois ou quatre ans, on peut déjà avoir des bâtiments livrés, et surtout des premières économies. Cela pèse directement sur les marges de manœuvre budgétaires.
L’enseignement principal de CHÊNE6, c’est que la dynamique continue, y compris avec une arrivée massive de nouveaux entrants. Cela signifie que le besoin est loin d’être couvert et que le programme remplit sa mission : déclencher des projets à impact sur la facture énergétique, tout en outillant les collectivités. Dans les années qui viennent, le sujet va rester central : finances locales, adaptation climatique, qualité du service public… tout converge. 
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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