Image
https://bit.ly/4iqYPsv
Image
https://bit.ly/4iqYPsv
Image
PAVE PARIS BUILDER SHOW S38 S39
Image
PAVE PARIS BUILDER SHOW S38 S39
, mis à jour le 14/09/2026 à 11h43

« L’arbre reste le meilleur climatiseur urbain »

Julien Faivre
Directeur
Conseil national des Villes et Villages Fleuris
Image
" Lorsqu’une commune végétalise un espace public, elle doit réfléchir à la qualité des sols, au choix des plantes et à la gestion de l’eau "

Le palmarès national 2026 des Villes et Villages Fleuris distingue trois nouvelles communes “4 Fleurs” et sept lauréates de la Fleur d’Or. Mais, face aux canicules et à la raréfaction de l’eau, le label transforme désormais les critères d’excellence. Julien Faivre, directeur du Conseil national des Villes et Villages Fleuris, défend une végétalisation plus sobre, adaptée et concertée. Rencontre. 

Partager sur

Que révèle le palmarès 2026 au-delà des distinctions attribuées ?

Nous constatons que de plus en plus de communes s’engagent dans la démarche Villes et Villages Fleuris, car le label apporte des réponses concrètes aux questions qu’elles se posent pour renaturer leurs espaces publics et accorder davantage de place au végétal. Cette évolution est progressive. Cette année, 88 communes étaient candidates, soit pour accéder à la quatrième fleur, soit dans le cadre du contrôle réalisé tous les trois ans. C’est un bon palmarès, qui témoigne de la continuité de l’engagement des collectivités.

Qu’est-ce qui distingue les communes “4 Fleurs” et les lauréates de la Fleur d’Or ?

Les communes “4 Fleurs” sont engagées dans la démarche depuis plusieurs années et atteignent un niveau d’excellence sur l’ensemble des critères du label. Elles ne se contentent pas de bien faire : elles portent une politique globale et particulièrement aboutie en faveur du cadre de vie. La Fleur d’Or, elle, récompense des collectivités qui vont encore plus loin et se distinguent par le caractère exceptionnel de leur démarche. Les sept communes primées cette année présentent des pratiques très avancées dans tous les domaines observés par le jury.

Sur quels critères les communes sont-elles évaluées ? La quantité de fleurs reste-t-elle déterminante ?

Notre référentiel technique comporte environ 70 critères. Ils portent aussi bien sur la gestion environnementale que sur la qualité des espaces publics, le patrimoine végétal, le fleurissement ou encore la valorisation touristique du label. Nous passons ainsi en revue l’ensemble du cadre de vie. Le patrimoine végétal et le fleurissement représentent entre 20 et 25 % de l’évaluation globale. Mais on ne fleurit plus aujourd’hui comme il y a quelques années. Les contraintes climatiques et la raréfaction des ressources obligent à faire évoluer les pratiques. Certaines communes réduisent les plantes annuelles et bisannuelles au profit des vivaces. Elles maintiennent un fleurissement de qualité, mais le concentrent sur des lieux bien identifiés, comme les abords des monuments et des équipements publics.

De nombreuses collectivités ont réduit ou supprimé leurs plantations florales pour économiser l’eau. Cette décision est-elle compatible avec le maintien du label ?

Chaque situation est différente. Mais lorsqu’une commune végétalise un espace public, elle doit désormais réfléchir immédiatement à la qualité des sols, au choix des plantes et à la gestion de l’eau. C’est le point de départ de tout projet. Des systèmes de goutte-à-goutte ou des sondes hydriques reliées à des applications permettent aujourd’hui d’apporter uniquement la quantité d’eau nécessaire au pied de chaque végétal. Le goutte-à-goutte peut d’ailleurs rester autorisé en période de restrictions. Certaines collectivités ont peut-être planté de manière trop classique, sans anticiper suffisamment les besoins d’arrosage. C’est précisément sur ces sujets que nous les sensibilisons.

Comment les jurys évaluent-ils la sobriété hydrique ?

La gestion de la ressource en eau figure dans notre référentiel depuis les années 1990, bien avant que les canicules répétées et les sécheresses récurrentes ne s’imposent dans le débat public. Les jurys examinent donc attentivement les efforts engagés : adaptation des essences, qualité des sols, systèmes d’arrosage économes et gestion différenciée des espaces. Une commune qui plante des vivaces ou des espèces locales adaptées et réduit ses consommations peut parfaitement être mieux évaluée qu’une collectivité proposant un fleurissement abondant mais peu compatible avec son climat et ses ressources.
Les herbes hautes ou les espaces moins entretenus sont parfois perçus comme un abandon. Comment faire accepter cette nouvelle esthétique ?

Il faut associer les habitants le plus tôt possible. Un projet est mieux accepté lorsqu’ils ont pu se l’approprier et participer à sa conception. Cela peut passer par des budgets participatifs, des concertations ou des réunions publiques. La pédagogie est également essentielle. Lorsqu’une commune pratique la fauche tardive, elle doit l’expliquer sur place afin que les habitants comprennent qu’il s’agit d’un choix et non d’un défaut d’entretien. La gestion différenciée doit toutefois rester maîtrisée. Elle ne peut pas servir de prétexte pour laisser un espace à l’abandon. Une commune peut définir plusieurs niveaux d’entretien : des espaces soignés autour des monuments et des lieux emblématiques, et des secteurs plus naturels où la végétation évolue librement. Il faut rendre cette stratégie visible et compréhensible.

Le label devra-t-il encore évoluer pour mieux intégrer les enjeux climatiques ?

Il évolue en permanence. Pour qu’un label âgé de près de 70 ans reste pleinement actuel, il doit s’adapter à son époque. Nous intégrons désormais de nouvelles dimensions, comme les mobilités, l’agriculture urbaine ou l’alimentation durable. C’est un outil vivant, qui accompagne les transformations des collectivités. Notre rôle consiste aussi à porter un regard extérieur et bienveillant sur leur cadre de vie. Nous leur indiquons ce qui fonctionne, mais aussi ce qu’elles pourraient améliorer pour gagner du temps, économiser de l’énergie ou faciliter le travail des équipes. Cette exigence fait la qualité du label et contribue à ses retombées touristiques, résidentielles et économiques.

À quoi ressemblera une commune “4 Fleurs” dans dix ans ?

Elle continuera de planter et de végétaliser, mais autrement, en choisissant les bonnes essences aux bons endroits. Malgré toutes les contraintes, c’est le végétal qui nous protégera des canicules à répétition. L’arbre reste le meilleur climatiseur urbain. Les arbres plantés aujourd’hui constitueront la canopée de demain et permettront à nos villes de rester vivables. Arroser un jeune arbre n’est donc pas nécessairement gaspiller de l’eau : c’est préparer l’avenir. Le message essentiel est simple : continuons à végétaliser, mais faisons-le de manière plus intelligente, plus sobre et mieux adaptée.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire